23.06.2016 à 10:35

SuisseLes agences de voyage font la grimace

Les trois principaux voyagistes helvétiques, Hotelplan Suisse, Kuoni Suisse et Tui Suisse, n'ont cette année pas de quoi sauter de joie.

ARCHIVES - PHOTO D'ILLUSTRATION, Keystone

Les gros prestataires voient s'effondrer l'activité au coeur de leur métier. Et ils ne parviennent pas à compenser ce recul au moyen d'offres individualisées à plus forte marge.

Hotelplan Suisse, filiale de Migros, a vu son chiffre d'affaires se tasser de 1 à 5% et Kuoni, en mains de l'allemand Rewe, envisage des licenciements et subit un repli à deux chiffres, selon les estimations de l'hebdomadaire spécialisé Travel Inside. Tui Suisse, quant à lui, profitant d'économies d'échelles avec la maison mère de Hanovre, ne divulgue pas de chiffres.

Les tarifs aussi ne prennent qu'une seule direction: vers le bas. En 2015 déjà, les prix s'étaient repliés de 8% sur un an, en raison des rabais consentis après l'abandon du taux plancher. Et la tendance se poursuit en 2016, au grand bonheur des clients mais au désespoir des opérateurs.

En parallèle, les agences qui font du sur mesure, comme Knecht Reisen ou Globetrotter, affichent chacune un plus de 2%. Le concept des voyages d'études haut de gamme guidés par une personnalité, Background Tours, enregistre, au sein de Globetrotter, la plus forte croissance, assure André Lüthi, patron du groupe bernois. Les croisières de luxe vers les pôles ont, elles aussi, la cote.

Personnalisation en marche

Le baromètre de Travail Inside et de Reise-Treuhand montre que les agences de voyage ont enregistré une croissance de 6,9% à la fin mai. Et les offices proposant beaucoup de voyages individualisés sont sur une voie encore meilleure.

«Le bureau classique où un catalogue de vacances balnéaires en Thaïlande est imprimé pour le client ne fonctionne plus», commente M. Lüthi. Le contact personnel et les conseils de spécialistes qui connaissent le lieu de destination sont au contraire demandés.

Nouveau modèle d'affaires

En raison des attentats terroristes, certaines régions sont, certes, délaissées par les touristes comme la Turquie, la Tunisie et l'Egypte. Les prix ainsi que les chiffres d'affaires ont aussi baissé en raison du franc fort.

Mais le fait que les clients réservent désormais leurs vacances en quelques clics sur internet constitue un changement de conduite durable. Et cette nouvelle manière de faire exige la mise en place de nouvelles stratégies de la part des fournisseurs.

«Les vacances balnéaires représentent une industrie de masse auprès de laquelle les offres des fournisseurs se différencient à peine», informe Marcel Schlatter, porte-parole de Kuoni Suisse. En raison de la toile, une énorme concurrence règne. Et elle entraîne une guerre des prix.

«Nous devons donc apprendre à faire ce qu'internet ne peut pas», souligne M. Lüthi. Ses propos pointent un problème fondamental de la branche: auparavant, les agences ont grossi grâce au modèle d'affaires des voyages charter, avec leurs propres avions et lieux de destination. Mais aujourd'hui ce modèle commercial ne fonctionne plus.

Chez Tui Suisse, la part des voyages organisés est plus grande que celle des voyages individuels, qui proposent un système modulable pour chaque client. Auprès d'Hotelplan, ces deux manières de faire du tourisme sont à peu près égales. Kuoni Suisse ne fournit pas d'indication à ce sujet.

Porte-parole d'Hotelplan, Prisca Huguenin-dit-Lenoir, affirme que les voyages individualisés génèrent plus de marges et que le voyagiste se situe un peu en dessus de l'année passée au premier semestre dans ce domaine.

Mais les grandes agences misent encore sur les voyages organisés pour faire des affaires. Le risque demeure alors qu'elles laissent de côté leurs clients, qui réservent eux-mêmes leurs vacances organisées. Mais ces clients sont par contre disposés à payer pour des conseils avant de partir dans le pays étranger, comme les fournisseurs de voyages individualisés le prouvent.

(ats)

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