Gel en France - Les bougies antigel ravivent la flamme d’une ciergerie
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Gel en FranceLes bougies antigel ravivent la flamme d’une ciergerie

Une ciergerie du Puy-en-Velay limite ses pertes liées à la pandémie en produisant des bougies destinées à protéger les cultures du gel qui a touché une large partie de la France.

Les vignerons Pierre-Marie et Marie Luneau vérifient les vignes lors de la combustion de bougies antigel dans le vignoble de Luneau-Papin à Le Landreau, près de Nantes, dans l'ouest de la France, le 12 avril 2021, alors que les températures tombent en dessous de zéro degré.

Les vignerons Pierre-Marie et Marie Luneau vérifient les vignes lors de la combustion de bougies antigel dans le vignoble de Luneau-Papin à Le Landreau, près de Nantes, dans l'ouest de la France, le 12 avril 2021, alors que les températures tombent en dessous de zéro degré.

AFP

Après les épisodes de gel tardif qui ont touché une grande partie du pays, une ciergerie du Puy-en-Velay, en Haute-Loire, a trouvé dans les bougies destinées à protéger les cultures un relais de croissance inattendu pour limiter les pertes liées à la pandémie. «Grâce à ça, on va compenser en partie la perte Covid», explique à l’AFP Brendan Leroy, PDG de la Ciergerie du Sud-Est installée dans une zone d’activité au sud de la cité ponote, dont les ventes de bougies antigel représentent actuellement «de l’ordre de 10 à 15%» du chiffre d’affaires.

L’entreprise, aux mains de la même famille depuis cinq générations, a souffert en 2020 de la fermeture des lieux de culte ou encore de l’annulation de la fête des Lumières à Lyon pour laquelle elle produit des lumignons emblématiques de cette tradition. Ses dirigeants avaient heureusement dès 2019 pris le virage des bougies antigel après que des amis vignerons en Bourgogne leur eurent parlé de «leurs besoins pour protéger leurs cultures». Une ligne de production a été reconvertie et sort actuellement jusqu’à 3000 bougies antigel par jour, en travaillant à flux tendu, «avec des heures supplémentaires en semaine et le week-end», selon le PDG.

Recrutement

«Cela ne suffit pas à répondre à la demande qui est énorme», poursuit Brendan Leroy. Bien réparties à raison de près de 400 à 500 par hectares, ces chaufferettes – ou braseros – peuvent brûler pendant une dizaine d’heures et permettent de gagner 2 à 3 degrés dans les vergers et les vignes par rapport à l’air ambiant. «Les arboriculteurs commencent à être très éduqués sur ce genre d’épisodes de froid. Certains avaient passé commande dès la fin de l’année 2020», selon Brendan Leroy. Une démarche facilitée par le fait que les bougies antigel peuvent se conserver plusieurs années.

Des vignerons après avoir allumé des bougies antigel dans le vignoble de Chablis près de Chablis, en Bourgogne, le 7 avril 2021.

Des vignerons après avoir allumé des bougies antigel dans le vignoble de Chablis près de Chablis, en Bourgogne, le 7 avril 2021.

AFP

Jusqu’à six intérimaires ont été recrutés pour assurer les cadences, s’ajoutant au 35 salariés de la PME, fusion de plusieurs ciergeries installées dans la cité mariale qui constitue l’un des points de départ emblématiques pour les pèlerins qui entreprennent le chemin vers Saint-Jacques-de-Compostelle. La PME ligérienne a ainsi pu éviter d’avoir recours au chômage partiel, malgré la moindre demande en cierges pour les lieux de culte, son coeur de métier.

Seaux de paraffine

Les seaux de paraffine de six litres produits au Puy sont distribués à travers plusieurs réseaux de magasins revendeurs, principalement dans le sud-est du pays et la vallée du Rhône mais aussi en Bourgogne, dans le Val-de-Loire et dans le Bordelais. Les acheteurs les paient autour des 10 euros l’unité. «J’avais prévu d’arrêter mi-mars et j’ai relancé ma production d’abord jusqu’à Pâques et là on ira jusqu’aux Saints de Glace (entre le 11 et le 13 mai)», affirme le PDG.

Et ce, malgré un rythme bridé par la rareté de la matière première, dérivée du pétrole, à laquelle s’ajoutent des tensions sur les approvisionnements liés à la crise sanitaire. Le prix de la paraffine a ainsi augmenté de 40% depuis la fin 2020, selon Brendan Leroy. L’appétit mondial pour l’acier utilisé pour les seaux complique également la production.

Qualifiés de «probablement la plus grande catastrophe agronomique de ce début de XXIe siècle» par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, les épisodes de gel tardif de ces derniers jours ont touché «plusieurs centaines de milliers d’hectares de vignes, d’arboriculture, de grandes cultures». En début de semaine, la principale organisation syndicale agricole, la FNSEA, a indiqué qu’au moins un tiers de la production viticole française «sera perdu», avec un manque à gagner estimé à près de deux milliards d’euros de chiffres d’affaires.

«Un fonds de solidarité exceptionnel» d’un milliard d’euros

Jean Castex a annoncé samedi à Montagnac, dans l’Hérault, la création d’un «fonds de solidarité exceptionnel» d’un milliard d’euros pour les agriculteurs touchés par l’épisode de gel intense qui frappe la France depuis près de deux semaines.

«L’Etat doit être à la hauteur de cette catastrophe. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je suis venu annoncer un effort significatif de l’Etat à hauteur d’un milliard d’euros, car la situation le justifie», a déclaré le Premier ministre à l’issue d’une table ronde avec des représentants agricoles et des élus.

(AFP)

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