Nature: Les grosses sauterelles intriguent à Bienne
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NatureLes grosses sauterelles intriguent à Bienne

Tous les insectes ne sont pas invasifs: le soin apporté à la biodiversité favorise le retour d’espèces indigènes. La preuve avec le Tettigonia viridissima.

par
Vincent Donzé
Une grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima) remarquée à Ittigen (BE) témoigne de la bonne santé de cette espèce indigène.

Une grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima) remarquée à Ittigen (BE) témoigne de la bonne santé de cette espèce indigène.

Antonio Abate


«Des criquets de 12 cm, j’en ai déjà vu en Afrique, mais jusqu’à présent jamais dans ma salle de bains en Suisse»: quand l’ancien préfet biennois Philippe Garbani (PS) a posté sur Facebook la photo d’une sauterelle dans sa baignoire vide, sa publication a été largement commentée.


«Es-tu devenu fan du Grasshopper?» demande l’un, en référence au club de foot zurichois appelé les «Sauterelles». «Grillé, c’est un délice», recommande l’autre. «Je l’ai remise dans la nature», confie Philippe Garbani au «matin.ch».


En voyant la photo floue d’une sauterelle dans une baignoire, un autre internaute a publié une photo nette d’un spécimen identique découvert par sa fille de 8 ans à l’intérieur de son immeuble à Ittigen (BE). «Elle n’a pas eu peur», indique Antonio Abate, à propos de sa fille. La suite? «J’ai pu prendre simplement la sauterelle par les ailes et je l’ai amenée dehors. Après, elle s’est «recollée» contre la vitre du côté extérieur».

Hall d’entrée


«J’en ai vu un dans le magasin Coop dans le hall d’entrée de la gare de Bienne», témoigne un internaute. C’est quoi toutes ces sauterelles prises pour des criquets? Question posée à l’entomologiste Marc Kenis, du Cabi (Center for agricultural bioscience international): «La sauterelle me semble être une grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima). Elle est locale et totalement inoffensive, mais elle ne mesure que 6 cm, pas 12…», indique ce spécialiste.


Ce n’est pas l’invasion partout en Suisse romande: à Delémont, Marc Kenis n’en a pas vu une seule cette année. À Lausanne, le professeur honoraire du Département d’écologie et d’évolution de l’Université est ravi: «Belle photo. Cette espèce est absolument inoffensive et il ne faut surtout pas l’éliminer!» écrit Daniel Cherix, qui reconnaît une femelle sur la photo, à cause de son ovipositeur en forme de sabre au bout de l’abdomen.

Leur alimentation


Daniel Cherix est intarissable: «Il faut savoir que la taille des insectes dépend de leur alimentation particulièrement chez les insectes qui ne font pas de métamorphose complète comme les papillons ou les Coléoptères. Donc l’indication de taille ne sert pas à grand-chose. D’autre part la présence d’une telle espèce à Bienne est des plus réjouissantes, cela signifie que les efforts pour maintenir une certaine biodiversité fonctionnent».


«Ces efforts se mettent enfin à payer», précise encore Daniel Cherix, en découvrant la photo d’un parterre fleuri au parc municipal de Bienne. À de nombreux endroits de cette ville, le Service des espaces verts veille à transformer les pelouses en prairies fleuries, lesquelles profitent «aux insectes, aux papillons et aux oiseaux de chez nous».

La biodiversité est favorisée à Bienne par le Service des espaces verts.

La biodiversité est favorisée à Bienne par le Service des espaces verts.

V.Dé


«Cette prairie contribue à l’augmentation des espaces favorables et indispensables à notre faune et flore indigènes. Elle s’inscrit dans une optique de mise en réseau des surfaces écologiques», indiquent les Espaces verts sur un panneau explicatif.

À propos de «sa» sauterelle, qu’il considérait d’emblée comme une «jolie bestiole», Philippe Garbani conclut: «Ça fait plaisir d’en (re)voir, comme d’entendre de nouveau le chant du grillon. Cela console des autres insectes et même oiseaux qu’on ne voit plus chez nous…». Moralité? Pas de panique: tous les insectes inhabituels ne sont pas invasifs.

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