Football: Les clés de la méthode Seoane
Publié

FootballLes clés de la méthode Seoane

Le guide de Young Boys est l’entraîneur à la meilleure moyenne de points dans l’histoire de la Super League. La réussite d’un style de coaching moderne, basé sur l’exigence et l’empathie.

par
Brice Cheneval
Gerardo Seoane sait à la fois se montrer exigeant et proche avec ses joueurs. Une dualité qui fait sa force.

Gerardo Seoane sait à la fois se montrer exigeant et proche avec ses joueurs. Une dualité qui fait sa force.

Keystone

Gerardo Seoane est un entraîneur pressé. Le Lucernois de 42 ans ne compte que trois années d’expérience dans le métier, mais il a déjà marqué le championnat suisse de son empreinte. Outre ses deux titres avec Young Boys (2019 et 2020), il est l’architecte de la spectaculaire remontée de Lucerne en 2018, passé de la 9e à la 3e place en 6 mois.

Le bilan chiffré est tout aussi impressionnant. Depuis son premier match sur un banc, un Lucerne-Lausanne Sport remontant au 3 février 2018, il totalise 70 victoires, 19 nuls et 13 défaites en 102 sorties. Soit près de 69% de succès et, surtout, une moyenne de 2,24 points par rencontre. Tout simplement la plus haute marque établie par un entraîneur dans l’histoire de la Super League, comme l’a révélé Opta début décembre.

«C’est un super coach, témoigne le milieu de terrain de YB, Vincent Sierro. Son palmarès parle pour lui. C’est difficile de faire mieux à son âge.»

En quête perpétuelle de perfection

Seoane a réussi d’entrée parce qu’il avait un plan, parfaitement échafaudé. «Quand tu débutes en tant qu’entraîneur, tu dois avoir des idées claires et une méthodologie précise, explique-t-il. C’est un métier où il y a peu d’opportunités et qui accepte peu d’erreurs. D’où la nécessité de bien se préparer. Je me suis toujours énormément investi.»

Sa ligne directrice n’a pas bougé. Guidé par sa passion du jeu, l’éphémère joueur du FC Sion (1997-1998) est aussi travailleur que méticuleux. Avec lui, rien n’est laissé au hasard. «Il est très exigeant envers lui-même et il nous transmet cela, affirme Vincent Sierro. Il ne nous lâche jamais. Il nous répète tout le temps que c’est bien de gagner un match, mais que l’important, c’est le prochain.» «Il sait exactement ce qu’il veut», corrobore son coéquipier Jordan Lefort.

«Je m’inspire beaucoup des meilleurs entraîneurs, confie Seoane. La plupart du temps, ceux qui réussissent sont ceux qui travaillent le plus. L’un de mes points forts, c’est que je veux sans cesse progresser. Je cherche systématiquement comment m’améliorer. Mais c’est aussi un de mes points faibles car je ne suis jamais satisfait à 100%. Et les joueurs actuels sont aussi très exigeants envers leur entraîneur. Ils ne se contentent plus seulement d’appliquer ce qu’on leur dit, ils sont désireux de progresser techniquement, tactiquement… Cela m’oblige à donner le meilleur de moi-même.»

«Il est très fort dans sa manière d’aborder les matches. Des fois, on les prépare tellement bien qu’il nous suffit d’appliquer ce qu’il nous dit pour gagner»

Vincent Sierro, milieu de terrain de Young Boys

Appliqué au terrain, ce trait de personnalité fait des merveilles dans le cas de Seoane. «Il est très fort dans sa manière d’aborder les matches, lâche Sierro. Des fois, on les prépare tellement bien qu’il nous suffit d’appliquer ce qu’il nous dit pour gagner. Son plan est très souvent décisif.»

Lefort ne dit pas autre chose: «Il sait juger la bonne situation et s’ajuster en conséquence. Depuis que je suis au club, je ne compte plus le nombre de fois où on a retourné un match ou fait la différence grâce à ses ajustements.»

