Suisse: Les écarts salariaux se creusent toujours plus

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SuisseLes écarts salariaux se creusent toujours plus

L'écart salarial moyen dans les entreprises est passé de 1:45 en 2011 à 1: 51 en 2016. Et pas forcément dans les multinationales.

Richard Ridinger, le directeur général de Lonza, est épinglé par la 13e enquête de Travail.Suisse sur les salaires.

Richard Ridinger, le directeur général de Lonza, est épinglé par la 13e enquête de Travail.Suisse sur les salaires.

Keystone

Les écarts de revenus ne cessent d'augmenter en Suisse, malgré l'adoption de la loi sur les rémunérations abusives. Entre 2011 et 2016, les rémunérations des patrons ont augmenté en moyenne de 17%, contre 3,4% pour les salariés, selon la 13e enquête de Travail.Suisse sur les salaires des dirigeants.

«Pendant qu'en haut, on arrose à la louche, en bas, on rationne», a déclaré jeudi Adrian Wüthrich, président de l'organisation faîtière, à l'occasion de la présentation des résultats de l'étude à Berne. Pour la seule année 2016, les indemnités des directeurs généraux (CEO) ont affiché une hausse moyenne de 5%.

Mais le patron de Valora a connu une progression de sa rémunération de 52% et celui de Zurich Insurance de 68%, calcule Travail.Suisse. Et les inégalités se creusent. En 2011, l'écart salarial moyen dans les entreprises était de 1:45, contre 1:51, l'année passée. Cette tendance n'est pas seulement marquée par les grandes entreprises actives dans la finance et la pharma, elle se retrouve dans toutes les branches, selon l'organisation.

UBS en tête

A titre d'exemple, l'organisme de défense des salariés cite le patron du groupe chimique bâlois Lonza, Richard Ridinger, qui a gagné 76 fois plus que le plus bas salaire de sa firme. Idem pour le CEO de Valora, Michael Müller, qui a perçu une rémunération 59 fois supérieure à celle du plus bas salaire.

Parmi les patrons empochant au moins 100 fois plus que leurs employés aux plus bas revenus figurent notamment Sergio Ermotti d'UBS, Tidjane Thiam de Credit Suisse et l'ancien chef de Nestlé Paul Bulcke. La palme revient au CEO d'UBS qui a reçu 264 fois plus d'argent que les plus bas salaires de son entreprise.

Loi à revoir

Selon Travail.Suisse, l'adoption de la loi sur les rémunérations abusives, l'initiative Minder, en 2013 n'a pas permis de contenir les écarts salariaux. Pour y parvenir, l'organisation exige une révision efficace du droit de la société anonyme. Elle demande aussi plus de transparence fiscale pour les hauts revenus et une contribution de solidarité appliquée aux salaires élevés. Enfin, elle réclame une compensation des pertes fiscales par la réforme de l'imposition des entreprises.

Lors de la présentation de l'étude, le conseiller national neuchâtelois (PS), Jacques-André Maire, également vice-président de Travail.Suisse, a déploré le manque de volonté politique pour plafonner les hauts salaires. Et au niveau de la révision du droit des actionnaires, il affirme avoir peu d'espoir, même si les chances de mettre en place des instruments plus fermes sont plus grandes au Conseil des Etats, chambre dans laquelle siège Thomas Minder, qu'au Conseil national.

L'organisme de défense des salariés s'en prend également, dans son enquête, aux bonus versés à l'avance avant que les résultats de la société soient connus, c'est-à-dire sans lien avec la performance des managers, et aux indemnités de départ. Il s'attaque aussi aux primes d'entrée, libérant le dirigeant en rachetant les bonus planifiés par l'ancien employeur. Par ce biais, le nouveau chef de Zurich Insurance, Mario Greco, a empoché 4,2 millions de francs supplémentaires.

Trop peu de femmes

Dans le cadre de son étude, l'organisation a aussi examiné la part de femmes dans les directions des groupes et les conseils d'administration. Si le quota de femmes a doublé au cours des dix dernières années au sein des conseils d'administration, elles occupent toujours moins d'un siège sur quatre.

«La situation dans les directions des entreprises est, quant à elle, vraiment dramatique», ajoute l'organisme de défense des salariés. Fin 2016, seuls 13 des 204 postes de direction des sociétés étudiées étaient occupés par des femmes, ce qui fait une représentation féminine de seulement 6%, calcule l'organisation.

Aux yeux de Travail.Suisse, seule l'introduction d'un quota de femmes dans les directions permettra d'obtenir une répartition judicieuse des postes entre hommes et femmes.

Pour parvenir à de telles conclusions, l'organisme qui défend les employés a interrogé 27 entreprises helvétiques. Il mène chaque année son enquête sur les salaires, en prenant en considération des sociétés actives notamment dans la chimie, la pharma, la finance, le commerce de détail et l'industrie.

(ats)

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