09.07.2018 à 10:28

PétitionLes Combiers en guerre contre les panneaux

La fermeture des chemins forestiers aux véhicules à moteur fâche les habitants du Brassus (VD). Ils ne comptent pas en rester là.

par
Anne-Charlotte Müller
Un panneau de signalisation interdit aux véhicules à moteur l’accès au chemin où se tient la brocante des Mollards.

Un panneau de signalisation interdit aux véhicules à moteur l’accès au chemin où se tient la brocante des Mollards.

Laurent Crottet/LMS

Pour déposer un canapé à la brocante des Mollards, située sur la route du col du Marchairuz, au Brassus (VD), il faudra le porter sur une distance de 150 mètres, car un panneau de signalisation interdit aux véhicules motorisés l’accès au chemin! Cela fait moyennement sourire le Combier de 75 ans Roger Ballif, qui admet avoir dérogé à la règle. «L’autre jour, j’avais des lampes et du fourbi à débarrasser, j’ai quand même pris ma voiture pour accéder au bâtiment», confie-t-il. Depuis que des panneaux de signalisation ont fleuri un peu partout à la vallée de Joux, entre 2016 et 2017, interdisant l’accès de nombreux chemins forestiers aux véhicules, la population laisse éclater son mécontentement.

Surtout parce que les communes ne bougent pas d’un pouce. L’UDC vallée de Joux, de son côté, a décidé de lancer une pétition en février dernier pour obtenir l’accès motorisé à onze refuges fréquentés de la forêt du Risoux. «Sur les 69 refuges de la vallée, trente sont très fréquentés, mais seulement dix-neuf sont accessibles en voiture. Nous demandons donc l’accès aux onze restants», précise Lucie Rochat, vice-présidente du parti. Ainsi 2600 signatures ont été récoltées en faveur de ce projet.

«Il n’y a plus qu’à envoyer cette pétition au Grand Conseil. Si ce dernier valide la proposition, ce sera aux communes de faire le nécessaire. La loi est de notre côté et la population aussi», souligne Lucie Rochat. Si le Grand Conseil rejette la proposition, le parti ne compte pas s’arrêter là. «Aucun panneau n’a fait l’objet d’une mise à l’enquête, nous tablerons là-dessus le cas échéant», confie la vice-présidente.

Des dérogations possibles

Sur les 69 refuges de la vallée de Joux, seulement dix-neuf sont encore accessibles en voiture. Les autres ont été fermés aux véhicules à moteur au détriment des familles et des aînés qui avaient l’habitude de s’y retrouver. «Les personnes à mobilité réduite sont très prétéritées par ces innombrables interdictions. Cette horrible plantation d’écriteaux est une atteinte aux libertés ancestrales des indigènes à se rendre librement sur un site, à un chalet, à une cabane, ou pour cueillir des champignons, des myrtilles ou ramasser du bois avec ses petits-enfants», s’insurge Roger Ballif.

«Je connais quelqu’un qui ne peut même plus inviter des amis dans son chalet privé car il n’est plus accessible en voiture», ajoute Gilbert Goy, 75 ans. Il raconte aussi comment une amie à lui, tenancière d’un chalet d’alpage, vient de perdre dix clients, découragés quand ils ont pris connaissance du trajet qui les attendait à pied pour atteindre leur but.

Si la loi fédérale de 1991 stipule que les véhicules à moteur ne sont autorisés à circuler sur des routes forestières que pour accomplir les activités de gestion forestière (avec des exceptions possibles pour l’armée ou pour d’autres tâches d’intérêt public), les communes ont le droit d’adresser des demandes de dérogation depuis l’entrée en vigueur du Plan sectoriel forestier – circulation motorisée sur les routes forestières de la vallée de Joux – du 7 mars 2012. Cela concerne les chemins menant à des chalets d’alpage avec production et commercialisation, à des buvettes, aux points de vue et d’accueil importants ou aux refuges fortement fréquentés.

De plus, le nouvel alinéa ajouté le 8 mai 2012 à la loi forestière vaudoise rend la marge de manœuvre encore plus grande: «Lorsque la fonction d'accueil de la forêt l’exige, les communes peuvent soustraire des routes forestières à l’interdiction de circuler», est-il stipulé. Mais aucune des trois communes de la Vallée n’a pris d’initiative en ce sens. «C’est encore trop tôt. Les panneaux ont été posés récemment. Nous attendons quelque temps de manière à avoir du recul sur l’état de la situation avant de faire le point et de prendre les mesures», relève Christophe Bifrare, syndic de L’Abbaye.

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