Océanie: Les Australiennes manifestent contre les violences sexuelles
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OcéanieLes Australiennes manifestent contre les violences sexuelles

Des milliers de femmes ont manifesté lundi dans des dizaines de localités australiennes dans le cadre d’une vaste campagne contre les violences sexuelles et pour l’égalité entre les sexes, au moment où des accusations de viol plombent le gouvernement conservateur.

Manifestation à Melbourne le 15 mars 2021.

Manifestation à Melbourne le 15 mars 2021.

AFP

Un des rassemblements les plus symboliques de cette #March4Justice («Marche pour la justice») a eu lieu à Canberra, près du Parlement fédéral, institution qui a ces dernières semaines été ébranlée par des accusations d’agression sexuelle.

De nombreuses voix dénoncent de longue date la culture sexiste de la classe politique australienne, les affaires de harcèlement dont les femmes sont victimes. «Vous n’entendez pas!» «Combien de victimes connaissez-vous?», «Je LA crois», pouvait-on lire sur des pancartes portées par les manifestants, pour beaucoup habillés de noir.

Kathryn Jamieson, venue spécialement de Melbourne pour défiler, a dit qu’elle «enrageait». «Je voulais être au cœur de la contestation, j’en ai plus qu’assez», a-t-elle confié à l’AFP. «Il faut que les choses changent. Que les femmes ne soient pas crues me rend malade.»

Poursuites en diffamation

Deux retentissantes affaires impliquant deux ministres ont éclaté ces derniers temps, fragilisant la position du gouvernement de centre droit. Il y a d’abord eu les accusations d’une ancienne employée du gouvernement. Brittany Higgins a affirmé le mois dernier avoir été violée en 2019 par un collègue dans le bureau au Parlement de Linda Reynolds, qui était à l’époque ministre de l’Industrie de défense. Devenue ministre de la Défense, elle a été depuis critiquée pour la façon dont son cabinet aurait à l’époque accueilli les accusations de la jeune femme.

Début mars, l’«Attorney general» Christian Porter, qui est le principal conseiller juridique du gouvernement, a révélé qu’il était le ministre accusé d’avoir violé en 1988 une adolescente de 16 ans avec qui il étudiait. Cette dernière est décédée l’année dernière. Lundi, Christian Porter, qui avait vigoureusement rejeté ces allégations, a engagé des poursuites en diffamation contre la chaîne publique ABC, la première à avoir fait état de ces accusations. La chaîne n’avait pas dévoilé l’identité du ministre mis en cause. Mais Christian Porter estime qu’il était «facilement identifiable», et dénonce le «tribunal des médias».

De son côté, le gouvernement a ordonné une enquête indépendante sur la culture de travail au sein du Parlement. Mais de nombreuses voix demandent un changement profond, non seulement au sein de la classe politique, mais plus largement dans l’ensemble du pays.

«Le plafond de verre existe»

Devant la foule à Canberra, Brittany Higgins a affirmé que son histoire rappelait «de façon douloureuse aux femmes que cela peut se produire au Parlement, et n’importe où ailleurs». «Nous faisons le constat du fait que le système est fondamentalement bancal, le plafond de verre existe toujours et il y a de graves failles dans la structure du pouvoir au sein de nos institutions», a-t-elle poursuivi.

Les organisateurs de la campagne se sont refusés à rencontrer le Premier ministre Scott Morrison comme il le leur avait proposé, estimant qu’un entretien à huis clos serait «irrespectueux» vis-à-vis des victimes. «Si le Premier ministre se préoccupait vraiment des femmes (…) il ouvrirait sa porte, traverserait la cour et viendrait nous écouter», a déclaré à ABC Janine Hendry.

On estimait à 10’000 le nombre de manifestants à Melbourne alors que des milliers d’autres participaient aux rassemblements de Canberra et Sydney. Dimanche, ils avaient également été des milliers à manifester à Perth, la capitale d’Australie-Occidentale d’où vient Christian Porter.

La campagne #March4Justice est porteuse de nombreuses revendications. Elle demande notamment une hausse des crédits publics alloués à la prévention des violences sexuelles contre les femmes, mais aussi la mise en œuvre des recommandations qu’avait faites en 2020 une commission d’enquête nationale sur le harcèlement sexuel au travail.

(AFP)

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