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EnvironnementLes éditeurs de livres pas emballés par le papier recyclé

Le papier recyclé, réputé plus écologique car moins gourmand en eau et en énergie, peine toujours à convaincre les éditeurs qui, pour imprimer leurs livres, préfèrent le papier vierge.

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Chez Hachette Livre, premier éditeur français, le papier recyclé ne représente que 5% des près de 70'000 tonnes consommées, assez loin de l'objectif visé de 14%, témoigne le directeur développement durable du groupe, Ronald Blunden, à l'occasion du Salon du livre de Paris qui a débuté vendredi.

Globalement, le taux d'utilisation de papier recyclé en France plafonne à 12% dans le secteur du papier d'impression/écriture, comprenant l'édition, contre 40% dans les papiers d'hygiène ou 68% dans le papier presse, selon l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Une part relativement faible alors que le papier recyclé pourrait permettre d'alléger le poids écologique du livre papier.

Une analyse du cycle de vie d'un livre, réalisée par l'éditeur Terre vivante, estime que la fabrication de papier recyclé nécessite cinq fois moins d'eau que le papier issue de fibres vierges et 2,7 fois moins d'énergie dans sa fabrication. Le sujet fait toutefois encore débat, peu d'études existant et le recyclage du papier ne pouvant se faire qu'un certain nombres de fois.

Une chose est sûre, l'obstacle n'est pas technique. «Il est possible de faire des livres de poche ou des guides de voyage qui soient comparable, en termes de texture, à un papier vierge», souligne-t-on chez Hachette Livre, qui privilégie en revanche (à 80%) le papier certifié, c'est-à-dire issu de forêts bénéficiant d'un label stipulant qu'elles sont gérées «durablement».

Pas de problème

Aux éditions La Plage, membre des éditeurs «écolo-compatibles», 30% de la production est imprimée sur papier recyclé. «Cela fait vingt ans qu'on imprime sur du papier recyclé, on n'a jamais eu de problèmes», assure son directeur Jean-Luc Ferrante, vice-président de la commission environnement du Syndicat national de l'édition (SNE).

Le choix a toutefois une conséquence économique car, contrairement à ce qu'on pourrait croire, le papier recyclé est plus cher: de 3 à 5% de plus, voir parfois jusqu'à 10 à 15%, selon Jean-Luc Ferrante.

Le surcoût de ce type de papier recyclé peut même atteindre «20 à 25%», pour Benoît Moreau, de l'Union nationale de l'imprimerie et de la communication (Unic). Une différence que «rien ne justifie», selon lui, sur le plan technique mais qui est liée à la demande.

Certains éditeurs affirment que les prix sont tirés vers le haut par une forte demande asiatique pour le type de papier usagé concerné, c'est-à-dire les papiers blancs de bureau.

Faux, rétorque Jean-Luc Petithuguenin, président du groupe de recyclage Paprec. «La principale concurrence du papier écriture recyclé, ce ne sont pas les Chinois, mais les fabricants d'essuie-tout ou de papier toilettes...», explique-t-il, indiquant que ce secteur capte 70% des papiers bureau usagés.

«L'explication est à 0% technique, mais 100% politique», ajoute-t-il au sujet du faible taux de papier recyclé dans les livres, plaidant pour une incitation venant des pouvoirs publics.

«Imaginez que l'Education nationale demande que tous les livres scolaires contiennent du papier recyclé, vous obtiendrez un effet d'entraînement et de réindustrialisation papetière», selon le patron de Paprec.

Réutiliser davantage de papiers usagés dans l'édition permettrait aussi de réduire toujours plus nos déchets en leur offrant de nouveaux débouchés: moins d'un papier usagé sur deux (47%) est aujourd'hui recyclé en France, soit «très peu par rapport au potentiel», rappelle l'éco-organisme du secteur Ecofolio.

(AFP)

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