Les cellules nasales des enfants les ont protégés des premiers variants du coronavirus

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CoronavirusLes cellules nasales des enfants les ont protégés des premiers variants

La muqueuse du nez des plus jeunes est différente de celles des adultes et les a aidés à lutter contre le Covid, mais cela a bien moins été le cas avec Omicron.

par
Michel Pralong
La muqueuse nasale des enfants se défend mieux contre le coronavirus que celle des adultes, du moins jusqu’à Omicron.

La muqueuse nasale des enfants se défend mieux contre le coronavirus que celle des adultes, du moins jusqu’à Omicron.

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Dès le début de la pandémie du coronavirus, il a été constaté que les enfants présentaient bien moins de symptômes que les adultes et quand ils en avaient, ils étaient dans la plupart des cas bénins. Il a également été observé, du moins durant les vagues du virus ancestral et ses premiers variants, que les enfants de moins de 10 ans étaient significativement moins contaminés que les personnes plus âgées et étaient moins susceptibles de transmettre le virus.

Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ces différences, notamment celle que les narines des enfants, le nez étant la porte d’entrée principale du virus, contiennent moins de récepteurs auquel le coronavirus s’accroche que chez les adultes. Mais cela n’est pas vrai dans tous les cas.

Une plus forte réponse antivirale

Des scientifiques australiens ont exploré une autre voie. Ils ont observé que si les cellules épithéliales nasales (soit les cellules qui recouvrent la muqueuse du nez, abrégées NEC) des enfants sont en effet différentes de celles des adultes, ce n’est pas uniquement en raison d’un nombre différent de récepteurs du coronavirus. L’analyse de la muqueuse nasale de l’enfant a montré une plus forte expression des gènes associés à des réponses inflammatoire et antivirale que chez l’adulte.

Le coronavirus provoquerait donc davantage d’inflammation chez l’enfant? Celui-ci devrait donc alors avoir des symptômes plus graves de la maladie. C’est vrai lorsque ces inflammations se produisent dans les voies respiratoires inférieures (trachée, bronches et poumons) où cela peut entraîner une détresse respiratoire. Mais lorsque cela se produit dans les voies respiratoires supérieures (nez, sinus, pharynx et larynx), cette inflammation et cette production accrue d’interférons inhibent au contraire la réplication du coronavirus. Bref, elles agissent comme un antiviral.

Et c’est bien ce qui a été constaté avec la souche ancestrale du coronavirus, qui se réplique nettement moins dans les NEC des enfants que dans celles des adultes. Lorsque le variant Delta est apparu, il s’est davantage répliqué dans les NEC à la fois des adultes et des enfants, ce qui explique qu’il a été plus contagieux. Mais il demeurait encore sensiblement moins présent chez les plus jeunes. Les enfants étaient donc encore mieux protégés que les adultes face à Delta

Même quantité d’Omicron chez les enfants

Lorsque ce fut le tour d’Omicron, celui-ci ne s’est pas dupliqué davantage que Delta dans la muqueuse des adultes. Ce qui suppose que sa mutation ne lui a pas donné un avantage dans sa réplication. S’il s’est pourtant révélé être encore plus contagieux que Delta, ce serait plutôt grâce à sa faculté d’échapper aux anticorps. Mais en revanche, par rapport aux précédents variants, il n’y avait pas de différence notable de la quantité virale d’Omicron dans les NEC des adultes et des enfants. La spécificité de la muqueuse des enfants ne les protège donc plus, ou moins efficacement, contre Omicron.

Cela correspond à ce qui a été observé, à savoir un nombre bien plus élevé d’infections d’enfants sous Omicron que lors des vagues précédentes. Ce n’est peut-être pas la seule explication, puisqu’il faut aussi prendre en compte que, alors que de plus en plus d’adultes étaient vaccinés, les moins de 12 ans l’ont été bien plus tard et en plus faible nombre.

Reste que les scientifiques de l’0UNiversité du Queensland, en Australie, estiment que leur étude, parue dans «PLOS Biology» fournit «la première des preuves expérimentales que l’épithélium nasal pédiatrique peut jouer un rôle important dans la réduction de la sensibilité des enfants au SRAS-CoV-2 ancestral». Il n’est peut-être pas le seul en cause, puisque les enfants et les adolescents ont également davantage d’anticorps au coronavirus préexistants que les adultes, mais il est sans doute une partie de l’explication de cette meilleure immunité aux premiers temps de l’épidémie. Avec l’évolution du virus, difficile de dire si cela pourra encore jouer un rôle à l’avenir ou non.

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