23.07.2017 à 11:15

Royaume-UniLes firmes commencent à penser au post-Brexit

EasyJet a prévenu qu'elle allait créer une filiale européenne en Autriche. La banque Morgan Stanley installe elle son siège européen à Francfort. Deux avertissements pour Londres.

EasyJet va se poser à Vienne avec une filiale européenne.

EasyJet va se poser à Vienne avec une filiale européenne.

Keystone

L'annonce d'easyJet de renforcer son activité en Europe aux dépens de Londres à cause du Brexit et la probabilité de voir Morgan Stanley l'imiter ne constituent qu'un début si le gouvernement ne clarifie pas rapidement ses intentions. Tel est l'avertissement lancé par le patronat britannique.

Depuis la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne (UE), nombre d'entreprises basées au Royaume-Uni échafaudent des plans pour s'adapter à la nouvelle donne une fois le pays sorti de l'orbite de Bruxelles. Changement de régulation, difficultés pour rester actif dans l'UE à partir de leur seule base britannique, perspectives de barrières au commerce: les complications attendues du Brexit sont diverses et variées.

Jusqu'à présent, peu de sociétés ont claironné des annonces de déplacement massif d'employés vers le continent. Mais les piqûres de rappel se multiplient en direction des autorités britanniques qui ont bouclé une deuxième série de négociations avec leurs partenaires européens, sans qu'aucune avancée n'ait été annoncée.

EasyJet déjà

EasyJet d'abord, l'une des principales compagnies aériennes européennes, a annoncé, la semaine passée, qu'elle allait créer à Vienne une filiale européenne, EasyJet Europe, afin de pouvoir continuer de voler sans entrave à travers toute l'Europe, que le Royaume-Uni quitte ou non le ciel unique européen lors du Brexit.

L'entreprise au logo orange et blanc a souligné qu'aucun de ses 6000 emplois au Royaume-Uni ne bougerait en Autriche. Mais cette annonce revient à y détacher la gestion d'une bonne part de l'activité de la compagnie britannique basée près de Londres.

L'autre illustration est venue de Morgan Stanley, qui a choisi d'installer à Francfort son nouveau siège pour l'UE, a expliqué mercredi une source proche du dossier. La banque américaine, qui emploie environ 5000 personnes à Londres, va transférer, dans un premier temps, des traders et des salariés administratifs vers Francfort où ses effectifs passeront de 200 à 400. Des banquiers et des traders vont également être transférés à Paris, Dublin, Madrid et Milan.

Finance en première ligne

Au printemps, le fabricant d'alcool Diageo avait confirmé la délocalisation d'une centaine d'emplois en dehors du Royaume-Uni, en partie du fait de la sortie de l'UE. Mais le secteur financier est le plus concerné jusqu'à présent par le Brexit qui pourrait priver les banques installées au Royaume-Uni des fameux «passeports financiers» européens, qui permettent à tout établissement situé dans un pays de l'UE de travailler dans les autres pays de l'union.

D'autres banques américaines, comme JPMorgan et Goldman Sachs, ont déjà dit vouloir déplacer des centaines d'emplois de Londres vers le continent, où plusieurs banques européennes (HSBC, Deutsche Bank, UBS) vont renforcer leur présence. Les établissements japonais Sumitomo Mitsui Financial Group et Nomura vont créer, pour leur part, une nouvelle filiale européenne à Francfort.

Une source patronale a expliqué que nombre d'entreprises étaient sur le point de passer à l'action car l'heure tourne et qu'elles n'ont pas reçu d'assurance du gouvernement britannique quant au contenu ni au calendrier d'une période de transition qui permettrait d'atténuer le choc du Brexit.

Flou artistique

Une étude publiée par le lobby des grands groupes, l'Institute of Directors (IoD), souligne que 57% des sociétés travaillent sur des plans d'adaptation au Brexit mais que seules 11% ont commencé à les mettre en application.

«L'incertitude à propos des futures relations du Royaume-Uni avec l'UE figure parmi les principales craintes des firmes. Ces dernières se préparent au Brexit. Mais elles n'ont souvent pas encore agi, donc il y a encore une chance pour le gouvernement de les dissuader de mettre leurs plans en application», a expliqué Stephen Martin, le directeur général de l'IoD.

Accusée de faire la sourde oreille aux craintes patronales, la Première ministre, Theresa May, a ouvert des concertations avec les entreprises depuis son revers électoral aux législatives du 8 juin, qui ont renforcé les partisans d'une transition plus douce. Mais les divergences et luttes de pouvoir au sein du gouvernement conservateur empêchent toute ligne claire d'émerger et de garantir une période de transition, déplore le patronat.

(ats)

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!