Controverse: Les dalles de la discorde
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ControverseLes dalles de la discorde

Le «bétonnage» du cloître de la collégiale est adouci par la végétation naissante. Pas sûr, toutefois, que la verdure parvienne à étouffer la polémique à Neuchâtel.

par
Vincent Donzé
De g. à dr.: Jacques Bujard, Olivier Arni (conseiller communal), Danilo Mondada et Pascal Solioz.

De g. à dr.: Jacques Bujard, Olivier Arni (conseiller communal), Danilo Mondada et Pascal Solioz.

Laurent Crottet

En remplaçant un jardin par un dallage, le conseiller communal neuchâtelois Olivier Arni a provoqué une levée de boucliers, à la collégiale de Neuchâtel. L'aménagement du cloître doit-il être repensé? Deux visites publiques, organisées l'une hier soir et l'autre lundi prochain de 18 h 30 à 20 heures, le diront. Mais le patron de l'urbanisme défend son projet: «Ce dallage est une réussite», affirme-t-il.

C'est une photo publiée dans L'Express qui a suscité une déferlante sur les réseaux sociaux, entre étonnement et indignation. Le cloître est comparé à une «salle de bains» et certains y ont vu un «crime contre le patrimoine».

«Ce n'est pas terrible»

Hier, le conseiller général Jules Aubert a tempéré sa première réaction négative, à la base d'une intervention au législatif: «C'est mieux maintenant, avec quelques brins d'herbe, mais c'est insuffisant: sur le plan de l'esthétisme, ce n'est pas terrible», commente ce président des Jeunes libéraux-radicaux, moniteur de catéchisme protestant. Avant même l'ouverture du cloître, un voisin venu en curieux s'est exclamé: «Ah! C'est plus joli avec des fleurs.» Les plates-bandes qui changeront leurs couleurs au fil des saisons, et le gazon et la mousse qui poussent dans les jointures, c'est ce qui manquait quand la polémique a éclaté.

Pour Pascal Solioz, chef des bâtiments communaux, «une photo du chantier très éloignée du résultat final» a faussé le débat. Conseiller communal chargé de l'Urbanisme, Olivier Arni invite la population à se faire une opinion de ses propres yeux, pour, dit-il, «croire ce que l'on voit comme saint Thomas».

Des concerts et des mariages

Pourquoi des dalles en béton où il y avait un square et jardinet? «Pour permettre des activités culturelles: concerts, spectacles, expositions, mais aussi des mariages», insiste Olivier Arni, responsable ainsi d'un chantier global à 23 millions de francs dont le cloître n'est qu'une annexe. Une vision qui résulte d'une réflexion entamée en 2014 et que Jules Aubert juge trop «utilitariste».

Olivier Arni assure qu'avec la suppression d'une route aménagée entre la collégiale et le cloître à l'époque où les députés allaient au château en calèche, la surface fleurie du préau a doublé, en dépit du dallage posé sur les installations de chauffage et de climatisation.

«La couleur paraît claire, mais elle se patine», précise l'architecte Danilo Mondada, de l'association AMStN. Ce qui compte pour le chef du patrimoine du canton, c'est que l'intervention épargne le patrimoine: «Les dalles n'ont pas été scellées: tout est réversible», indique Jacques Bujard.

Les dalles seront-elles enlevées si la population l'exige? La consultation populaire n'est-elle qu'un leurre? «Pas du tout. Nous sommes prêts à enlever les dalles posées sur la terre», assure Olivier Arni. «Cette décision appartiendra au Conseil général. Mais prenons douze mois pour nous faire une idée», propose Olivier Arni. «On endort le loup, sachant que la mémoire politique est courte: si on garde ce dallage un an, on l'aura pour 50 ans», riposte Jules Aubert. Les auteurs du projet estiment avoir fait évoluer le cloître vers des besoins nouveaux, spiritualité et culture.

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