Radio: «Les Grosses Têtes» épinglées pour sexisme
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Radio«Les Grosses Têtes» épinglées pour sexisme

Une association LGBTI a écouté pendant un mois l’émission animée par Laurent Ruquier sur RTL. Elle y a relevé «des propos sexistes toutes les 11 minutes» sur «une heure et demie».

Pour l’Association des journalistes LGBTI, 100% des émissions des «Grosses Têtes» contiennent des blagues sexistes.

Pour l’Association des journalistes LGBTI, 100% des émissions des «Grosses Têtes» contiennent des blagues sexistes.

Kervin Portelli  / RTL

Laurent Ruquier devrait revoir sa copie, selon l’Association des journalistes LGBTI (AJLBT). Celle-ci a écouté pendant un mois «Les Grosses Têtes» et a décortiqué l’émission quotidienne de RTL. La conclusion: «Des propos sexistes toutes les 11 minutes et jusqu’à 16 dans la même émission.»

L’association dénonce la représentation des femmes tout d’abord, cantonnées à «des rôles sexistes stéréotypés: la maman, la putain, la gouine». L’AJLBT note que les femmes présentes sur le plateau sont régulièrement ramenées à leur statut d’ex de. Valérie Trierweiler «est régulièrement ramenée à son rôle d’ex-compagne de François Hollande (…) Christine Ockrent et Arielle Dombasle subissent le même sort, pour leur relation respective avec Bernard Kouchner et Bernard-Henri Levy», écrit encore l’association sur son site.

«P*te», insulte préférée

L’AJLBT a également constaté que les femmes sont régulièrement insultées. «Leur (insulte) préférée est le mot «p*te», répété jusqu’à six fois dans l’émission du 14 octobre. Chantal Ladesou y présente le film «30 jours max», dans lequel elle interprète une travailleuse du sexe. Jean-Jacques Peroni commente: il le «savait que Chantal Ladesou finirait pute.»

Et l’association d’ajouter: «Quelques jours plus tard, le 19 octobre, Laurent Baffie évalue la valeur de la femme de Pablo Mira, qui n’est pas invitée à participer à l’émission, et estime qu’elle n’est «pas très chère». Le 22 septembre, le racisme s’y ajoute. Laurent Ruquier évoque un éventuel «retour aux sources» de Cristina Cordula «au Bois de Boulogne», sous-entendant que la mannequin franco-brésilienne s’est prostituée dans ce haut lieu du travail du sexe, où de nombreuses femmes trans originaires d’Amérique du Sud exercent.»

Capacités intellectuelles

La sexualisation «constante» des femmes est également dénoncée. «Dans les 24 émissions écoutées, la sexualité, réelle ou fantasmée, des chroniqueuses est évoquée 19 fois», constate l’association.

Enfin, les capacités intellectuelles supposées des femmes par les hommes de l’émission sont également pointées du doigt. «Valérie Mairesse est traitée de «gourde», Caroline Diament de «cruche», Christine Bravo d’«idiote». Parfois, ces femmes se déprécient elles-mêmes et, si on peut apprécier l’autodérision, on ne peut également que constater ce fait: aucun homme n’ironise sur ses propres capacités intellectuelles. Seules les femmes rabaissent leur intelligence», ajoute l’AJLBT.

Pas de réaction de Laurent Ruquier

L’association rappelle en conclusion que leurs constatations après un mois d’écoute des «Grosses Têtes» font écho au rapport sur l’humour sexiste du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes. Ce dernier concluait que «71% des chroniques et émissions humoristiques radiophoniques contiennent des blagues sexistes». Pour l’AJLBT, c’est «100%» des émissions des «Grosses Têtes» qui le sont.

Laurent Ruquier n’a pas réagi à cette étude de l’AJLBT mais il a retweeté le post de Régis Ravanas, DG des activités audio du groupe M6 dont fait partie RTL: «Sur RTL, l’humour est une solution, pas un problème. Merci à Laurent Ruquier et ses Grosses Têtes qui font rire tous les jours des millions de Français!»


À noter que l’association termine son bilan en rappelant la conclusion du HCE: «Ridiculiser les personnes qui protestent en leur reprochant leur manque d’humour permet de se déresponsabiliser et de ne pas remettre en question les fondements sexistes sur lesquels repose cet humour, ni de réfléchir aux conséquences d’une blague sexiste ou du fait d’en rire.»

(Cover Media / LeMatin.ch)

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