Actualisé 11.05.2016 à 22:58

HomosexualitéLes députés italiens disent «oui» à l'union gay

Malgré l'opposition de l'Eglise catholique, les députés italiens ont adopté mercredi à une écrasante majorité un texte créant une union civile homosexuelle.

Manifestation en faveur de l'union gay en janvier dernier à Rome.

Manifestation en faveur de l'union gay en janvier dernier à Rome.

AFP

L'Italie était le dernier grand pays d'Europe occidentale à ne reconnaître aucun statut aux couples de même sexe.

Les députés ont adopté le projet de loi en soirée par 372 voix pour et 51 contre, avec 99 abstentions. Dans l'après-midi, ils avaient voté par 369 voix contre 193 la confiance au gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi, qui avait engagé sa responsabilité sur ce texte controversé afin qu'il n'ait pas à retourner devant le Sénat.

«Aujourd'hui est un jour de fête pour tant de gens. Pour ceux qui se sentent enfin reconnus. Pour ceux qui, après des années, retrouvent des droits tellement civils qu'il n'y a pas besoin d'autres adjectifs», a écrit M. Renzi en fin de matinée sur Facebook.

«Nous écrivons une autre page importante (de l'histoire) de l'Italie que nous voulons. Nous le faisons en posant la question de confiance parce que de nouveaux retards n'étaient pas possibles après des années de tentatives avortées», a-t-il ajouté.

Au plus tard en septembre

La date de célébration des premières unions reste cependant encore incertaine: une fois la loi promulguée par le président Sergio Mattarella, puis publiée au Journal officiel, il faudra en effet attendre les décrets d'application.

Pour Monica Cirinna, la sénatrice démocrate qui a porté le texte pendant des années, ce sera «au plus tard en septembre». Un éventuel recours devant la Cour constitutionnelle et la procédure de référendum abrogatif promis par les opposants au texte n'auront pas d'effet suspensif.

Après des mois de négociations l'année dernière, puis des semaines de débats houleux au Sénat en janvier et février, le gouvernement avait déjà dû engager sa responsabilité devant la chambre haute du Parlement. Alors que sa majorité est plus large à l'Assemblée, M. Renzi s'était résolu à faire de même devant les députés pour éviter toute modification, synonyme de renvoi vers le Sénat.

Pas d'adoption

Dans le dernier grand pays d'Europe occidentale à ne reconnaître aucun statut aux couples de même sexe, la nouvelle loi établit un statut pour les concubins - hétérosexuels ou non. Il crée en plus pour les seuls couples homosexuels une union civile qualifiée de «formation sociale spécifique».

Celle-ci, conclue devant un officier d'état civil, prévoit l'obligation d'assistance morale et matérielle réciproque, le bénéfice de la pension de réversion, le titre de séjour pour le conjoint étranger, le droit de visite à l'hôpital, la possibilité de prendre le nom de son conjoint...

Au grand dam des associations de défense des droits des homosexuels, M. Renzi a cependant dû céder devant ses alliés du centre droit: il a retiré la possibilité d'adopter les enfants naturels du conjoint, ainsi que la très symbolique obligation de fidélité au sein du couple.

«Verre à moitié vide»

Cependant, le texte ne ferme pas la porte aux demandes d'adoption déposées au cas par cas. Une poignée d'entre elles ont déjà été validées depuis l'été 2014 par certains tribunaux, au nom de l'intérêt de l'enfant à une «continuité affective».

La jurisprudence en la matière est encore balbutiante. Mais depuis le vote du Sénat, deux décisions en ce sens du tribunal des mineurs de Rome sont devenues définitives faute d'appel du parquet.

«Le verre est encore à moitié vide», a commenté Gabriele Piazzoni, secrétaire national d'Arcigay, la principale association de défense des homosexuels. Il a promis de continuer à se battre pour la reconnaissance des familles homoparentales. «Mais ce texte contient la reconnaissance et les protections que tant de personnes gays et lesbiennes attendent depuis toute une vie», a-t-il ajouté.

Antidémocratique

Farouchement opposé à la loi, le comité «Défendons nos enfants» a réagi sur Twitter: «Bon sens humilié, peuple humilié, Constitution humiliée, Parlement humilié». Par la voix de son porte-parole Massimo Gandolfini, il a dénoncé dans le choix du vote de confiance «l'action du gouvernement la plus antidémocratique de l'histoire de la République».

Le comité avait rassemblé des dizaines de milliers d'opposants au texte fin janvier à Rome. Il a promis d'aller jusqu'à obtenir un référendum en vue de l'abroger.

(AFP)

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