Votations - Les campagnes se déchirent à l’approche de votes sur les pesticides
Publié

VotationsLes campagnes se déchirent à l’approche de votes sur les pesticides

Les deux textes concernant les pesticides sur lesquels les électeurs devront se prononcer le 13 juin sont l’objet de débats houleux.

Le Conseil fédéral a recommandé de voter contre les deux textes, mettant en garde contre les risques pour l’approvisionnement en denrées alimentaires dont les prix pourraient grimper au détriment des ménages aux plus faibles revenus. (Photo Fabrice COFFRINI / AFP)

Le Conseil fédéral a recommandé de voter contre les deux textes, mettant en garde contre les risques pour l’approvisionnement en denrées alimentaires dont les prix pourraient grimper au détriment des ménages aux plus faibles revenus. (Photo Fabrice COFFRINI / AFP)

AFP

Les campagnes se déchirent à l’approche d’un vote le 13 juin sur deux textes concernant les pesticides qui divisent profondément le monde agricole et égratignent l’image idyllique des pâturages suisses. Début mai, un incident dans le canton de Vaud avait provoqué la colère des agriculteurs dans cette campagne de votations marquée par des débats houleux.

Des inconnus avaient mis le feu à une remorque dans un champ sur laquelle avaient été déployées des banderoles appelant à voter contre. L’association agricole Prométerre avait vivement protesté, dénonçant une «injure» à «la démocratie» et «aux familles paysannes».

Les électeurs vont voter sur un texte, intitulé «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse». Il veut interdire les pesticides contenant des compositions chimiques qui n’existent pas à l’état naturel dans l’agriculture mais aussi dans les espaces verts publics, jardins privés et voies de chemins de fer. Il demande aussi à interdire l’importation de denrées alimentaires qui contiennent des pesticides de synthèse afin de ne pas désavantager les agriculteurs suisses. Il prévoit une période de transition de 10 ans.

Lancé par un comité réunissant notamment un vigneron et un professeur de biologie des sols à l’Université de Neuchâtel, ce texte avait récolté 121'307 signatures. Le second texte, intitulé «Pour une eau potable propre et une alimentation saine», veut restreindre les paiements directs de la Confédération aux exploitations qui n’utilisent pas de pesticides, ni d’antibiotiques à titre préventif mais seulement pour soigner leurs animaux malades.

Pour limiter les lisiers, il veut également restreindre ces subventions aux exploitations qui élèvent uniquement le nombre d’animaux qu’elles peuvent nourrir avec le fourrage qu’elles produisent elles-mêmes. L’argent des impôts ne doit pas servir à subventionner les dommages à la santé et au climat, défendent les partisans de ce texte qui avait récolté 113'979 signatures.

Trois camps dans l’agriculture

Les grandes organisations agricoles, dont l’Union suisse des paysans et l’Union Maraîchère Suisse, ont appelé à voter «deux fois non», jugeant les textes trop «extrêmes». «On vous nourrit, on nous punit», protestent les opposants.

Les apiculteurs répliquent par un «deux fois oui» tandis que la fédération des entreprises agricoles Bio Suisse, dans ce pays où l’agriculture biologique représente 15% des exploitations, se situe à mi-chemin. Elle soutient le texte sur les pesticides mais rejette celui sur l’eau potable.

Malgré de «bonnes intentions», il présente des écueils notamment avec la limitation du fourrage qui va compliquer la tâche des éleveurs bio sans pour autant régler la question de l’élevage intensif puisque les grosses exploitations pourront tout simplement renoncer aux subventions pour conserver de gros cheptels, selon elle.

Le Conseil fédéral a recommandé de voter contre les deux, mettant en garde contre les risques pour l’approvisionnement en denrées alimentaires dont les prix pourraient grimper au détriment des ménages aux plus faibles revenus.

Un message «clair»

«L’agriculture doit évoluer, nous sommes d’accord sur cela», a déclaré Francis Egger, vice-directeur de l’Union Suisse des paysans, à l’AFP. «Il y a deux fois plus de 100'000 personnes qui ont signé, il y a donc un message clair des consommateurs», a-t-il reconnu. Mais ces textes vont «trop loin», selon lui, et risquent de pénaliser lourdement les paysans suisses qui ont déjà réalisé d’importants efforts pour réduire les pesticides.

«Notre initiative n’est pas dirigée contre les agriculteurs», a défendu Antoinette Gilson, biologiste de formation, et membre du comité pour le texte sur les pesticides, lors d’un entretien avec l’AFP.

Il vise à interdire les pesticides de synthèse, qui sont «les plus dangereux», et auxquels les agriculteurs «eux-mêmes» sont très exposés, a-t-elle insisté, mais pas les pesticides biologiques ou alternatives sans «toxiques chimiques». Quelque 107 matières actives utilisées pour les bio-pesticides, dont le souffre ou le cuivre, seraient encore autorisées, contre 383 aujourd’hui.

En cas d’acceptation, la Suisse serait le premier pays au monde à interdire les pesticides synthétiques. Mais ces deux textes, partis avec une longueur d’avance dans les sondages, ont vu leur soutien s’étioler ces dernières semaines. Selon un sondage publié le 2 juin par le groupe de presse Tamedia et «20 Minutes», le texte sur les pesticides ne recueille plus que 42% d’intentions favorables, le soutien chutant à 41% pour l’eau potable.

Les villes pourraient néanmoins avoir le dernier mot, les citadins se prononçant majoritairement «Pour» dans les sondages alors que les campagnes les rejettent clairement.

(AFP)

Votre opinion

34 commentaires