Votation du 13 juin - Les agriculteurs ont gagné la bataille des pesticides
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Votation du 13 juinLes agriculteurs ont gagné la bataille des pesticides

Refusées à plus de 60%, les deux initiatives ont permis au monde paysan de se faire connaître. L’opération de charme a réussi.

par
Eric Felley
La campagne a été tendue, mais au final, le monde paysan en sort gagnant.

La campagne a été tendue, mais au final, le monde paysan en sort gagnant.

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Après une campagne très animée, tendue et virulente parfois, le monde paysan a gagné son pari, celui de repousser l’initiative pour la protection des eaux et celle visant à interdire les pesticides de synthèse. Il y a deux mois, elles faisaient 55% d’avis favorables, elles sont tombées, ce dimanche, toutes les deux à moins de 40%. Alors que l’on pensait constater un crêpage de chignon entre cantons urbains et ruraux, ce n’est de loin pas le cas. Même à Genève, canton urbain, les initiatives sont refusées, à la grande «déception» de la conseillère nationale Delphine Klopfenstein Broggini (Verts/GE). Seul le canton de Bâle-Ville a dit oui aux deux objets. À l’inverse, le Valais les refuse à près de 80%.

«Pas une victoire des pesticides»

La campagne intense des milieux paysans a réussi à changer l’étiquette de «pollueurs» qu’on leur collait dans le dos. Grégoire Nappey, responsable de la campagne du non pour Prométerre Vaud, est très satisfait: «Le résultat est confortable, mais nous ne faisons pas de triomphalisme. Ce n’est pas une victoire des pesticides, mais la voie du bon sens. Ce qui est important c’est que l’on garde à l’esprit que l’agriculture est en mutation. Malgré certaines tensions, le bon côté de cette campagne est que le monde paysan s’est mobilisé, que des familles paysannes ont pu expliquer comment elles travaillaient et comment elles entendaient évoluer. Cette campagne a montré aussi qu’il y avait des attentes dans la population pour des produits plus sains. Cela a généré un dialogue et de la confiance, qui ont permis d’arriver au résultat d’aujourd’hui».

«Une défaite de la santé publique»

Les partisans de l’initiative contre les pesticides de synthèse sont évidemment d’un autre avis: «L’agrochimie est la gagnante du jour». Ils annoncent qu’ils ne vont pas baisser les bras: «Le niveau élevé de soutien, en particulier dans les villes, montre les préoccupations des citoyens concernant les effets nocifs des pesticides de synthèse sur la santé de tous et sur l’environnement.». Le vigneron neuchâtelois à l’origine de l’initiative, Jean-Denis Perrochet, estime qu’il faut faire converger les forces: «Politique, recherche, conseil, agriculture et industrie de transformation - tout le monde doit agir maintenant et travailler ensemble pour un avenir libre de pesticides de synthèse».

Sur les ondes de la RTS, le directeur romand de Birdlilfe Suisse, François Turian, constate que les problèmes demeurent: «La pollution des eaux, la pollution des sols et les menaces sur la biodiversité ou la santé». La conseillère nationale Adèle Thorens (Verts/VD) regrette, quant à elle, une occasion manquée: «Nous sommes en train de vivre une défaite de la santé publique et de l’environnement».

Enfin, les partisans de l’initiative sur la protection des eaux restent inquiets pour l’avenir: «Une chose est claire, le
résultat d’aujourd’hui n’efface en rien les problèmes. La Suisse détient près de deux fois plus d’animaux de rente par hectare que les pays voisins. Le lisier de ces animaux pollue les lacs, les forêts et les marais sous forme d’azote disséminé dans l’air. En Suisse, la biodiversité s’appauvrit sans cesse. Près de 60% des insectes y sont menacés d’extinction. Nous polluons l’eau, l’air et les sols avec un cocktail de pesticides, dont les conséquences pour la nature et notre santé restent imprévisibles».

Le PLR et l’économie très satisfaits

Mais, pour le PLR, la majorité du peuple a vu juste: «Bien que ces deux initiatives aient abordé des questions importantes, les Suissesses et les Suisses ont jugé que la voie proposée pour atteindre l’objectif n’était pas la bonne. De l’avis du PLR, ces deux initiatives allaient nettement trop loin: leur mise en œuvre aurait mis en danger non seulement l’agriculture suisse, mais aussi notre approvisionnement alimentaire national. Le PLR se réjouit donc que l’utopie socialiste d’une vie en autarcie, qui se cachait derrière l’initiative sur l’eau potable, et que la dictature du bio de l’initiative sur les pesticides aient écopé d’un clair NON».


Du côté du comité qui défendait le double non contre les initiatives, la victoire est nette: «Le rejet à une claire majorité des initiatives agricoles réjouit scienceindustries, l’association économique suisse de l’industrie chimique, pharmaceutique et des sciences de la vie. C’est un vote clair en faveur d’une économie productive et durable, reposant sur une gestion efficace des ressources, en même temps qu’un important signal contre les blocages technologiques et de la recherche susceptibles de nuire à la place économique suisse».

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