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Hockey sur glaceLes «Bleus» en ont bavé avant de gagner le respect

L'équipe de France, que la Suisse affrontera ce soir à 20h15, a vécu bien des galères avant de retrouver l'élite mondiale dès 2008. Les «chiffonniers» visent le maintien et se sont jurés de ne plus jamais retourner dans l'ombre.

L'équipe de France va affronter la Suisse ce soir.

L'équipe de France va affronter la Suisse ce soir.

AFP

Le père d'Antonin Manavian, le massif défenseur d'origine arménienne de 191 cm pour 102 kilos à la barbe hirsute, imite à la perfection le chant d'un oiseau lorsqu'il débarque dans une patinoire pour assister à un match de son fils. Une façon de lui transmettre un message, là en bas sur la glace: «Tout va bien, je suis là.» Oui, tout va bien désormais pour les Bleus. Les «chiffonniers», comme ils aiment à se surnommer dans le vestiaire, se mesurent aujourd'hui aux meilleurs joueurs de la planète et logent dans les beaux hôtels des plus belles villes européennes.

Les années de galère de l'équipe de France, qui a retrouvé le groupe A en 2008 au Québec, ne sont pourtant pas si éloignées. Il y aurait des tonnes d'histoires à raconter sur l'équipe de France. Les anciens du groupe, le capitaine Laurent Meunier (36 ans) et Yorrick Treille (35 ans) font partie de ceux qui en ont bavé avant de ramener les Bleus à la lumière. «On s'est juré de ne jamais revivre cela», souffle Treille, un ancien de GE Servette. La promotion parmi l'élite du hockey mondial, les Bleus l'ont fêtée en Chine, en 2007. «Oui mais pas la Chine que l'on montre aux touristes, sourit Laurent Meunier. Les vestiaires devaient faire 10 m2 au maximum. Les toilettes, un simple trou dans le sol, se trouvaient au milieu de la douche…» Cracovie, au lieu de Kosice

«On avait pris un vol Paris-Pékin, se souvient Aurélien dit «Jimmy» Omer, ancien chef matériel de l'équipe de France durant plus d'une décennie. Une fois débarqué de l'avion, on pensait que l'on était arrivé. On a dû prendre un autre appareil qui nous a emmené à la frontière mongole. De là, il restait encore cinq heures de bus. Tous les équipements étaient entassés dans une benne ouverte à l'arrière d'un camion. Il a plu durant tout le voyage. A la patinoire, il n'y avait pas d'eau potable. La nourriture? Ce n'était pas la cuisine chinoise que l'on nous sert ici. Quand on demandait du poulet, il y avait aussi la tête et les pattes dans l'assiette…» Des galères, et quelques énormités aussi: en route pour les Mondiaux 2011 à Kosice, en Slovaquie, les Français ont atterri dans le mauvais aéroport, à Cracovie, en Pologne. Des heures et des heures de bus, encore, avant de rejoindre la Slovaquie. Un «voyage de pêche», comme ils disent. «Avec du recul, cela reste de fantastiques expériences humaines, souffle Laurent Meunier. Les jeunes devinent un peu d'où on vient, mais ils ne savent pas vraiment tout ce que l'on a vécu. On essaie de leur raconter…

Toutes ces galères ont forgé les caractères, développé notre combativité. Le hockeyeur français a toujours dû doublement prouver sa valeur pour y arriver. Il faut que l'on préserve cet ADN au travers des générations. C'est ce qui nous permet d'avoir du succès, car nous n'avons pas le talent des autres nations.» Roussel incarne l'esprit des Bleus

Aujourd'hui, les Français commencent à accéder à la NHL au compte-goutte: Antoine Roussel (Dallas Stars), Pierre-Edouard Bellemare (Philadelphia Flyers) et Stéphane Da Costa (ex Ottawa Senators, actuellement en KHL au CSKA Moscou) sont pour l'instant les seuls à avoir suivi les traces de Philippe Bozon, qui avait ouvert la voie en 1992 dans les rangs des Saint Louis Blues, et de Cristobal Huet (ex Los Angeles Kings, Montréal Canadiens, Washington Capitals et Chicago Blackhawks) en NHL.

«Au début, c'était très dur, explique Stéphane Da Costa, l'un des meilleurs compteurs de KHL cette saison. Les gens ne nous prenaient pas au sérieux. Combien de fois m'a-t-on demandé: oui mais Français, Français? Ou Français, Canadien? Aujourd'hui, quand l'un de nous débarque en NHL, les gens ne sont plus vraiment surpris.» Antoine Roussel, le «Cht'i» qui a dû s'inventer un rôle de «bad boy» pour se tailler une place au soleil en NHL, est devenu une star chez les Dallas Stars à coup de poings et de sang. Il incarne toute l'abnégation et le sens du sacrifice du hockeyeur français, invariablement contraint de s'exiler pour percer, même si lui, grâce aux anciens, n'a pas connu les années de galères et les nuit passées dans des hôtels low cost lors des rassemblements de l'équipe de France.

«Vous imaginez d'aller dire ça à Mark Streit, se marre Aurélien «Jimmy» Omer. Mark, ce soir on dort dans un F1 sur le périphérique! Le mec, il répondrait quoi? Sérieux, on va dormir dans une vraie Formule Un?»

Cody Almond : «Si tôt dans le tournoi, il faut se concentrer sur le positif»

L'équipe de Suisse a entamé les championnats du monde du mauvais patin en s'inclinant 4-3 après les tirs au but contre l'Autriche. Cette défaite est une grande désillusion pour le groupe…

Nous étions à 50 secondes seulement de la victoire (ndlr : égalisation du joueur des Philadelphia Flyers Matthias Raffl à 6 contre 5). Lorsque l'on est si proche d'une victoire, c'est toujours dur à encaisser de tout perdre à la fin. Nous devons procéder à quelques ajustements, et être meilleurs ce soir contre la France. Beaucoup de choses n'ont pas vraiment fonctionné. Comment réagir désormais?

Je pense malgré tout que nous avons fait pas mal de bonnes choses contre l'Autriche, mais malheureusement nous avons commis des erreurs en zone défensive. Ce sont des points que nous devons améliorer. Si tôt dans le tournoi, le plus important est de se concentrer sur ce qui a été positif, sur ce qui a fonctionné, et bâtir quelque chose à partir de là. Les joueurs ont parfois semblé manquer d'automatismes. Qu'en pensez-vous?

Nous manquons peut-être encore d'automatismes, mais la plupart des joueurs se connaissent et s'entraînent ensemble depuis un bon moment. Je ne pense pas que l'on puisse parler d'un manque de cohésion. A titre personnel, vous avez disputé un match solide pour vos débuts sous le maillot de l'équipe de Suisse à une grande compétition (deux passes décisives). Comment évaluez-vous votre performance?

Oui, je me sentais bien. Cela s'est bien passé pour moi. Je suis content que ce premier match soit derrière moi, que la nervosité se soit envolée. Désormais, après cette défaite initiale, nous devons serrer les rangs en tant qu'équipe et repartir de l'avant. Nous devons être prêts pour le prochain match, c'est tout ce qui compte maintenant.

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