Le milieu vaudois du FC Lugano, Olivier Custodio, a évolué sous les ordres de Gerardo Seoane lors de ses six mois à Lucerne. Il se rappelle de la même qualité: «Il connaît bien le championnat suisse donc il avait cette facilité à préparer les matches, il identifiait très bien les forces et faiblesses de l’adversaire. Les rencontres se déroulaient souvent comme il les avait prévues.»

Seoane tend vers la perfection. À l’entraînement, cette quête peut s’apparenter à de la robotisation sur certains exercices. «L’autre jour, on a répété un circuit de passe pendant 15-20 minutes. Puis lors de l’opposition qui a suivi, on a instinctivement reproduit exactement le même schéma dès la première action. J’ai trouvé ça dingue», rapporte Lefort.

Adepte des petites attentions

Investissement, préparation, rigueur, exigence. Ça, c’est pour la partie germanique. En parallèle, celui qui possède également la nationalité espagnole dégage une chaleur humaine typiquement latine. «Il est proche de nous, constate Lefort. Pour avoir connu pas mal d’entraîneurs en bientôt dix ans de carrière, il y en a finalement assez peu de cette trempe. Pour les jeunes, surtout, c’est important. On se sent utile. Déjà, il maîtrise plusieurs langues (ndlr: l’allemand, le français, l’espagnol, l’anglais et l’italien), donc cela lui permet de parler avec tout le monde. Et c’est quelqu’un qui aime rigoler. Je ne l’ai jamais vu crier, il est toujours posé dans son jugement.»

«Il aime instaurer une atmosphère détendue, résume Custodio. C’est plus facile de demander certaines choses quand il y a un lien hors terrain.»

Gerardo Seoane sait utiliser les bons ressorts pour séduire son groupe, malgré sa relative expérience. À moins que ce ne soit son jeune âge qui lui offre cette proximité. «Pour obtenir le meilleur d’une équipe, il doit régner une bonne ambiance, professe-t-il. Un entraîneur doit aimer ses joueurs. Il doit se rendre compte quand l’un d’eux ne se sent pas bien. Mais cela ne signifie pas que je ne peux pas faire des choix forts.»

«Un entraîneur doit aimer ses joueurs. Il doit se rendre compte quand l’un d’eux ne se sent pas bien»

Gerardo Seoane, entraîneur de Young Boys

Une invitation au restaurant, un message, quelques échanges personnels par-ci par-là, le technicien de Young Boys ne se montre pas avare en petites attentions et manie l’empathie avec brio. «Il existe plein de possibilités pour entretenir un lien de confiance mais le plus important, c’est de rester attentif pour agir avant qu’une situation ne se dégrade.»

Sacré meilleur entraîneur de Super League en 2018 et 2019, l’Hispano-Suisse fait encore partie des trois nominés pour l’année 2020 et dispose de grandes chances de conserver son trophée (le verdict sera dévoilé à l’issue d’une cérémonie organisée ce jeudi).

Une razzia qui illustre sa domination à ce poste en Suisse. Si bien qu’il pourrait être tenté par un départ à l’étranger d’ici quelques mois. Ses résultats, la modernité de sa méthode, sa jeunesse ainsi que sa maîtrise des langues constituent autant d’éléments qui le placent parmi les techniciens en vogue. Ces dernières semaines, son nom a notamment circulé dans plusieurs clubs de Bundesliga. «Il a un bel avenir, j’en suis convaincu», assure Vincent Sierro.

En attendant, Gerardo Seoane a encore quelques belles lignes à écrire du côté de Berne.

Votre opinion

1 commentaire
L'espace commentaires a été desactivé

les etoiles

21.01.2021, 14:55

du nimpote quoi en championnat ok mais sur le plan europein quel flop en 3 ans rien du tout viv ement le nouveau BALE