Parlement - Les États ne veulent pas interdire l’expérimentation animale
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ParlementLes États ne veulent pas interdire l’expérimentation animale

Comme le Conseil national en mars, les sénateurs ont balayé lundi l’initiative populaire «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine».

par
Christine Talos
Le nombre d’expérimentations animales baisse régulièrement en Suisse. Elles s’élevaient encore à 2 millions en 1983, mais plus qu’à 586’000 en 2018, selon le Conseil fédéral.

Le nombre d’expérimentations animales baisse régulièrement en Suisse. Elles s’élevaient encore à 2 millions en 1983, mais plus qu’à 586’000 en 2018, selon le Conseil fédéral.

AFP

Les expérimentations animales ne doivent pas être interdites en Suisse. Comme le National en mars dernier, le Conseil des États a balayé tacitement l’initiative populaire «Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine - Oui aux approches de recherche qui favorisent la sécurité et le progrès». La commission avait recommandé un rejet à l’unanimité. Aucun contre-projet n’était sur la table.

Lancée en 2017 par des citoyens saint-gallois, l’initiative propose de remplacer la pratique actuelle par des méthodes alternatives plus éthiques. Elle prévoit d’interdire le commerce, l’importation et l’exportation de produits faisant directement ou indirectement l’objet d’expérimentations sur des animaux. Elle est soutenue par quelque 80 organisations et entreprises ainsi que par des membres du PS et des Verts. Mais la Protection suisse des Animaux (PSA) n’en fait pas partie.

Conséquences fatales

Les sénateurs ont rappelé qu’ils tenaient au bien-être de l’animal, mais que l’initiative était «un instrument inadapté, beaucoup trop extrême», a expliqué Hannes Germann (UDC/SH) au nom de la commission. Le texte aurait des conséquences fatales pour la médecine et notre système de soins de santé, a-t-il souligné. En effet, les produits développés à l’aide d’expériences sur les animaux et d’essais cliniques ne pourraient être ni fabriqués ni importés et l’approvisionnement de la population en médicaments et autres produits médicaux ne serait plus garanti, a-t-il souligné.

Une interdiction de l’expérimentation animale aurait en outre un effet tout aussi radical sur le lieu de recherche et l’économie. Or, l’attrait et la force de la Suisse en tant que lieu de recherche dans la chimie et la pharma sont l’un des facteurs clés du succès de notre pays, a-t-il rappelé.

Les Verts ont toutefois regretté qu'aucun contre-projet ne soit sur la table et souligné la nécessité de développer la recherche sans animaux. «Chaque année, près de 180’000 animaux sont utilisés dans des expériences de niveau moyen à lourd et extrêmement lourd, ce qui signifie une grande souffrance et une peur terrible pour ces animaux, et ce malgré le fait que la loi sur la protection des animaux stipule depuis plus de 25 ans que nous devons nous efforcer de réduire les expériences sur animaux de ce type», a rappelé Maya Graf (Verts/BL). Pour elle, la Suisse doit innover en trouvant des «méthodes alternatives».

Plus de vaccin contre la grippe

Le ministre de la Santé Alain Berset a lui aussi recommandé le rejet de l’initiative sans contre-projet. «Nous aussi sommes choqués par certaines expérimentations», a-t-il lancé en préambule. «Mais le texte est tellement drastique qu’il n’est pas possible à mettre en oeuvre», a-t-il également souligné. S’il était accepté, on s’exclurait des recherches sur les médicaments et de l’accès à toutes les thérapies les plus récentes,a-t-il fait valoir. «Cela nous paraît un peu difficile. Nous n'en sommes pas encore à un point où les modélisations par ordinateur, les recherches in vitro ou les simulations permettent de suppléer la mobilisation d'animaux, ou d'humains d'ailleurs, pour réaliser des expérimentations».

L’approvisionnement en médicaments ou vaccins serait aussi menacé. «On ne pourrait plus avoir accès au vaccin de la grippe saisonnière, sans parler de celui contre le Covid», a-t-il cité en exemple.

Le ministre a aussi rappelé que la Suisse disposait d’une des législations les plus strictes au monde en matière d’expérimentations animales et que le nombre d’animaux de laboratoire avait été divisé par trois en 30 ans. En outre, 80% sont des petits rongeurs utilisés surtout dans des études comportementales sans gravité. «On ne peut pas encore se passer de tests sur des animaux dans plusieurs domaines, comme le cancer ou la neurologie, a-t-il reconnu. Mais la Suisse a engagé depuis 2018 de gros moyens dans l'expérimentation animale selon les principes 3R (Replace, Reduce, Refine), qui vise à se passer d’animaux partout où c’est possible. «Cela représente une sorte de contre-projet à l’initiative», a-t-il estimé.

En mars, le National avait rejeté le texte. Pour les députés, l’initiative allait également trop loin, pour les mêmes motifs que les sénateurs. Le texte est désormais prêt pour le vote final le 18 juin.

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