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InternetLes bloqueurs de pub menacent les médias

De plus en plus d'internautes ont recours à des extensions pour bloquer la publicité, mettant par là même en péril le modèle d'affaires des éditeurs.

ARCHIVES - PHOTO D'ILLUSTRATION, AFP

Les plateformes médias se basent sur le principe que le lecteur a accès gratuitement à des informations en échange de la publicité. Or cette règle tacite est menacée depuis que toujours plus d'utilisateurs d'ordinateurs ou de smartphones téléchargent des applications pour stopper les bannières, fenêtres pop-up et autres formes de publicité importune.

En l'espace de deux ans, le nombre de personnes utilisant des «Adblockers» a plus que triplé, selon une étude d'Adobe et de la société Pagefair. Ces dispositifs sont toujours plus populaires en Europe aussi. Rien qu'en Allemagne, près d'un internaute sur quatre s'en sert. Aucune statistique n'existe pour la Suisse.

Si la plupart des éditeurs helvétiques connaissent l'ampleur du phénomène parmi leur lectorat, ils n'en publient pas les chiffres. Chez Tamedia, le porte-parole Christoph Zimmer estime que ces extensions sont moins répandues en Suisse qu'ailleurs.

N'en déplaise, les Adblockers essaiment dans le pays aussi, fait-on savoir du côté de la «NZZ». Pour Ringier, ces applications vont devenir un défi toujours plus sérieux à l'avenir.

Robin de bois

Du côté des fournisseurs de logiciels antipublicité, c'est la faute aux plateformes, qui ont exagéré. D'ailleurs, ils se considèrent un peu comme des «robins de bois» qui protègent les internautes contre les logiciels de traçage ou malveillants, entre autres.

Pour les éditeurs, ces opérateurs cherchent surtout à faire des affaires sur leur dos. En Allemagne notamment, la firme Eyeo, basée à Cologne, est dans le collimateur de la branche, qui l'accuse de filtrer avec «Adblock Plus» les annonces selon ses propres critères.

Pour échapper à cet écrémage, les sites verseraient de grosses sommes à Eyeo, selon certains blogs. L'éditeur allemand Axel Springer, les chaînes ProSiebenSat.1 et RTL ont déjà essayé de traîner Eyeo devant les tribunaux pour le faire interdire, jusqu'ici sans succès.

Solutions radicales

Axel Springer a pris quant à lui des mesures radicales. Voici un mois, la maison a décrété que tout lecteur utilisant un Adblocker n'aura plus accès aux articles du site Bild.de. Pour accéder au contenu «presque sans publicité», il devra s'abonner. Le Washington Post tente une expérience semblable.

En Suisse, les éditeurs réfléchissent à des stratégies. Si la solution adoptée par Axel-Springer est jugée intéressante, elle ne vaut que pour des médias numériques à abonnements, c'est-à-dire pas pour 20min.ch par exemple.

Ringier, tout comme le portail d'information watson.ch, misent pour leur part sur la «Native Advertising». Autrement dit, sur une publicité adaptée à son environnement, qui offre aussi une valeur ajoutée «journalistique». Celle-ci peut être relayée par les réseaux sociaux, passant ainsi à travers les mailles du bloqueur.

(ats)

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