Réforme de l’AVS: Les femmes vont-elles devoir travailler jusqu’à 65 ans?
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Réforme de l’AVSLes femmes vont-elles devoir travailler jusqu’à 65 ans?

Le Conseil des États empoigne ce lundi le dossier chaud de la réforme de l’AVS qui prévoit l’alignement de la retraite à 65 ans pour tout le monde. Mais à quelles conditions? Un duel gauche-droite en perspective.

par
Christine Talos
À quel âge les femmes vont-elles devoir prendre leur retraite?

À quel âge les femmes vont-elles devoir prendre leur retraite?

AFP

Le Conseil des États s’attaque lundi à un sujet qui fâche: celui des retraites. À ce jour, chaque fois que le Conseil fédéral a tenté de toucher à la prévoyance sociale, il s’est heurté à un «niet» du peuple. Le dernier refus remonte à l’automne 2017. Le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, avait tenté de lier 1er et 2e piliers pour passer l’épaule. En vain. Sa «Prévoyance 2020» avait été rejetée. Cette fois, il revient avec une nouvelle mouture: il ne veut toucher qu’au 1er pilier, via le projet AVS21. Avec en point d’orgue l’augmentation de 64 à 65 ans de l’âge de la retraite des femmes.

Il faut dire qu’avec le vieillissement de la population, les caisses de l’AVS se déséquilibrent de plus en plus. Le Conseil fédéral estime qu’il faudra 26 milliards de francs d’ici à 2030 pour garantir ses prestations et son équilibre. Il faut donc trouver de l’argent au plus vite et le Conseil des États va étudier les propositions du gouvernement. Des propositions qui fâchent à gauche comme à droite.

La retraite à 65 ans des femmes fâche la gauche

Dans son projet, Berne veut que les femmes travaillent une année de plus et partent à la retraite non plus à 64 ans comme aujourd’hui, mais à 65 ans comme les hommes. Une mesure qui permettrait de réaliser 1,4 milliard de francs d’économies d’ici à 2030. Cet alignement de l’âge de la retraite passe comme une lettre à la poste à droite, mais fait hurler la gauche. Une pétition «Pas touche aux rentes des femmes!» a même été lancée par lUnion syndicale suisse à l’intention du Conseil des États. Elle a recueilli à ce jour près de 315’000 signatures!

La gauche refuse que ce soient les femmes qui fassent les frais de la réforme. Leurs rentes sont toujours 30% inférieures à celles des hommes, rappelle-t-elle. Elles sont aussi moins bien payées, voire non payées, pour toutes les tâches d’encadrement et de soins, ou parce qu’elles ont un taux d’activité plus bas que celui des hommes. La gauche refuse donc catégoriquement cet alignement de l’âge de la retraite, tant que les lacunes des rentes des femmes ne sont pas comblées et que les discriminations salariales persistent.

Mesures de compensation combattues à droite

Autre point de discorde: pour faire passer la pilule auprès des femmes qui seront proches de la retraite lors de l’entrée en vigueur de la réforme en 2022, à savoir celles nées entre 1959 et 1967, Berne prévoit des mesures de compensation. Leurs rentes seront ainsi moins fortement réduites si elles anticipent leur retraite. Et les femmes qui gagnent moins de 56’880 francs par année pourront même partir à la retraite à 64 ans sans baisse de rente. Coût de ces mesures: 700 millions de francs.

Cette fois, c’est de droite que viennent les protestations. La Commission de la sécurité sociale du Conseil des États a du coup durci le projet. Elle veut que ces mesures ne s’appliquent qu’aux femmes nées entre 1959 et 1964, ce qui ferait baisser la facture à 440 millions. Et les discussions seront longues. Les sénateurs vont en effet devoir débattre sur ce point de six propositions, dont deux visent à aménager plus généreusement le modèle du Conseil fédéral, pour des coûts de 1,38 milliard et 2,65 milliards de francs. D’autres proposent d’octroyer aux femmes de la génération transitoire un supplément de rente pour des coûts compris entre 430 et 2600 millions de francs.

À quand la retraite anticipée?

Autre bataille en vue aux États: celui sur l’âge de la retraite anticipée. Dans son projet, le Conseil fédéral souhaite que les Suisses puissent partir à la retraite entre 62 et 70 ans, en anticipant ou en ajournant tout ou une partie de la rente. En outre, plus longtemps on travaillera, plus le montant de la rente sera élevé. Et inversement. Les taux de réduction de la rente AVS pour ceux qui partent avant l’âge seront par ailleurs réexaminés tous les dix ans par le Conseil fédéral, et ce afin de tenir compte de l’espérance de vie.

Mais cette flexibilisation de l’âge de la retraite ne plaît pas à la commission. Elle ne veut permettre aux Suisses de quitter le monde du travail qu’à partir de 63 ans. Si quelqu’un a gagné moins de 56’880 francs par année, la réduction en cas de perception anticipée de la rente doit en outre être de 40% moindre par rapport à ce qui serait adéquat du point de vue actuariel. Cette fois, c’est à gauche qu’on n’apprécie pas.

Plafond pour les couples mariés relevé?

Actuellement, les couples mariés touchent une rente maximale commune de 150% alors que les concubins peuvent toucher au maximum deux rentes à 100%. Pour combattre cette inégalité, la commission, emmenée par la droite des États, propose de relever le plafond de 150 à 155% pour les couples mariés. Coût de ce petit coup de pouce: 650 millions.

Comment va-t-on payer tout ça?

Le financement de la réforme sera également discuté. Le Conseil fédéral prévoit un relèvement de 0,7% de la TVA, en une fois et au moment de l’entrée en vigueur de la réforme. Une façon de faire qui ne plaît pas à la droite. La commission propose, elle, d’y aller en deux temps. Elle veut relever d’abord le taux normal de 0,3%, puis, si la fortune de l’AVS devait tomber au-dessous de 90% du montant de ses dépenses annuelles, de 0,4% supplémentaire. Une minorité, emmenée par des élus UDC et PLR, propose, elle, de limiter l’augmentation de la TVA à 0,3%. Une autre, prisée du PS et des Verts, souhaite au contraire l’étendre à 0,8% en une fois.

La commission veut aussi lier la hausse de la TVA à la hausse de l’âge de la retraite des femmes. Il faudrait que les deux points soient acceptés par le peuple si le sujet est amené à être tranché en votation. Le relèvement à 65 ans ne se ferait donc que si l’augmentation de la TVA est acceptée et vice versa.

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