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ThaïlandeLes firmes suisses s'inquiètent du départ des touristes

En raison du coup d'Etat et du couvre-feu imposé par l'armée thaïlandaise, les visiteurs fuient Bangkok pour rallier les stations balnéaires et des sites dans l'arrière-pays.

Les entreprises suisses en Thaïlande s'inquiètent du départ des touristes

Les entreprises suisses en Thaïlande s'inquiètent du départ des touristes

AFP

Les entreprises suisses liées au tourisme en Thaïlande se disent inquiètes du départ des touristes vers les stations balnéaires et l'arrière-pays, et espèrent des élections au plus vite.

«Coup d'Etat, loi martiale, couvre-feu: ce vocabulaire inquiète les touristes», assure Luzi Mazig, président de la Chambre de commerce Suisse-Thaïlande. «Le pire, c'est le couvre-feu: il faut que l'armée le lève d'urgence pour que les visiteurs commencent a revenir», ajoute-t-il.

Dans la rue Khaosan, qui accueille depuis des décennies des nuées de fêtards venus du monde entier, le silence est désormais roi peu après minuit. Les derniers groupes de touristes regagnent leur chambre. Aux abords des bars et cantines, les policiers veillent à ce que tout le monde rentre chez soi.

Et même avant le couvre-feu, la rue demeure calme. La quantité de visiteurs continue de baisser, se plaignent les commerçants thaïlandais à longueur de journée.

Les clients fuient Bangkok

Les touristes n'annulent plus leurs vols pour la Thaïlande, mais modifient leurs lieux de séjour, choisissant des destinations comme Phuket ou Pattaya, où le couvre-feu a été levé mardi et où les autorités sont beaucoup plus souples. A en croire Luzi Mazig, nombreux sont ceux qui ne s'arrêtent même plus dans la capitale.

Ce Saint-Gallois de 64 ans sait de quoi il parle. Il préside aussi Asian Trails, une société active dans le tourisme de luxe et d'affaires qu'il a fondée en 1999 et qui est aujourd'hui détenue à 49% par le voyagiste Kuoni.

Depuis sa création, Asian Trails Thaïlande a vu son chiffre d'affaires grimper en moyenne de 20 a 25% par an. Mais ses ventes ont dégringolé depuis l'automne dernier: en mars, elles ont même plonge de 22% par rapport à la même période de 2013.

«Les clients évitent Bangkok. Et le fait que 55 gouvernements ont publié des recommandations de voyage - dont beaucoup sont alarmantes - n'aide pas», explique Luzi Mazig, l'œil rivé sur les gratte-ciels au loin, du haut d'une tour dominant le quartier des affaires.

Licenciements redoutés

Lui qui a assisté à six coups d'Etat ne se dit pas inquiet pour les firmes suisses évoluant dans d'autres pans de l'économie thaïlandaise. Mais il trouve la situation plus préoccupante que jamais pour le tourisme.

On pourrait observer prochainement de nombreux licenciements dans l'hôtellerie et la restauration, affirme-t-il, rappelant que le tourisme représente plus de 10% du PIB thaïlandais. Surtout si l'armée attend vraiment un an avant d'organiser les prochaines élections, comme elle l'a annoncé la semaine dernière.

Hôtels et restaurants risqueraient alors de voir leurs chiffres sombrer. «Nous avons enregistré deux fois moins de nuitées et des ventes en recul de moitié depuis les manifestations massives a Bangkok», assure Raphaël Renz, qui possède l'hôtel Grottino, au cœur de la capitale thaïlandaise.

Ventes en chute libre

L'établissement, qui propose depuis douze ans saucisson vaudois, raclettes et röstis, n'a pu que constater l'érosion progressive de sa clientèle internationale à dominante suisse. «Nous espérons un retour a la normale au plus vite, car cette situation dure depuis trop longtemps», poursuit le sexagénaire fribourgeois.

Là aussi, le couvre-feu y est pour quelque chose. «Il faut que je ferme boutique à 23h00 désormais, le temps de regagner ma maison avant d'être arrêté par les militaires», lance pour sa part Peter Müller, 75 ans, propriétaire du restaurant Domino sur Sukhumvit, l'une des rues les plus animées de la capitale.

Et quand il rentre tard, il doit payer dix fois plus cher que d'habitude. Métros et trains étant fermés, les conducteurs de taxis tirent profit des clients pressés par le couvre-feu.

L'Argovien, qui tient une affaire florissante depuis 1982, fait lui aussi état d'une baisse de 50% de son chiffre d'affaires depuis l'automne. Il a dû se passer des services de plusieurs de ses employées qui servaient la fondue et les digestifs dans son restaurant, entre les écharpes de l'équipe de Suisse de football et les images de Cervin ou de cor des Alpes.

«Les étrangers qui n'ont pas besoin d'être a Bangkok ne viennent pas ou la quittent», assure Peter Müller. «C'est très difficile pour notre secteur aujourd'hui.» Le regard las, il retourne derrière son comptoir pour servir un client thaïlandais venant d'entrer dans l'établissement désert.

(ats)

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