14.08.2020 à 23:38

ArmementLes États-Unis désavoués sur l’embargo iranien à l’ONU

Une résolution américaine pour prolonger l’embargo sur la vente d’armes à l’Iran a essuyé un échec retentissant vendredi au Conseil de sécurité de l’ONU.

Mike Pompeo a aussitôt dénoncé un échec «inexcusable».

Mike Pompeo a aussitôt dénoncé un échec «inexcusable».

KEYSTONE

L’Iran crie victoire samedi, après le rejet à une écrasante majorité par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution américaine visant à prolonger l’embargo sur les armes en Iran. Cette décision aura des répercussions sur l’accord nucléaire iranien.

Seuls deux des quinze membres du Conseil ont voté pour la résolution vendredi, mettant en exergue les divisions entre Washington et ses alliés européens depuis que le président Donald Trump s’est retiré unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018.

L’Amérique isolée

Téhéran a raillé Washington pour son incapacité à obtenir plus qu’une seule voix de soutien, celle de la République dominicaine. Les alliés européens de Washington se sont tous abstenus.

Pour le président iranien Hassan Rohani, les Etats-Unis n’ont pas réussi à mettre fin à ce qu’il a appelé l’accord «à moitié vivant» de 2015 avec les grandes puissances qui a permis à l’Iran d’échapper aux sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire.

«Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés», a-t-il lancé lors d’une conférence de presse retransmise à la télévision. «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale.»

«Pendant les 75 ans d’histoire des Nations unies, l’Amérique n’a jamais été aussi isolée», a renchéri le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi.

«Une grave erreur»

Conséquence de ce vote, les Etats-Unis vont probablement essayer d’imposer unilatéralement un retour des sanctions de l’ONU, ce qui risque de plonger le Conseil dans l’une des pires crises diplomatiques de son histoire, avertissent des experts.

Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a dénoncé «une grave erreur»: «Je regrette que le monde entier ne se soit pas associé à la lutte contre le plus grand Etat sponsor du terrorisme pour s’assurer qu’il ne puisse pas avoir de systèmes d’armements présentant un risque, un risque pour le coeur de l’Europe", a-t-il déclaré samedi lors d’une visite en Pologne.

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé «scandaleuse» la décision de ne pas renouveler l’embargo. «Au lieu de s’opposer aux ventes d’armes, le Conseil de sécurité les encourage», a-t-il fustigé.

Son ministre de la Défense Benny Gantz a parlé de «mauvaise décision». «Dans sa tentative incessante de se doter d’armes nucléaires et ses efforts d’alimenter la terreur et la violence, l’Iran nuit à la paix dans la région et dans le monde», a-t-il tweeté.

Longue épreuve de force

Pour l’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, Gilad Erdan, le vote du Conseil de sécurité «déstabilisera encore plus le Moyen-Orient, et augmentera la propagation de la violence dans le monde».

Cette décision devrait poser les jalons d’une longue épreuve de force avec des répercussions sur l’accord international conclu en 2015 pour empêcher Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. L’embargo sur les armes arrive à expiration le 18 octobre, selon les termes de la résolution entérinant cet accord.

Or, bien que Donald Trump ait retiré son pays de l’accord sur le nucléaire iranien, la diplomatie américaine menace désormais d’invoquer son statut de pays «participant» à ce même texte, pour imposer unilatéralement le rétablissement des sanctions de l’ONU qui avaient été levées en échange de l’engagement iranien à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Une telle manœuvre, sur la base d’un argument juridique contesté par de nombreux membres du Conseil, risquerait de pousser l’Iran à claquer définitivement la porte de l’accord nucléaire, dont il a déjà commencé à se désengager.

Les détracteurs de la démarche américaine soupçonnent l’administration Trump de vouloir justement parvenir à cette issue fatale avant la présidentielle de novembre aux Etats-Unis. Plusieurs pays pourtant a priori favorables à une prolongation de l’embargo, à l’instar des européens, ont donc refusé de jouer le jeu américain.

La fin de l’embargo «pourrait avoir de graves conséquences pour la sécurité et la stabilité régionales», a reconnu Anne Gueguen, représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies.

Selon la Maison-Blanche, M. Trump et son homologue français Emmanuel Macron ont évoqué vendredi, lors d’un entretien téléphonique, «le besoin urgent d’une action de l’ONU pour prolonger l’embargo sur les armes en Iran».

(ATS/NXP)

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