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Art contemporainLes animaux sont rois à la Documenta de Kassel

La Documenta de Kassel, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’art contemporain s’ouvre samedi. Elle réserve une place de choix aux animaux.

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L'exposition d'art contemporain Documenta de Kessel a lieu uniquement tous les cinq ans. Elle présente cette année 150 artistes de 55 pays.

L'exposition d'art contemporain Documenta de Kessel a lieu uniquement tous les cinq ans. Elle présente cette année 150 artistes de 55 pays.

Keystone
"A la recherche du sang disparu" de l'Indien Nalini Malani.

"A la recherche du sang disparu" de l'Indien Nalini Malani.

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Les animaux servent aussi «d'art vivant» lors de l'exposition.

Les animaux servent aussi «d'art vivant» lors de l'exposition.

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Partant du principe que la culture est dans la nature, la Documenta de Kassel, l’un des plus grands rendez-vous mondiaux de l’art contemporain qui s’ouvre samedi, réserve une place de choix aux animaux, sujets, acteurs, voire co-auteurs de certaines oeuvres. Viko et Luna gambadent joyeusement dans un parc parsemé de jeux d’obstacles et de tas de sable. Des sièges en bois dispersés ça et là, droits ou renversés, évoquent la célèbre "chaise Barcelone" de Ludwig Mies van der Rohe.

Mais les deux compères ne connaissent guère cet architecte emblématique du Bauhaus et ignorent qu’ils se promènent dans une installation artistique de la Documenta dont ils sont partie intégrante: un parc de sculptures pour chiens. Viko, 2 ans et demi, est un épagneul allemand, et Luna, 7 ans, un cocker.

Le créateur du parc, l’artiste canadien Brian Jungen, déclare qu’il s’intéresse à "l’interaction entre les gens et les chiens" ainsi qu’à "l’architecture du chien", après s’être essayé en 2004 à celle du chat, avec une "cité radieuse" pour félins sur le mode de l’architecte Le Corbusier.

Les exemples de croisement entre l’oeuvre humaine et le monde animal fourmillent à la 13e édition de la Documenta. Non loin du parc pour chiens, au milieu de collines de compost, la statue d’une jeune femme allongée a le visage recouvert d’une ruche d’abeilles en plein labeur, qui complètent l’oeuvre de l’artiste français Pierre Huyghe en lui donnant une dimension évolutive, imprévisible.

Carré de plantes

Ailleurs, l’artiste allemande Kristina Buch a installé sur une place de Kassel un carré de plantes et de fleurs censées attirer les papillons.

"Le jardin doit plaire aux papillons, pas aux humains", a lancé, un brin provocante, la commissaire de la Documenta, l’Américaine Carolyn Christov-Bakargiev, dans une récente interview accordée au Süddeutsche Zeitung, refusant toute "vision centrée sur l’homme". "Je trouve que dans une vraie démocratie, (tout organisme vivant) devrait avoir le droit de s’exprimer", poursuit-elle dans le même entretien, allant jusqu’à suggérer de donner le droit de vote aux chiens ou aux fraises.

Mme Christov-Bakargiev et les autres artistes de la Documenta ne font que perpétuer et approfondir un intérêt pour les animaux qui remonte aux origines de l’art. "L’art parle de la vie. Il contient des éléments spirituels. Il parvient dans des endroits où la science s’arrête", rappelle l’artiste danois Tue Greenfort, qui a compilé pour la Documenta une quantité de travaux artistiques et intellectuels en lien avec les organismes vivants.

Au-delà du caractère "kitsch" qu’un parc pour chiens au milieu d’une foire d’art contemporain peut susciter, la Documenta se veut très sérieuse et propose une lecture écologique: l’humanité doit "repenser son rapport avec les autres espèces" pour se réconcilier avec son environnement, affirme Tue Greenfort.

Lingots de compost L’artiste américaine Claire Pentecost ne dit pas autre chose quand elle propose en riposte aux pétrodollars un système de valeur alternatif: des lingots de compost et des billets de banque glorifiant les taupes, les escargots et autres vers de terre.

Utopique? Pas si sûr. L’un de ses billets "verts" cite Warren Buffett, célèbre investisseur milliardaire "oracle" de la finance mondiale, selon lequel d’ici un siècle la valeur de la terre cultivable aura dépassé celle de l’or.

(AFP)

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