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TravailLes congés à volonté, ça sent le piège!

Importé des Etats-Unis, le concept de vacances à volonté arrive en Europe. Un Romand l’a testé et reste sceptique.

par
Cléa Favre
Jonathan, Fribourgeois qui travaille dans une start-up de San Francisco, a constaté que les employés ne prenaient pas plus de vacances à cause de la pression sociale exercée par les collègues.

Jonathan, Fribourgeois qui travaille dans une start-up de San Francisco, a constaté que les employés ne prenaient pas plus de vacances à cause de la pression sociale exercée par les collègues.

Laurent Crottet

C’est encore un truc inventé par les start-up branchées de Californie pour vendre du rêve à leurs collaborateurs et dégoûter les autres: les vacances à volonté. Une plaisanterie? Non. Twitter, Netflix, FullContact ou encore Evernote ont été les premiers à arrêter de comptabiliser les jours de congé que s’octroient leurs employés. Passer 8 semaines par année loin du bureau, tout en étant payé à plein-temps, est-ce vraiment possible? Existe-t-il un piège dans les petites lignes du contrat? Non, en tout cas sur le papier.

Philippe Laval, à la tête d’une start-up française, s’est inspiré de cette philosophie américaine. «Etre responsable et autonome, c’est aussi prendre des vacances quand on veut», explique-t-il. «Concrètement, un employé qui souhaite partir en vacances s’arrange avec ses collègues pour répartir le travail qui ne peut pas attendre. Il précise aussi s’il est joignable ou non.» Est-il fortement recommandé de rester atteignable? «Chacun fait comme il veut», répond Philippe Laval précisant que, «étrangement», ses salariés ne prennent pas plus de vacances que les autres en moyenne. Pourquoi, s’ils en ont le droit, ne s’accordent-ils pas 10 semaines de congés? «Bien sûr, en théorie, ils le pourraient. Légalement, on ne pourrait rien faire contre, puisque les vacances illimitées sont clairement annoncées comme un droit dans notre entreprise. Mais si on croit à son entreprise, on ne fait pas ce genre de choses», dit-il.

Développer l’autonomie

Quel intérêt alors? «Les collaborateurs sont libres d’organiser leur temps à partir du moment où ils remplissent les objectifs. Au niveau des avantages pour l’entreprise, cela développe l’autonomie. Les salariés prennent davantage d’initiatives et sont plus disponibles les week-ends, sans que ce soit exprimé sous la forme d’un contrat.»

Côté employés, même discours. Jonathan, 28 ans, originaire de Châtel-Saint-Denis (FR), expérimente ce fonctionnement depuis janvier 2013 dans une start-up de San Francisco. Au départ, il était très enthousiaste. «Surtout qu’aux Etats-Unis les gens ont en moyenne deux semaines de vacances par an.» Cependant, il s’est vite rendu compte que «ça ne change pas beaucoup la donne, puisque les employés prennent malgré tout deux semaines en moyenne».

«Tu passes pour un profiteur»

Explications: «Si tu prends quatre semaines de plus par rapport à tes collègues, tu passes d’une certaine manière pour la personne qui profite. Tu donnes l’impression d’être moins motivé et investi dans la réussite de l’entreprise. Je pense que c’est à cause de cette pression sociale que les gens se limitent autant.» Selon lui, c’est en revanche «tout bénef» pour l’employeur: «Tu te sens redevable. Du coup, tu travailles plus pour justifier cet avantage.» Jonathan préfère personnellement le système suisse qui stipule noir sur blanc le nombre de jours de congés. «Donc tu ne culpabilises pas.»

Il n’empêche, l’idée séduit. En Suisse, l’entreprise d’achats groupés Qoqa dit y réfléchir. «Je suis partant! Cela donnerait lieu à une vraie flexibilité pour les collaborateurs qui auraient à remplir un cahier des charges très clair. Ils seraient 10 fois plus motivés et cravacheraient deux fois plus le reste de l’année!» s’enthousiasme son directeur, Pascal Meyer. Une entrave le freine encore: certains postes comme la logistique ou l’expédition sont indispensables au quotidien. Cela créerait donc une inégalité de traitement entre employés qui peuvent s’organiser pour partir et les autres.

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