Affaire des sous-marins - Les Etats-Unis tentent d’apaiser la colère de la France
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Affaire des sous-marinsLes États-Unis tentent d’apaiser la colère de la France

Paris ne digère pas la perte du «contrat du siècle» de sous-marins français à l’Australie, après la signature du partenariat entre Washington, Londres et Canberra.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, le 3 septembre 2021 à Washington.

Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, le 3 septembre 2021 à Washington.

AFP

Accusés par la France de lui avoir donné un «coup dans le dos» en torpillant le «contrat du siècle» de sous-marins français à l’Australie, les États-Unis de Joe Biden ont tenté jeudi d’éviter une crise ouverte avec Paris, sans réussir à apaiser sa colère.

«La France est un partenaire vital» dans la région indo-pacifique «et dans beaucoup d’autres domaines», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken. «C’était le cas depuis longtemps, et ce sera le cas à l’avenir», a-t-il assuré. À l’origine de l’incendie dans les relations américano-françaises, la nouvelle alliance «indo-pacifique» annoncée mercredi par le président Biden, avec le Royaume-Uni et l’Australie.

Ce partenariat stratégique baptisé «AUKUS», clairement dévolu à contrer les ambitions grandissantes de la Chine dans la région, inclut la fourniture de sous-marins américains à propulsion nucléaire à Canberra -- et sort de fait les Français du jeu.

Ce pacte de sécurité permettra notamment à Washington de renforcer sa présence militaire en Australie, et d’y établir des bases logistiques, a indiqué jeudi le ministre australien de la Défense, Peter Dutton. L’armée américaine a déjà une présence non-permanente à Darwin, au nord de l’Australie, où quelque 2500 soldats du corps des Marines sont chaque année déployés par rotation de quelques centaines pour des exercices.

«Amertume»

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n’a pas eu de mots assez durs pour évoquer sa «colère» et son «amertume» après cette «décision unilatérale, brutale, imprévisible». Dénonçant un «coup dans le dos», il a comparé jeudi la méthode Biden «à ce que faisait» son prédécesseur Donald Trump -- un affront pour le président démocrate soucieux de se démarquer du milliardaire républicain.

«Cela ne se fait pas entre alliés», a martelé le responsable français, qui avait négocié le «contrat du siècle» lorsqu’il était ministre de la Défense en 2016. Ce gigantesque contrat de 90 milliards de dollars australiens (61 milliards de francs suisses) prévoyait la fourniture de 12 sous-marins français à propulsion conventionnelle à l’Australie. Dans le cadre du nouveau partenariat entre Washington, Londres et Canberra, l’Australie a rompu cet accord et bénéficiera, à terme, de sous-marins à propulsion nucléaire proposés par ses alliés anglo-saxons.

«Les Français avaient une version qui n’était pas supérieure à celle qui est utilisée par les États-Unis et le Royaume-Uni, et en fin de compte, notre décision s’est basée sur ce qui est dans l’intérêt de notre sécurité nationale», a justifié jeudi le ministre australien de la Défense, Peter Dutton, lors d’une visite à Washington. À ses côtés, la cheffe de la diplomatie australienne Marise Payne a elle estimé que «le leadership des États-Unis dans l’Indo-Pacifique» demeurait «indispensable».

Au-delà des enjeux commerciaux, Paris dénonce l’absence de concertation, d’autant que cette affaire intervient après le retrait américain d’Afghanistan qui a laissé des traces auprès d’alliés des États-Unis dont les positions n’ont pas vraiment pesé dans la décision de Joe Biden. Les Européens ont désormais une idée «assez claire» de la façon dont Washington considère ses alliés, a résumé une source proche du dossier à Paris.

Gala annulé

Signe d’une crise qui perdure, Français et Américains se sont renvoyés la balle tout au long de la journée. «Nous avons été en contact avec nos homologues français au cours des dernières 24 à 48 heures pour discuter de AUKUS, y compris avant l’annonce», a assuré Antony Blinken.

Mais la France a démenti fermement avoir été avertie en amont, et encore moins consultée. «Nous n’avons pas été informés de ce projet avant la publication des premières informations dans la presse américaine et australienne», mercredi, a répondu auprès de l’AFP le porte-parole de l’ambassade de France à Washington, Pascal Confavreux.

Et malgré les mots apaisants du secrétaire d’État américain, les autorités françaises ont annulé une soirée de gala prévue vendredi à la résidence de l’ambassadeur de France dans la capitale américaine. Cette réception devait célébrer l’anniversaire d’une bataille navale décisive de la guerre d’indépendance des États-Unis, conclue par une victoire de la flotte française sur la flotte britannique, le 5 septembre 1781.

Cette rupture spectaculaire jette un froid entre Paris et Washington, alors que Joe Biden était censé incarner une embellie dans la relation transatlantique après quatre années de brutalité trumpiste. «Il est certain que nous avons une petite crise diplomatique sur la table», résume Anne Cizel, spécialiste de politique étrangère américaine à l’université parisienne de la Sorbonne.

«Les États-Unis envoient un signal un peu curieux en ce sens qu’ils réclament une présence (militaire) de leurs alliés européens dans l’Indo-pacifique et dans le même temps se positionnent en premiers concurrents des ventes de sous-marins français», résume-t-elle.

Washington approuve un contrat de maintenance d’armement avec l’Arabie saoudite

Washington a approuvé un contrat de maintenance de la flotte d’hélicoptères de l’Arabie saoudite, le premier conclu avec le royaume depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, a annoncé jeudi le département d’État.

Le président Biden, qui avait promis avant son élection de faire «payer» les dirigeants saoudiens pour leur responsabilité dans la mort du journaliste Jamal Khashoggi et de les traiter en «parias», a ordonné dès le début de son mandat un réexamen de tous les contrats d’armement conclus par son prédécesseur Donald Trump avec l’Arabie saoudite.

La semaine dernière, le ministre américain de la Défense Lloyd Austin a annulé à la dernière minute une visite prévue en Arabie saoudite, n’ayant pu rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane, dit MBS, qui est officiellement le ministre saoudien de la Défense. «MBS» était l’interlocuteur privilégié sous la présidence Trump, mais Joe Biden a fait savoir qu’il communiquerait directement avec le roi Salmane.

(AFP)

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