Royaume-Uni: Les droits des chauffeurs Uber jugés encourageants
Publié

Royaume-UniLes droits des chauffeurs Uber jugés encourageants

Uber a accordé à ses plus de 70’000 chauffeurs un statut hybride de «travailleurs salariés», qui leur permet de bénéficier du salaire minimum, en Grande-Bretagne. Une première.

Reuters

La décision d’Uber d’accorder davantage de droits à ses chauffeurs, saluée de toutes parts au Royaume-Uni, pourrait mettre la pression sur les autres plateformes numériques qui prospèrent grâce à la «gig economy», l’économie des «petits boulots».

Syndicats et gouvernement évoquaient un pas dans la bonne direction mercredi au lendemain de l’annonce de ces mesures, une première mondiale pour le géant américain de réservation de voitures qui a été contraint toutefois d’agir après un revers en justice.

Un statut hybride

Uber a accordé à ses plus de 70’000 chauffeurs britanniques un statut hybride de «travailleurs salariés», qui leur permet de bénéficier du salaire minimum, de congés payés et de l’accès à un fonds de retraite. Jusqu’à présent, ils étaient des travailleurs indépendants, bien moins protégés.

«Notre économie doit protéger les droits des travailleurs, avoir des normes élevées et encourager les nouvelles technologies», a déclaré sur Sky News le ministre auprès des Entreprises, Kwasi Kwarteng.

La plateforme a dû agir rapidement un mois tout juste après une retentissante défaite devant la Cour suprême qui a estimé le 19 février que les chauffeurs pouvaient être considérés comme des «travailleurs» et donc bénéficier de droits sociaux.

Un «pas dans la bonne direction»

La loi britannique distingue le statut de travailleurs indépendants (self employed or independant worker) de celui de travailleurs salariés (worker), qui peuvent recevoir le salaire minimum et d’autres avantages, et de celui d’employés (employee), qui bénéficient d’un contrat de travail en bonne et due forme.

L’ancien chauffeur James Farrar, qui avait été à l’origine de la bataille judiciaire contre Uber, a estimé que les mesures étaient un «pas dans la bonne direction». Mais il s’inquiète du fait que ces avantages seront attribués à partir du moment où une course est acceptée par le chauffeur, et pas dès qu’il se connecte à l’application.

«Cela signifie qu’environ 40 à 50% de notre temps de travail n’est toujours pas payé ou protégé», dit-il à l’agence britannique PA. Pour le syndicat GMB, il a fallu «forcer Uber à prendre la bonne décision mais ils ont finalement accepté le jugement des tribunaux».

Répercussions

«Les autres entreprises de la «gig economy» devraient en prendre note. C’est la fin du chemin pour le désastreux travail indépendant», selon Mick Rix, son secrétaire général. La secrétaire générale de la confédération des syndicats britanniques TUC estime qu’il faudra «vérifier les détails de cette offre» et que les travailleurs de la gig economy méritent d’être traités avec «dignité».

Pour l’avocate Rebecca Thornley-Gibson, du cabinet DMH Stallard et spécialisée en droit du travail, «Uber n’avait pas d’autres choix que de respecter ses obligations légales». Elle s’attend à ce que d’autres travailleurs indépendants exigent les mêmes droits. «Il est encore difficile pour la gig economy de savoir comment traiter les individus qui vivent grâce elle», selon elle.

Pour Susannah Streeter, analyste chez Hargreaves Lansdown, la décision d’Uber «va avoir des répercussions sur l’ensemble de la «gig economy»». «Il est probable que d’autres opérateurs vont être désormais contraints de revoir le statut de leurs chauffeurs sur lequel ils ont misé pour développer leur lucrative activité», selon elle.

Mesures coûteuses

Il est difficile d’avoir une estimation précise du nombre de personnes travaillant dans la gig economy, mais la presse britannique évoque parfois le chiffre de 5,5 millions. Il reste à avoir si les concurrents d’Uber au Royaume-Uni vont lui emboîter le pas, sachant que ces mesures sont coûteuses.

Uber n’a pas donné d’indication sur l’impact financier, qui pourrait fragiliser un peu plus ses comptes, puisqu’il peut difficilement se permettre d’augmenter trop fortement ses tarifs, notamment à Londres où la concurrence est vive, sans perdre des parts de marché.

Plateformes de livraisons alimentaires

Les regards pourraient se tourner par ailleurs vers les plateformes de livraisons alimentaires, comme Uber Eats, filiale d’Uber, ou Deliveroo, cette dernière étant en pleins préparatifs de son introduction en Bourse à Londres.

Les livreurs de Deliveroo attendent d’ailleurs la décision de la Cour d’appel de Londres pour savoir s’ils peuvent bénéficier d’une convention collective afin d’avoir de meilleures conditions de travail.

Réaction d’Uber en Suisse

Après la décision de la justice britannique, la filiale helvétique d’Uber a réagi mercredi dans un communiqué: «En Suisse, les chauffeurs sont des indépendants. Le 15 janvier 2021, le Tribunal fédéral a accédé à la demande d'effet suspensif de Uber, et ce, jusqu’à ce qu’il rende une décision finale dans le cadre du litige PCTN de Genève.»

«Au cours des derniers mois, nous avons lancé de nombreuses nouvelles fonctionnalités dans l'application pour une plus grande liberté de choix, de flexibilité et d'autonomie pour les chauffeurs en Suisse.»

«Nous pensons que flexibilité et protection sociale peuvent être compatibles. De nombreux acteurs politiques et sociaux en Suisse mènent déjà des discussions afin de trouver un cadre approprié pour les nouvelles formes de travail d'aujourd'hui.»

(AFP)

Votre opinion