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Marches pour la paixLes deux camps mobilisent en masse au Venezuela

La capitale Caracas était le lieu de tous les dangers samedi puisque des milliers d'opposants et de partisans du pouvoir se sont réunis pour des marches de la paix dans un pays en pleine tension.

Les rues de Caracas, samedi 22 février 2014.

Les rues de Caracas, samedi 22 février 2014.

Keystone

Des centaines de milliers d'opposants et de partisans du pouvoir mesuraient leurs forces samedi à Caracas et en province lors de marches pour la paix dans un Venezuela secoué depuis plus de deux semaines de manifestations ayant fait une dizaine de morts.

Dans l'est huppé de Caracas, au moins 50'000 personnes ont répondu à l'appel du gouverneur et ancien candidat à la présidentielle Henrique Capriles, principale figure de l'opposition, pour exiger le désarmement de groupes armés non identifiés mais accusés d'être proches du pouvoir, agissant en marge des manifestations, et contre la mauvaise situation économique.

«Je ne supporte plus la situation du pays. Ça n'est pas juste qu'en étant dans un des pays les plus riches du monde, nous ne puissions pas trouver de nourriture, qu'ils nous tuent, nous et nos amis, et que lorsque nous protestons, ils nous répriment», a expliqué Joel Moreno, un étudiant de 24 ans manifestant à Caracas.

Dans le centre de la capitale, bastion «chaviste» (du nom de l'ancien président Hugo Chavez), des dizaines de milliers de personnes vêtues de rouge et de blanc, tenant des fleurs à la main, participaient elles à une marche «des femmes pour la paix et pour la vie», dénonçant la violence et les dommages causés en marge de manifestations étudiantes et opposantes qui se déroulent depuis début févier dans tout le pays, qualifiées par le président socialiste Nicolas Maduro de «coup d'État en cours».

Entamé le 4 février dans la ville de San Cristobal (ouest) à la suite de la tentative de viol d'une étudiante sur le campus, le mouvement étudiant s'est étendu à tout le pays et aux premières revendications sur l'insécurité se sont ajoutées celles contre la vie chère et la mauvaise santé de l'économie, dans le pays disposant des plus importantes réserves de pétrole du monde, mais où l'inflation dépasse les 56%.

San Cristobal abritait samedi l'une des plus importantes mobilisations de l'opposition en province, avec des milliers de personnes défilant vêtues de blanc.Les revendications étudiantes bénéficient également du soutien de l'opposition au président Maduro, réunie au sein de la coalition de la Table de l'unité démocratique (MUD).

Avec son appel à manifester largement suivi, le gouverneur de l'État de Miranda (le plus peuplé du pays), Henrique Capriles, reprend la main sur une opposition qui avait ces dernières semaines laissé le champ libre à ses composantes les plus radicales.

Celles-ci, représentées notamment par Leopoldo Lopez, placé en détention provisoire cette semaine pour dégradations et association de malfaiteurs, prônent l'occupation des rues pour obtenir la chute du gouvernement derrière le mot d'ordre «La Salida» (La Sortie).

Sur le plan international, Nicolas Maduro a tendu vendredi soir la main aux États-Unis, premier partenaire commercial du Venezuela mais régulièrement accusés d'alimenter en sous-main les troubles, invitant le président Barack Obama à dialoguer et proposant de nommer à nouveau des ambassadeurs entre les deux pays, qui en sont dépourvus depuis 2010.

En réponse, le secrétaire d'État américain John Kerry a critiqué l'usage »inacceptable« de la violence contre les manifestants, ce que Caracas a qualifié »d'appel à attaquer le peuple« vénézuélien.

Selon des chiffres officiels, le bilan de ces manifestations qui ont parfois dégénéré en affrontements entre groupes radicaux et forces de l'ordre, s'établit à 10 morts, presque 140 blessés (civils et forces de l'ordre) et une centaine d'arrestations.

(AFP)

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