27.09.2020 à 15:53

LivresLes BD se déconfinent et Spirou voit rouge

Privés de sorties au plus fort de la pandémie, les albums envahissent les rayons depuis un mois. Et il y a du bon, du très bon, même.

par
Michel Pralong

Spirou chez les Soviets

Pourquoi Tintin aurait-il été le seul à avoir le droit de se rendre chez les Soviets? Près de 90 ans plus tard, Neidhardt au scénario et Tarrin au dessin décident d’y envoyer Spirou. Mais si les URSS se suivent, elles ne se ressemblent pas. Le groom (évidemment accompagné de Fantasio et de Spip) se rend en pleine guerre froide à Moscou, à la recherche du comte de Champignac, enlevé par le KGB. Car un savant soviétique a découvert qu’un champignon pouvait réveiller le gène du communisme qui sommeille en chacun de nous.

L’aventure est trépidante, haute en couleurs et en références. On y croise Gaston Lagaffe dans les locaux de Dupuis, le scénariste Raoul Cauvin est représenté en Q de James Bond, fournissant des gadgets à nos héros, qui voyageront sous couverture: ils prétendent travailler pour Vaillant, éditeur de «Pif Gadget», journal lié au parti communiste français à l’époque.

Et en URSS, le festival continue, avec cuite à la vodka, séjour au goulag et combat contre des savants fous. Les auteurs n’y vont pas de main morte, allant jusqu’à imaginer un monde devenu entièrement communiste ou, à l’inverse, totalement capitaliste et sans états d’âme (Lagaffe devenant même directeur commercial chez Dupuis). C’est politiquement incorrect, délicieusement subversif et surtout très drôle. Un album à marquer au fer… rouge, évidemment.

«Spirou chez les Soviets», de Tarrin et Neidhardt, Éd. Dupuis, 56 pages

«Spirou chez les Soviets», de Tarrin et Neidhardt, Éd. Dupuis, 56 pages

New York Cannibals

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Boucq-Charyn/Le Lombard
Boucq-Charyn/Le Lombard
Boucq-Charyn/Le Lombard

Six ans après, Charyn (scénario) et Boucq (dessin), donnent une suite à «Little Tulip». On y retrouve Pavel, l’ancien du goulag, mais surtout Azami devenue (très) grande et flic, par-dessus le marché. Dans un New York qui cache bien des mystères dans ses bas-fonds. Un album volumineux, à la fois polar et récit fantastique, avec des personnages au physique hors normes comme sait et aime les dessiner Boucq. C’est envoûtant, surprenant, déroutant. On en ressortirait presque vidé de son sang, comme plusieurs victimes de l’aventure. Bref, du solide!

«New York Cannibals», de Boucq et Charyn, éd. Le Lombard, 152 pages

«New York Cannibals», de Boucq et Charyn, éd. Le Lombard, 152 pages

Ghost Kid

Tiburce Oger le dit lui-même, il aime «la BD de divertissement, tout public, qui a le droit d’être intelligente sans pour autant être nombriliste». Pour lui, la «mode actuelle de l’autobiographie, y compris venant de gens qui n’ont pas vécu grand-chose, relève de l’impudeur». On connaît cet auteur depuis des années, surtout pour des histoires d’heroic fantasy («Gorn» ou plus récemment «La forêt», sur un scénario de l’acteur suisse Vincent Perez). Mais en fait, Oger rêvait de westerns, qui n’avaient plus trop la cote à l’époque, contrairement au médiéval fantastique. Mais depuis, il s’est bien rattrapé avec «La piste des ombres», «Buffalo Runner» et, aujourd’hui, «Ghost Kid». L’histoire d’un vieux cow-boy qui apprend qu’il a eu une fille il y a des années et qu’elle est en danger. Parti à son secours, il va faire une étrange rencontre. Un album qui correspond totalement à sa vision: de la BD divertissante et intelligente.

«Ghost Kid», de Tiburce Oger, éd. Grand Angle, 80 pages

«Ghost Kid», de Tiburce Oger, éd. Grand Angle, 80 pages

Nous aurons toujours 20 ans

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Tiburce Oger a raison, la BD produit beaucoup d’autobiographies aujourd’hui et cet album en est une. Mais Jaime Martin a déjà prouvé que l’histoire de sa famille était passionnante. Voici donc, après le récit de ses parents, de ses grands-parents, sa propre jeunesse. C’est intéressant parce que Jaime Martin avait 9 ans à la mort du dictateur Franco. Et qu’il va donc grandir dans une Espagne qui vit un profond bouleversement. En peignant le tableau de ce pays, l’auteur nous montre également comment lui a été séduit par deux choses: le hard rock et la BD. Et comment, au rythme du premier, il est parvenu à se faire une place remarquée dans le neuvième art. Alors des autobiographies comme cela, on en veut encore.

«Nous aurons toujours 20 ans», de Jaime Martin, Éd. Dupuis, coll Aire Libre, 152 pages

«Nous aurons toujours 20 ans», de Jaime Martin, Éd. Dupuis, coll Aire Libre, 152 pages

L’oiseau rare

Un autre grand nom de la BD sort un album chez Grand Angle, Éric Stalner. L’auteur de «La croix de Cazenac» ou «La liste 66» raconte ici, avec l’aide de Cédric Simon au scénario, la zone. Soit la ceinture de bidonvilles qui a entouré Paris dès 1844 (et a duré en partie jusqu’en 1970 et la construction du Périph). Nous sommes ici en 1898 et l’on suit une fillette dont les parents sont morts dans l’incendie de leur cabaret et qui chante dans la rue (accompagnée de quelques voleurs de bourse). On retrouve des ambiances style «La porteuse de pain» et l’album se conclut avec un dossier et des photos assez folles de la zone, qui a donné le terme zonard. Le récit se bouclera en deux tomes.

«L’oiseau rare: Eugénie», tome I, d’Éric Stalner et Cédric Simon, éd. Grand Angle, 64 pages

«L’oiseau rare: Eugénie», tome I, d’Éric Stalner et Cédric Simon, éd. Grand Angle, 64 pages

Effet miroir

Le jeune directeur de l’usine Ferrant a l’habitude de courir en forêt. Mais ce jour-là, un motard manque de le renverser. Ce n’est pas un accident puisque, derrière sa visière miroir, le pilote va traquer le coureur. Pourquoi, qui est-il? Un joli suspense, même si l’on se doute relativement rapidement de l’identité de l’agresseur, mais l’histoire ne s’arrête pas là. Makyo, le scénariste de «La balade au bout du monde», s’associe souvent à des dessinateurs très picturaux, comme Vicomte ou Faure. C’est à nouveau le cas ici avec Laval NG qui fait exploser la forêt de couleurs automnales et parvient à ne pas rendre répétitives les nombreuses cases de la poursuite. Chapeau!

«Effet miroir», de Laval NG et Makyo, Éd. Delcourt, 86 pages

«Effet miroir», de Laval NG et Makyo, Éd. Delcourt, 86 pages

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