Drame de La Neuveville (BE) - «Les gens qui nous entourent doivent savoir pourquoi on se bat»
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Drame de La Neuveville (BE)«Les gens qui nous entourent doivent savoir pourquoi on se bat»

Une défaillance électrique avait provoqué la mort d’une promeneuse, de son chien et d’une passante qui leur portait secours dans le lac de Bienne. Quatre ans après le drame, les responsabilités ne sont toujours pas établies.

par
Vincent Donzé
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Sur les lieux du drame, Christiane et Robert Schläfli, avec Pady.

Sur les lieux du drame, Christiane et Robert Schläfli, avec Pady.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Claire entraînait sa chienne à l’aide en cas de catastrophe.

Claire entraînait sa chienne à l’aide en cas de catastrophe.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Les prises ne sont plus alimentées pour les plaisanciers du Quai Möckli.

Les prises ne sont plus alimentées pour les plaisanciers du Quai Möckli.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Des pivoines dans un vase, des pensées dans trois bacs, et dans le cœur, un chagrin qui ne faiblit pas. Tous les jours depuis le 15 mai 2017, à La Neuveville, Robert «Robi» Schläfli se rend sur le quai où sa fille Claire a péri à 24 ans avec son chien et la dame néerlandaise qui leur portait secours dans une eau électrifiée par un câble dénudé.

Sa femme Christiane remédie à ses rares absences, avec leur chien Pady qui grogne quand il croise un bulldog. Samedi soir, quatre ans jour pour jour après le drame du port, il y aura le soir du pain d’épeautre et le verre de l’amitié à partager, pour que Claire ne tombe pas dans l’oubli.

Engagement militaire

À défaut d’une plaquette officielle, Robi entretient la mémoire de sa fille et de sa sauveteuse en fixant sur la balustrade des photos et des textes qui racontent l’engagement de Claire, conductrice de chiens militaires et membre de Redog Suisse. Posé sur le bitume, un moulage de patte de dinosaure évoque son hobby.

Des passants s’arrêtent. Robi raconte ces rencontres «sensationnelles», celle de ce Neuvevillois qui le charrie en balançant «j’étais là avant toi!…», celle de ces Chinois qu’il a emmenés voir ses vieilles motos, lui qui gérait un magasin et un atelier pour motards.

Simplement sortie

«Si j’avais travaillé à l’atelier comme les électriciens au port, il y aurait eu des morts à moto», lâche ce mécanicien. Derrière la douleur pointe l’amertume causée par un accident évitable: «Elle est simplement sortie promener son chien…», soupire la maman.

Sur la balustrade, entre les photos, Robi a placé des flyers intitulés «Droit à l’information». Il y dénonce «une installation électrique défectueuse, posée sans discernement par une entreprise de la place, à la demande de deux membres de l’exécutif communal». Il pointe aussi du doigt une inaction des services techniques «malgré de nombreux dysfonctionnement, pourtant dûment constatés sur la ligne».

Tube inférieur

Pour quelques milliers de francs, un câble électrique a été tiré dans le tube inférieur de la balustrade, à la demande d’un plaisancier qui venait d’acquérir un bateau électrique. Si l’origine du drame a été rapidement attribuée à ce câble dénudé par l’usure, les responsabilités ne sont pas encore établies.

«Il n’y avait pas de mise à terre», constate Robert Schläfli, raison pour laquelle le disjoncteur n’a pas fonctionné. Sa femme ne comprend pas «comment une installation à bas coût potentiellement dangereuse a pu être tolérée».

Huit inculpés

En ville, tout le monde se connaît. Avant le drame, Robi tutoyait la plupart des huit inculpés. «L’apprenti qui a tiré la ligne dans le tube n’a pas été inculpé et c’est heureux», dit-il.

S’il n’a pas porté plainte contre les autorités, il s’adresse aux décideurs, à ceux qui ont contrôlé l’installation et aux politiciens «qui servent de fusibles»: «Mettre les gens au chômage, ça n’aiderait personne. Mais s’ils avouaient leur part de responsabilité, ils se sentiraient mieux», pense-t-il.

Le 15 mai 2017, un câble dénudé électrifiait une barrière, un ponton et l’eau du port.

Le 15 mai 2017, un câble dénudé électrifiait une barrière, un ponton et l’eau du port.

Lematin.ch/Vincent Donzé

L’instruction pour homicide par négligence se poursuit et le procès sera pour Christiane Schläfli une manière de tout poser sur la table pour crever l’abcès: «Ça aurait pu arriver à n’importe qui, il ne faut pas tout balayer. Les gens qui nous entourent doivent savoir pourquoi on se bat», glisse-t-elle. Pourquoi, et pour qui: les parents de Miranda sont en Hollande, ses enfants en Australie.

«Sa famille a vu Miranda s’établir dans un pays magnifique où, pensait-elle, tout fonctionne à merveille. Pour ces proches, quatre ans, c’est long», disent les Schläfli. Robi ajoute, persifleur: «Elle a essayé de faire quelque chose pour notre fille, elle…».

Mourir de faim

Dans son flyer, Robi mentionne deux victimes de l’ombre: engagée avec le malinois Makani dans les opérations de sauvetage, la chienne Eifele s’est laissée mourir de faim. Et deux ans après le drame, une femme «probablement témoin du drame» s’est suicidée au même endroit. le jour de l’anniversaire de Claire.

Après l’enterrement de Miranda, les parents de Claire sont allés adopter une chienne à Orpond, dans un refuge. Avec d’autres propriétaires, ils promènent Pady le long du lac où leur fille a suivi sa chienne foudroyée. Sans doute Makani a-t-elle basculé dans l’eau après avoir touché la barrière électrifiée en remuant la queue.

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