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PolitiqueLes élus laissés à eux-mêmes

Alors que des élus dérapent sur les médias sociaux, les partis ne prévoient guère de les sensibiliser à un meilleur usage.

par
Cléa Favre
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«Nous faisons confiance à nos élus. Ils sont majeurs»

«Nous faisons confiance à nos élus. Ils sont majeurs»

Jean-Christophe Bott, Keystone
Geri Müller, maire de Baden, s'est photographié nu.

Geri Müller, maire de Baden, s'est photographié nu.

Gaetan Bally, Keystone

Ils se lâchent sur les médias sociaux. Pour le meilleur, en débattant par exemple directement avec leurs électeurs. Et pour le pire, quand Geri Müller, conseiller national (Verts/AG) et maire de Baden, envoie des photos de lui dans le plus simple appareil via WhatsApp. Ou encore quand Jean-Luc Addor, vice-président de l'UDC Valais et député au Grand Conseil, «redemande» une fusillade dans une mosquée sur Twitter, plaidant ensuite l'ironie. Les élus n'utilisent pas toujours de manière appropriée les nouvelles technologies. Et pourtant leurs partis ne prévoient souvent rien pour y remédier.

Au Parti socialiste, il n'y a pas de formation spécifique pour les réseaux sociaux à destination des élus. Reçoivent-ils tout de même des consignes particulières, notamment en matière de prudence? Là encore, négatif, répond Gaël Bourgeois, porte-parole adjoint du PS. «Ils décident eux-mêmes d'y être ou non, les réseaux souhaités et l'utilisation qu'ils en font (privée ou politique), de même que le contenu.» Les dérapages récents ne changent rien à la stratégie du parti. Celui-ci «fait confiance» à ses élus, qui «sont majeurs».

Au sein des autres formations, c'est aussi le désert. Le PLR n'a jamais organisé de cours sur le sujet et compte sur la responsabilité de chacun. L'UDC n'a aucune offre au niveau central. Même chose au PDC, même s'«il peut dispenser de manière ponctuelle une formation à un élu lorsque celui-ci en fait la demande».

Petits partis, bons élèves

Etonnamment, ce sont plutôt les plus petits partis qui encadrent et appuient le mieux leurs élus. Les Verts recommandent déjà à leurs représentants d'être présents sur les réseaux sociaux. «Au moins sur Twitter, mais aussi dans la mesure du possible sur Facebook et sur un site Internet personnel.» Miriam Beh­rens, secrétaire générale, met en avant ceux qui postent des films sur YouTube, comme Aline Trede, Bastien Girod ou Balthasar Glättli, qui «se créent une audience publique supplémentaire». L'activité sur les réseaux sociaux est également «bien vue» au PBD (Parti bourgeois-démocratique), qui dispense à tous ses membres une formation médias et met à disposition des sections cantonales des workshops. Tout comme les Vert'libéraux organisent régulièrement des sensibilisations.

Les Verts et le PBD redoublent encore d'efforts en vue des élections fédérales de l'année prochaine, afin de coacher au mieux leurs poulains. Les écologistes, par exemple, élaborent en ce moment «les lignes directrices et un mode d'emploi pour utiliser les réseaux sociaux dans les campagnes politiques» pour que les candidats et les partis cantonaux soient «au fait». Le tout devrait être prêt en octobre. «Nous ferons aussi en cours d'année électorale plusieurs manifestations régionales de lancement qui donneront lieu à un briefing sur les réseaux sociaux. Nous rassemblons actuellement les meilleurs exemples à suivre», annonce Miriam Behrens.

Taille proportionnelle au risque

Pour le politologue Andreas Ladner, rien d'étonnant que ce soient ces partis qui s'intéressent le plus à la sphère numérique. «Il s'agit moins d'éviter les dérapages que de se faire connaître pour les partis récents comme le PBD et les Vert'libéraux. En ce qui concerne les écologistes, leur public est aussi plus présent sur ces nouveaux médias», explique-t-il. Il précise néanmoins que plus un parti est grand, plus il a d'élus et de membres, plus les risques de dérapage sont importants.

Une position tranche dans ce paysage: celle du Parti pirate, qui affirme ne pas avoir peur des dérapages. «Ce n'est pas un problème. Cela permet de voir où il y a adhésion ou non, à l'heure où la politique est toujours plus individualisée», déclare son président, Alexis Roussel. Celui-ci y voit donc un moyen de régler rapidement les éventuels différends qui se font jour. Un non-problème dont on entendra sûrement reparler d'ici peu.

Interview: l'expert

Pascal Sciarini, politologue à l'Université de Genève.

Compter sur le bon sens des élus, est-ce une bonne stratégie pour les partis? C'est risqué, car ils dépendent de la clairvoyance de leurs candidats ou élus. Mais ça ne me surprend pas: cela s'inscrit dans la faiblesse organisationnelle des partis en Suisse, qui ont peu de personnel et peu de ressources. Ce système de milice généralisée oblige à miser sur des initiatives individuelles.

Comment expliquer le fait que ce sont les plus grands partis qui ne font rien? Les Verts et les Vert'libéraux ont un électorat, un appareil et des cadres relativement jeunes par rapport à eux. Ils sont donc plus familiers avec les réseaux sociaux. Ces formations, avec le PBD, sont des partis secondaires, qui ont choisi de s'appuyer sur les réseaux sociaux, car cela ne leur coûte pas grand-chose. Et, au vu de cette stratégie, ils font aussi le choix d'un meilleur encadrement.

Tous les partis sont-ils à égalité face aux risques de dérapage? Clairement pas. Les dérapages sont plus probables dans un parti comme l'UDC, dont la ligne officielle est à la limite du racisme, par exemple. Plus la ligne est extrême, plus le risque est important. Ce serait étonnant de la part du PLR ou du PDC. Mais il y a aussi eu des cas concernant l'extrême gauche, avec des membres de l'Alliance de Gauche qui ont tenu des propos extrêmement durs contre les frontaliers il y a quelques années.

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