Canton de Fribourg: «Les enfants jouaient ensemble, c'était sympa»
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Canton de Fribourg«Les enfants jouaient ensemble, c'était sympa»

Soupçonné d'avoir abusé de plus de 80 enfants en Thaïlande, le procès d'un septuagénaire d'origine lucernoise se poursuit à Bulle.

(Image prétexte) Le prévenu a été décrit par les enquêteurs comme «manipulateur». (Mercredi 7 février 2018)

(Image prétexte) Le prévenu a été décrit par les enquêteurs comme «manipulateur». (Mercredi 7 février 2018)

Keystone

Le procès du pédophile suisse soupçonné d'avoir exploité sexuellement plus de 80 garçons en Thaïlande se poursuit mercredi à Bulle. Le Tribunal pénal de la Gruyère a rejeté l'argument de la défense qui remettait en cause la compétence de la Cour dans ce dossier.

Acquitté en Thaïlande

L'avocat du prévenu, David Aïoutz, avait invoqué mardi le principe «ne bis in idem»: nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement en raison d'une infraction pour laquelle il a déjà été acquitté ou condamné. Or, son client avait été acquitté au bénéfice du doute par un Tribunal en Thaïlande le 7 mai 2014.

Mais les faits jugés à l'époque ne concernaient qu'une victime, durant une période limitée à l'été 2005. Le matériel photographique saisi n'avait pu être utilisé que comme indice pour la cause jugée, et non comme preuve de faits supplémentaires, a expliqué mercredi la présidente de la Cour Frédérique Bütikofer Repond.

Arrivé menotté, le prévenu s'est vu libérer les mains à condition qu'il se tienne tranquille. De fait, le solide septuagénaire d'origine lucernoise aux cheveux en brosse a maintenu son regard devant lui et n'a pas bronché durant les auditions des dénonciateurs.

«On les voyait grandir»

Trois enquêteurs de la police fribourgeoise (un homme et deux femmes) sont venus à la barre pour décrire leurs investigations. Ils ont eu la lourde tâche d'examiner des milliers de photos et vidéos mettant en scène les victimes. Des détails physiques, comme des oreilles spéciales ou une cicatrice, permettaient de les reconnaître.

Certains enfants apparaissaient régulièrement sur les clichés, tous lieux confondus et au fil des années, explique une enquêtrice. «On les voyait grandir au fur et à mesure des fichiers.»

Les agents sont allés en Thaïlande interroger des témoins et victimes. Quand les jeunes découvraient les photos sur lesquelles ils figuraient, ils baissaient les yeux et ressentaient de la gêne. C'était compliqué pour eux d'en parler, raconte un enquêteur.

Manipulateur

Quant aux auditions du prévenu, elles ont été pénibles. «Manipulateur», il esquivait ou déviait continuellement les questions, ou cherchait à mettre la faute sur d'autres (la police suisse, les agents thaïlandais, ou même les enfants).

«Les enfants 'jouaient' ensemble, et alors je prenais mon appareil photo, car c'était »sympa«. Il ajoutait que pour lui c'était un peu comme être dans un supermarché lors d'achats compulsifs, et qu'il aurait dû jeter ces photos, a encore rapporté l'enquêteur.

»Il n'arrêtait pas de dire que nous ne pouvions pas comprendre la mentalité thaïe", poursuit le policier. Il dénigrait les victimes, disant qu'officiellement c'était comme si elles n'existaient pas puisqu'elles n'avaient pas de carte d'identité.

(ats)

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