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RémunérationLes grands patrons suisses gagnent toujours plus

Demeurant élevés en 2013, les salaires des dirigeants des 100 plus grandes entreprises cotées à la Bourse suisse ont légèrement augmenté de 2% au regard de l'année précédente, selon Ethos.

Le patron du groupe pharma Roche Severin Schwann a conservé son rang de patron le mieux payé, malgré un salaire total en chute de 13% à 13,37 millions de francs.

Le patron du groupe pharma Roche Severin Schwann a conservé son rang de patron le mieux payé, malgré un salaire total en chute de 13% à 13,37 millions de francs.

Archives/photo d'illustration, Keystone

Les patrons des grandes entreprises ne connaissent pas la crise, selon l'étude annuelle de la fondation genevoise Ethos.

La croissance des rénumérations s'est toutefois révélée inférieure à celle des bénéfices et de la capitalisation boursière.

Au total, les 1415 administrateurs et membres de la direction générale de ces sociétés se sont attribués plus de 1,58 milliard de francs, ressort-il de la 9e édition de l'étude annuelle de la Fondation Ethos sur les rémunérations des instances dirigeantes dévoilée ce mercredi 8 octobre à Zurich. Les 385 dirigeants des 20 entreprises intégrées à l'indice des valeurs vedettes Swiss Market Index (SMI) de la Bourse suisse ont eux touché plus de 821 millions, un montant en repli de 2%.

La fondation genevoise, qui conseille et assume des mandats de gestion pour 140 caisses de pension, observe que les rémunérations ont crû de manière plus marquée, soit 8%, dans le secteur financier. En moyenne, les patrons des 100 sociétés passées sous revue ont empoché chacun un peu plus de 3,4 millions de francs, 4% de plus qu'en 2012.

Le salaire moyen de président du conseil d'administration (sans charge exécutive) s'est lui en revanche réduit de 7% à quelque 1,17 million de francs. Les simples administrateurs ont eux perçu une rémunération moyenne inchangée de 246'942 francs et les autres membres de la direction générale 1,67 million, un montant également stable.

Bonus opaques

Une telle modération pourrait être considérée comme un premier effet de l'acceptation de l'initiative Minder contre les rémunérations abusives, a expliqué Vincent Kaufmann, vice-directeur d'Ethos. S'il est toutefois un peu tôt pour le dire, il n'en reste pas moins que les conseils d'administration sont désormais plus attentifs en matière de politique salariale.

Mais en dépit de progrès, le manque de transparence subsiste, a noté Vincent Kaufmann, lequel succédera au printemps prochain à Dominique Biedermann à la direction de la fondation. Et cela tout particulièrement pour la partie variable des rémunérations, les bonus.

A ce titre, Ethos constate dans une étude parallèle portant sur la mise en oeuvre de l'ordonnance fédérale contre les rémunérations abusives (ORAb) que de nombreuses entreprises ont contourné l'esprit de l'initiative Minder. «Donner des droits aux actionnaires est une bonne chose, mais les mettre en oeuvre en est une autre», a noté Kaspar Müller, le président sortant d'Ethos, lequel cédera son mandat à Dominique Biedermann en juin prochain.

L'ORAb laissant la liberté aux conseils d'administration de proposer les modalités de vote, celles-ci sont souvent en contradiction avec l'esprit de l'initiative Minder à la source de l'ordonnance. Ainsi en matière de bonus, 75% des 136 entreprises concernées ont prévu dans leurs statuts révisés un vote prospectif en début de période sur une enveloppe maximale, a dénoncé Dominique Biedermann.

Grosse marge de progrès

Et pire, 34% d'entre elles n'ont fixé aucun plafond à cette enveloppe, a poursuivi le directeur d'Ethos. A l'inverse, 25% des entreprises visées par l'ORAb ont décidé de proposer à leurs actionnaires de voter de manière rétrospective en fin de période lorsque les résultats financiers sont connus.

Mais seules 5% des firmes ont prévu un vote prospectif et fixé un montant maximal pour l'enveloppe destinée aux parts variables de la rémunération des membres de la direction. La marge de progrès reste donc importante.

De même, suite à l'interdiction des indemnités de départ, près d'une société sur deux (44%) s'est gardée la possibilité de prévoir des clauses de non-concurrence payées. «Certes de tels amendements sont compréhensibles, mais pourquoi donc faudrait-il offrir une rémunération supplémentaire à ce titre ?» s'est interrogé Dominique Biedermann.

Ethos dénonce également le fait que plus d'un tiers des sociétés puisse encore allouer aux administrateurs des honoraires variables en fonction des résultats au lieu de montants fixes uniquement. Selon la fondation, le faible taux d'acceptation moyen des modifications statutaires (88%) démontre que les actionnaires n'ont pas apprécié ces méthodes.

Entrée en vigueur en janvier dernier, l'ORAb laisse aux entreprises jusqu'à la fin de l'an prochain pour mettre leurs statuts en règle et pour procéder au vote contraignant sur les rémunérations des dirigeants. Pour l'heure, 96 sociétés sur 136 (70%) ont proposé à leurs actionnaires des modifications statutaires en vue de voter sur les salaires des managers.

(ats)

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