Football: Les fans suisses sont partout

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FootballLes fans suisses sont partout

Ils étaient près de 2000 en Lettonie de vendredi à dimanche. Immersion au coeur des supporters de la Nati.

par
Tim Guillemin
Riga

Il s'appelle Jan et il n'a pas raté un match de ces qualifications pour la Coupe du Monde en Russie. «Je vais faire le Grand Chelem, j'ai déjà mon billet pour le Portugal», sourit le trentenaire zougois, croisé devant le stade national de Riga dimanche, deux heures avant Lettonie-Suisse. Le seul souci qui le guette? Les barrages. «Si on ne se qualifie pas directement, je suis mal. J'ai déjà pris tous mes jours de vacances et de récupération. Ça risque d'être chaud de demander encore deux jours à ma cheffe», grince celui qui est employé dans une compagnie d'assurances.

Zoug n'est pourtant pas une terre de football, mais Jan, lui, est un vrai fan de la Nati. «En Suisse, j'aime bien le FC Zurich, mais sans plus. Je ne vais pas au Letzigrund, sauf si vraiment c'est un derby ou un gros match. Mais pour la Suisse, je suis prêt à tout. J'adore les voyages. Je pars toujours tout seul, mais au fil du temps, je me suis fait des amis. Je ne les connais pas en dehors des matches, mais on se repère des fois dès l'aéroport, c'est vraiment sympa. Ce sont mes vacances à moi», continue-t-il.

Jan a chopé le virus en Pologne et en Ukraine

Son plus beau déplacement de ces derniers mois est sans contestation les Îles Féroé. «Un souvenir fantastique, qui va m'accompagner longtemps. L'ambiance était au top et les paysages extraordinaires. Sans l'équipe de Suisse, je n'aurais jamais connu tout ça», dit-il encore. Le virus l'a pris à l'Euro 2012 en Pologne et en Ukraine. «J'avais 25 ans, je suis parti avec des copains, pour le fun. Et j'ai accroché tout de suite.» Ses potes viennent encore de temps en temps, mais pas de manière régulière. Il faut dire que la passion de Jan a un prix.

«En moyenne, un déplacement c'est entre 1000 et 1500 francs, tout compris. Il y a le vol, l'hôtel, la nourriture. Et les bières», sourit-il. Vu que la Suisse joue environ cinq fois à l'extérieur par année, le calcul est vite fait: ce sont entre 5000 et 7500 francs que le Zougois lâche annuellement. «Dit comme ça, c'est une sacrée somme. Mais de nouveau, ce sont mes vacances. Donc ça va, je trouve», estime-t-il. Surtout, il y trouve son compte.

PUFQS, devise des supporters combiers

Un peu plus loin, on retrouve un groupe d'amis venus de la Vallée de Joux. Ils sont une dizaine et ils sont les «Natifans», en un mot. Ils sont facilement repérables grâce à leur uniforme rouge, à leur bonne humeur (et à leur accent, aussi). Et si vraiment il y avait un doute, sur la manche gauche de leur pull figure leur acronyme de ralliement: PUFQS. Pardon? «Cela veut dire Pour une fois qu'on sort», détaille celui qui semble être leur chef. En clair, on a bien le droit de s'amuser une fois de temps à autre. Leur enthousiasme, en tout cas, fait plaisir à voir.

Il faut dire qu'il y avait du rouge et du blanc partout au Skonto Stadium dimanche. Sur les 7587 spectateurs recensées, un bon quart était venu soutenir la Nati. Ils n'étaient peut-être pas 2000, mais pas loin. Pourtant, les fans suisses avaient droit à un contingent de 650 places, soit un peu moins de 10% du total. Cela ne les a pas empêché de coloniser le centre-ville de Riga, ni bien sûr le stade, mais en toute paix.

La Nati ne draine en effet pas de supporters dangereux dans son sillage, contrairement à certains clubs de Super League. Pas l'ombre d'un hooligan: les fans rouge et blanc portent la chemise edelweiss, le bonnet à cornes ou le bredzon fribourgeois (si, on en a vraiment vu un). Tant mieux, évidemment.

Pas de Kosovars dans les tribunes

Parmi les particularités des supporters, il y en a une, quand même, qui mérite d'être soulignée. Parmi la cohorte de fans de la Nati, on a cherché en vain des fans d'origine kosovare. On va être clair: on n'en a pas trouvé, malgré le fait qu'une bonne partie de la Nati soit issue des Balkans. C'est peut-être une question de génération, mais pas uniquement. En majorité, les jeunes Kosovars et Albanais de Suisse supportent l'équipe nationale d'Albanie. Il y a sans doute là encore un potentiel de suiveurs à gagner même s'il est difficile d'aller les chercher. Supporter une équipe nationale est un processus intime, propre à chacun. Impossible de l'imposer à qui que ce soit. Et c'est pour cela, sans doute, qu'il est aussi fort et permet de déplacer 2000 personnes à l'autre bout de l'Europe un dimanche soir. Et qui va faire voyager, sans doute, plus de 5000 Suisses le 10 octobre à Lisbonne.

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