Canada – Les autochtones pansent des plaies encore à vif

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Près de six mois après que le scandale des pensionnats pour autochtones a éclaté au Canada, la communauté des Premières nations se bat toujours pour identifier les disparus.

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Depuis que le scandale a éclaté, un mémorial pour les 215 enfants autochtones dont les restes ont été retrouvés près d’un pensionnat a été installé à Kamloops.

Depuis que le scandale a éclaté, un mémorial pour les 215 enfants autochtones dont les restes ont été retrouvés près d’un pensionnat a été installé à Kamloops.

AFP
Créé en 1890 et géré par l’Église catholique, puis par le gouvernement fédéral, l’ancien pensionnat de Kamloops a été le plus gros du pays, accueillant jusqu’à 500 élèves, avant de fermer ses portes en 1978.

Créé en 1890 et géré par l’Église catholique, puis par le gouvernement fédéral, l’ancien pensionnat de Kamloops a été le plus gros du pays, accueillant jusqu’à 500 élèves, avant de fermer ses portes en 1978.

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Pour la cheffe de la communauté de Tk’emlups te Secwépemc, Rosanne Casimir, «de vieilles blessures ont été rouvertes au cours des derniers mois».

Pour la cheffe de la communauté de Tk’emlups te Secwépemc, Rosanne Casimir, «de vieilles blessures ont été rouvertes au cours des derniers mois».

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Pour la première fois depuis qu’elle a annoncé avoir retrouvé 215 restes d’enfants enfouis sur le site d’un ancien pensionnat catholique, à Kamloops, dans l’ouest du Canada, la communauté de Tk’emlups te Secwépemc va accueillir, lundi, le Premier ministre canadien, Justin Trudeau. Au cours des derniers mois, «de vieilles blessures ont été rouvertes», explique sa cheffe, Rosanne Casimir.

La localisation de ces restes humains a été une éprouvante confirmation pour les nombreuses communautés autochtones, qui ont témoigné, depuis des années, du calvaire subi par des milliers d’enfants disparus pendant leur séjour en pensionnat. Plus de mille tombes ont depuis été retrouvées près d’autres pensionnats, ravivant un douloureux pan de l’histoire canadienne et sa politique d’assimilation forcée des Premières Nations.

«Il y avait beaucoup d’abus»

«Être là, à nouveau, était très, très dur», raconte Evelyn Camille, une survivante du pensionnat, la gorge serrée par des sanglots. «Il y avait beaucoup d’abus et de faim à l’intérieur du bâtiment de briques rouges», dénonce celle qui y a passé dix années de sa vie, autour de 1940. «Ils nous appelaient les Indiens affamés», se souvient cette femme de 82 ans, pour qui le sujet est encore très sensible.

«Nous croyons que lorsque les enfants ont perdu la vie, leur voyage n’était pas terminé et que leur esprit est resté avec leur corps. On doit d’abord trouver qui ils sont, qui ils étaient pour qu’ils puissent terminer ce voyage.»

Evelyn Camille, ancienne résidente du pensionnat de Kamloops

Connue depuis des décennies au sein des communautés autochtones, cette page sombre de l’histoire a été documentée dans un long rapport d’une commission d’enquête qui avait conclu, en 2015, à un «génocide culturel». Rosanne Casimir rappelle qu’il reste «encore de nombreuses questions sans réponses». «Pourquoi le gouvernement n’a-t-il rien fait avant? Nous avions dit notre vérité et ce que nous savions déjà: pourquoi éclate-t-elle au grand jour seulement maintenant et pourquoi les gens nous écoutent-ils aujourd’hui?»

Créé en 1890 et géré par l’Église catholique, puis par le gouvernement fédéral, l’ancien pensionnat de Kamloops a été le plus gros du pays, accueillant jusqu’à 500 élèves, avant de fermer ses portes en 1978. De la fin du XIXe siècle aux années 1990, près de 150’000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans 139 pensionnats à travers le pays, où ils ont été coupés de leurs familles, de leur langue et de leur culture. Des milliers n’en sont jamais revenus.

Un besoin pour guérir

Pour guérir, Evelyn Camille a contribué à créer une école mettant en avant la culture et la langue de sa communauté, que voulaient précisément nier ces pensionnats. Apprendre à de jeunes enfants à se présenter, à être fiers de leur identité, a été une façon pour cette survivante d’avancer. «Je ne pense pas que j’aurais pu m’en sortir sans en parler. Nous en avons besoin pour guérir», insiste-t-elle.

Au-delà des symboles, la communauté exhorte le gouvernement canadien et l’Église catholique à partager toutes les informations susceptibles de permettre l’identification des enfants, comme les registres de fréquentation scolaire. «C’est très important pour apporter la paix aux différentes familles», assure Evelyn Camille. «Nous croyons que lorsque les enfants ont perdu la vie, leur voyage n’était pas terminé et que leur esprit est resté avec leur corps. Ils attendent là depuis longtemps, et maintenant qu’ils ont été découverts, on doit d’abord trouver qui ils sont, qui ils étaient pour qu’ils puissent terminer ce voyage.»

Excuses du Vatican attendues

De nombreuses communautés autochtones attendent toujours du pape François qu’il vienne au Canada présenter des excuses officielles, considérées comme cruciales pour le processus de réconciliation. «S’il écoutait réellement nos survivants et élaborait une réponse significative, cela pourrait faire une différence», estime Rosanne Casimir, cheffe de la communauté de Tk’emlups te Secwépemc. «Est-ce si difficile que ça? Ils nous ont torturés, battus, beaucoup ont été abusés Pourquoi ne peut-il pas s’excuser?» interroge Evelyn Camille, survivante du pensionnat de Kamloops.

D’autres tombes mises au jour?

La technologie qui a permis de confirmer l’emplacement des tombes ne donne pas de précisions sur l’âge ou le moment de la mise en terre. «Ce n’est pas comme un rayon-X, cela ne montre pas des os, des corps», explique la spécialiste en géo-radar Sarah Beaulieu, qui a participé aux travaux de recherches archéologiques. Ces dernières, menées sur une zone d’environ 8000 m², ont conduit à des résultats préliminaires. Il est probable qu’elles révèlent d’autres tombes, puisque 65 hectares doivent encore être analysés au pensionnat de Kamloops. Trouver tous les enfants disparus risque ainsi de prendre «beaucoup de temps, pas seulement un an ou deux», souligne Rosanne Casimir, cheffe de la communauté de Tk’emlups te Secwépemc.

(AFP)

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