Publié

Meurtre de Cointrin«Les diaboliques m'ont manipulé»

Coaccusé, J. a raconté comment il avait présenté l'ex-femme de la victime et sa mère au tueur présumé.

Valérie Duby
par
Valérie Duby
J., qui a joué l'intermédiaire (ici suivi de Me Delaloye, avocat du tueur présumé), demande l'acquittement.

J., qui a joué l'intermédiaire (ici suivi de Me Delaloye, avocat du tueur présumé), demande l'acquittement.

Christian Bonzon

Il a largement perdu la mémoire, J., depuis ce jour de novembre 2008 où il a présenté Carole (prénom d'emprunt) et sa mère à P., ce Fribourgeois soupçonné d'avoir froidement abattu Pierre S., 41?ans, l'ex-mari de Carole, contre 50?000?francs. J., 65?ans, qui a passé son enfance dans le canton de Neuchâtel, reconnaît s'être entretenu plusieurs fois dans des concours hippiques avec les deux femmes: «Elles disaient être harcelées par un homme violent et dangereux. Un mafieux. Je leur ai présenté P. parce que je croyais qu'il faisait du karaté. C'était un peu un Rambo. Il pouvait lui mettre une «dégelée», une «stanzée.» Le sexagénaire a le langage fleuri. Ancien soldat dans la cavalerie, J. s'est reconverti en professeur d'équitation, maquignon à ses heures. Savait-il que P. allait mettre deux balles dans la tête de Pierre? Réponse: «Nous ne sommes pas entrés dans les détails, les dames ne m'ont pas dit s'il préférait la tarte aux pruneaux au ragoût de porc.» Après plus de trois heures d'interrogatoire et une nouvelle question de la procureure Anne-Laure Huber, J. explose: «Je suis victime d'une erreur judiciaire qui m'a coûté 8?mois de prison, ma santé et ma réputation. Depuis le début, elles se sont foutues de moi. J'ai été manipulé par ces femmes diaboliques.» J. plaidera l'acquittement.

Lectures divergentes

Dans la salle d'audience du Tribunal criminel de Genève, les parents de Pierre?S. ferment parfois les yeux. La maman a devant elle la photo de son fils adoré, dont elle a retrouvé le corps sans vie au matin du 26 novembre 2008. Carole, 41?ans, leur ancienne bru, grande fille de plus de 1?m?70 aux cheveux miel, soupçonnée d'avoir commandité l'assassinat de leur fils, se trouve devant eux. Juste à quelques mètres, assise sur le banc des accusés. Elle sourit de temps à autre. Son avocat, Me Vincent Spira, veut la montrer comme une femme qui craignait pour sa vie, harcelée par un mari ultrapossessif: «Depuis que ma cliente était retournée chez sa mère en août 2008, la sécurité du portail de la maison avait été renforcée.» Me Lorella Bertani, avocate de la famille de la victime, fait, elle, une autre lecture: «Personnellement, si j'ai peur d'un homme, je ne couche pas avec lui!» Allusion au fait qu'après leur rupture, durant l'été 2008, Carole a continué à entretenir des relations sexuelles avec son ex et à lui envoyer des SMS enflammés.

«Une vie de princesse»

Entendus pendant l'instruction, des témoins ont affirmé qu'après la mort de Pierre, la mère et la fille ont «sauté de joie». Carole, «qui menait une vie de princesse», s'est ainsi rendue dans une enseigne de luxe, juste après le drame, pour voir si la victime ne lui avait pas réservé un sac. «Il n'était même pas enterré», constate Me Bertani.

Le procès se poursuit ce mardi avec les interrogatoires des deux femmes et de P., le tueur à gages présumé.

Ton opinion