Actualisé 05.06.2019 à 04:47

«Les animaux égorgés étaient probablement conscients»

Neuchâtel

L'Association Pour l'Égalité Animale (PEA) a dénoncé l’abattoir des Ponts-de-Martel pour de mauvais traitements. Le vétérinaire cantonal était au courant d’infractions.

par
Sébastien Anex
PEA a déposé une dénonciation contre l’abattoir neuchâtelois des Ponts-de-Martel auprès du Ministère public et du vétérinaire cantonal mardi 4 juin 2019.

PEA a déposé une dénonciation contre l’abattoir neuchâtelois des Ponts-de-Martel auprès du Ministère public et du vétérinaire cantonal mardi 4 juin 2019.

Capture écran vidéo PEA

PEA a déposé une dénonciation contre l’abattoir neuchâtelois des Ponts-de-Martel auprès du Ministère public et du vétérinaire cantonal mardi 4 juin 2019. L’organisation révèle une vidéo illustrant «des électrocutions incorrectes, des échecs répétés d'étourdissements au pistolet à tige perforante et des animaux probablement égorgés conscients». Les images ont été tournées fin 2018 selon PEA qui ne dévoile pas ses sources. Le groupement ajoute que la choquante sélection publiée ne contient toutefois pas l'ensemble des délits signalés.

«Les abattoirs doivent fermer»

Fabien Truffer, porte-parole de l’association, communique: «C’est la quatrième enquête vidéo que nous publions d’un abattoir et, à chaque fois, nous avons constaté que les animaux meurent dans de terribles souffrances. Il faut que ces lieux ferment.»

ATTENTION: la vidéo de PEA peut heurter les plus sensibles

Le vétérinaire cantonal au courant d'infractions

Mardi en fin de journée, le vétérinaire cantonal n’avait pas encore eu le temps de visionner la vidéo, mais confirme les problèmes: «On a déjà constaté des infractions, liées à la protection des animaux dans cet abattoir, en deuxième moitié d’année 2018» indique Pierre-François Gobat. Selon le vétérinaire, elles concernaient non seulement les conditions de stabulation et de conduite des animaux à la mise à mort, mais également le respect des délais entre l’étourdissement et la saignée.

Cette durée doit être mesurée de manière à exclure tout retour à la sensibilité et à la conscience avant le décès, exige l’ordonnance de l’Office fédéral des affaires vétérinaires (OSAV) sur la protection des animaux lors de leur abattage. Pour les bovins, l’incision de saignée doit par exemple être effectuée au plus tard dans les 60 secondes suivant l’étourdissement.

Exigences de corrections

Pierre-François Gobat dit avoir pris l’affaire en main: «Une bonne partie des erreurs venait de la méconnaissance du personnel. Lors de discussions avec la présidence de l’abattoir, notre service a émis des impératifs de corrections. À l’heure actuelle, un monitoring est mis en place, afin que les bonnes pratiques ne soient pas une exigence, mais une habitude.»

Joint par téléphone mardi, le président de la coopérative gérant l’abattoir des Ponts-de-Martel, Marc Frutschi, signifie ne pas être exactement au courant des reproches qu’on lui adresse. Il affirme cependant avoir licencié en mars 2019 le gérant, «notamment car la direction avait eu connaissance de mauvais traitements des animaux».

«Une législation difficile à respecter»

Le président précise qu’il s’agit d’un problème continu pour la gestion de l’abattoir: «On a beaucoup de changement de personnel et on ne tombe pas forcément sur les meilleurs. Qui plus est, la législation est très stricte et difficile à respecter. Théoriquement, on a 60 secondes pour saigner une vache, mais c’est compliqué à tenir, car la bête se débat. Chacune arrive avec son caractère et ses problèmes passés. Il est difficile d’anticiper la réaction animale.»

«Des mauvais traitements partout»

Marc Frutschi conclut que «dans les autres abattoirs, c’est la même chose.» Fabien Truffer abonde: «Au vu de nos différentes enquêtes, la filière de l’abattage ne peut plus affirmer que ces mauvais traitements sont une exception: il en est de même partout.»

Selon PEA, en 2013, l’État de Neuchâtel avait accordé une subvention de 694’000 CHF pour la rénovation de l’abattoir tandis que la Confédération lui allouait un montant proche. L’association a lancé une pétition adressée au Conseil d’État ainsi qu’au Grand Conseil. PEA leur demande de ne plus subventionner les entreprises qui exploitent ou tuent des animaux.

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