11.03.2020 à 07:34

Les clubs et l’épineux problème des primes

Hockey sur glace

Les clubs doivent résoudre une équation à plusieurs inconnues avant les play-off. Les primes en sont une grande.

par
Sport-Center
Au jeu du "Top Finance Top Scorer", tout le monde est gagnant; soit l'exact inverse de la situation actuelle.

Au jeu du "Top Finance Top Scorer", tout le monde est gagnant; soit l'exact inverse de la situation actuelle.

Keystone

Si votre employeur vous demandait de continuer à travailler en renonçant à votre treizième salaire, le feriez-vous? C’est à peu de chose près à cette question que doivent répondre actuellement les joueurs de National League engagés en play-off. Dans les contrats de la plupart des éléments du Top 8 figurent des primes à la performance. D'une somme fixe chez certains, les clauses peuvent également exploser ailleurs. Un club du haut de tableau est d’ailleurs emprunté car les bonus promis en cas de titres sont très élevés.

Dans ce tir à la corde interne, les langues ne se délient que sous couvert de l’anonymat. Cela va de soi. Parmi la majorité des joueurs sondés, les primes sont un sujet qui divise. D’un côté, elles ne sont pas négociables. «Les clubs ont signé, personne ne les a forcés », nous glisse ce joueur, qui espère commencer la course au titre mardi prochain. Mais l’opposé existe également.

Le rôle des sponsors

Dans les colonnes du «Journal du Jura», Damien Brunner a jeté un pavé dans la mare. Le buteur serait même prêt à renoncer à une partie de ses émoluments. Pas uniquement les primes. «Si j’avais gagné plus de cinq millions en NHL, je serais aussi plus tranquille, rigole un Romand figurant au bas de l’échelle salariale de son club. Je comprends qu’il le pense et c’est tout à son honneur. Mais il ne faut pas croire que tous les hockeyeurs sont riches pour autant. Renoncer aux primes, j’y suis favorable. Mais pas plus.» Dans l'intervalle, le HC Bienne a annoncé qu'au cas où les play-off devaient avoir lieu à huis clos, ses joueurs et entraîneurs avaient décidé à l'unanimité de renoncer à tous les bonus des éliminatoires auxquels ils auraient eu droit

Dès lors, comment faire? «En cas de match décisif en finale, je peux imaginer que certains dirigeants ne seraient pas plus tristes que cela de perdre, glisse un décideur d’une formation de National League. Il faut se rendre compte que la survie de certains clubs est vraiment menacée par la situation actuelle. Un titre pourrait avoir des conséquences graves.»

Les sponsors en part variable

Sur le ton de la boutade, un joueur nous glisse: «Si les autres ne jouent pas à fond, c’est peut-être notre chance de gagner non? (rires) Une chose est sûre, moi je renonce à toutes mes primes si c’est pour avoir le titre.» Et cet interlocuteur ne compte de loin pas parmi les employés les mieux rémunérés de son vestiaire.

Concrètement, les sponsors ont fréquemment des clauses dans leurs contrats avec des primes supplémentaires à payer au fur et à mesure que l’équipe avance dans les séries. La visibilité moindre incitera-t-elle les entreprises à vouloir négocier ces bonus à la baisse?

Assurance trop élevée

Une solution pourrait-elle se trouver dans un organisme d’assurance? Se prémunir contre le «risque» d’être champion, c’est une pratique courante pour Bula Assurances. «Tout est une question de timing, nous explique Raphaël Bula, 27 ans d’expertise dans le domaine. Si les clubs nous avaient contactés en début de saison, le prix aurait probablement été plus attractif que dorénavant. Aujourd’hui, le risque est plus élevé et l’assurance moins bon marché, donc moins intéressante.»

Concrètement Bula Assurances travaille avec des partenaires à l’étranger, notamment Lloyd’s à Londres. Cette entreprise, active sur des marchés autres que le bâtiment, la maladie ou les voitures, accepte de prendre certains risques. «Par le passé, nous avons travaillé avec le FC Sion qui se couvrait en cas de victoire en Coupe de Suisse, poursuit Raphaël Bula. Mais nous avions finalement cessé, car ils gagnaient trop souvent (rires). Récemment, une formation de Super League nous a contactés pour se prémunir en cas de relégation en Challenge League. Nous avions refusé d’entrer en matière car la probabilité qu’ils tombent était trop élevée.» Pour faire simple, le timing pour s’assurer n’est pas le bon et l’intérêt pour le club n’est pas assez grand.

Au final, les play-off vont faire perdre des plumes à tout le monde. Reste à savoir si les joueurs accepteront de mettre de côté une partie ou la totalité de leurs primes pour ne pas mettre en péril la survie de plusieurs formations de l’élite. «Si trois clubs font faillite, cela coûtera leur emploi à 75 joueurs, détaille ce dirigeant. Il faut que tout le monde ait conscience de cela. Les joueurs également.» Depuis une dizaine de jours, ce point occupe une grande partie des discussions dans les bureaux de National League. Et ce n’est pas près de cesser.

Grégory Beaud

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