Actualisé 07.06.2015 à 18:33

FinanceLes deux patrons de la Deutsche Bank démissionnent

Les deux patrons de la banque allemande Deutsche Bank Anshu Jain et Jürgen Fitschen, jettent l'éponge. C'est le Britannique John Cryan qui dirigera le groupe à partir de mai 2016.

ARCHIVES, Keystone

Les deux co-patrons faisaient l'objet de critiques de plus en plus vives de certains actionnaires.

Cette décision intervient alors que Deutsche Bank est aux prises avec quelque 6000 litiges. Le groupe vient d'écoper d'une nouvelle amende de 2,5 milliards de dollars dans une affaire de manipulation de taux (Libor).

Un ancien d'UBS

John Cryan, un Britannique de 54 ans, siégeait depuis 2013 au conseil de surveillance de la première banque allemande et avait été dans le passé directeur financier de l'UBS (2008-2011). Il remplacera Anshu Jain dès le 1er juillet puis occupera seul la présidence du directoire après le départ de Jürgen Fitschen programmé pour mai 2016.

Deutsche Bank peine à redresser son image ternie par toute sa série d'affaires. Sa stratégie de banque universelle a été en outre vivement critiquée lors de son assemblée générale le mois dernier.

Pour apaiser la colère des actionnaires et améliorer ses performances, la banque basée à Francfort a annoncé le 21 mai une refonte totale de sa direction. Mais certains actionnaires réclamaient davantage pour restaurer la confiance.

Anshu Jain s'était vu confier la responsabilité de la réorganisation en cours du groupe et d'un plan d'économies de 4,7 milliards d'euros. Mais sa promotion a été accueillie par des protestations des salariés du siège qui, inquiets pour leurs emplois, ont appelé à sa démission.

Du pain sur la planche

John Cryan a admis qu'il y avait beaucoup à faire. «Notre avenir dépendra de notre capacité à mettre en oeuvre notre stratégie, à convaincre nos clients et à réduire la complexité. J'ai hâte d'entamer ce travail le 1er juillet», affirme-t-il dans le communiqué de Deutsche Bank annonçant sa nomination.

Paul Achleitner, le président du conseil de surveillance, a assuré que John Cryan était le bon choix au bon moment. «John est non seulement un banquier aguerri avec une vaste expérience des affaires financières mais il a fait siennes les valeurs professionnelles et personnelles requises pour faire avancer Deutsche Bank et (le plan) Strategy 2020», écrit-il.

La décision d'Anshu Jain et de Jürgen Fitschen de se retirer montre leur souci de placer les intérêts de la banque avant les leurs, ajoute-t-il en les remerciant pour leur contribution. John Cryan hérite, lui, du nouveau plan stratégique qui a été critiqué par certains actionnaires, jugé insuffisant et arrivant trop tard. Leur contrat courait jusqu'à fin mars 2017.

Il lui faudra dans un premier temps décider des modalités d'application du plan ou décider d'en proposer un autre, commente Chris Wheeler, analyste chez Atlantic Equities à Londres, parlant de John Cryan . «Il reste beaucoup à faire. C'est l'une des banques d'investissement les plus importantes du monde et le champion national allemand», ajoute-t-il.

Enorme pression

Anshu Jain, d'origine indienne, avait été promu en 2012 à la direction du groupe après avoir fait de la division de banque d'investissement, dont il était le responsable, le principal moteur des bénéfices de Deutsche Bank.

Mais le durcissement de la réglementation après la crise financière et une succession de litiges, dont une amende de 2,5 milliards de dollars pour éviter un embarrassant procès dans l'affaire de manipulation des taux d'intérêt Libor, ont fait perdre son lustre à la division de banque d'investissement. Certains en interne l'appelaient «l'armée d'Anshu».

Le choix du groupe de le laisser gérer seul la restructuration, avec ses suppressions d'emplois, la scission de la filiale Postbank et la réduction de la voilure de la banque d'investissement, a placé l'ex-trader dans une situation difficile avec une énorme pression.

Interminable feuilleton judiciaire

Jürgen Fitschen de son côté avait été nommé co-président du directoire pour maintenir l'identité allemande du groupe. Mais il doit comparaître actuellement une fois par semaine à un tribunal de Munich où il est jugé pour faux témoignage dans l'affaire de la faillite du groupe de médias Kirch en 2002.

Dans cet interminable feuilleton judiciaire, les héritiers de Leo Kirch, mort en 2011, accusent Deutsche Bank d'avoir provoqué la faillite de l'empire et lui réclament des dommages et intérêts.

(ats)

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