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SantéLes hôpitaux ont-ils à cœur les dons d'organes?

Le bilan des transplantations n'a jamais été aussi critique en Suisse. Le Dr Philippe Morel pointe du doigt certains hôpitaux alémaniques.

par
Cléa Favre
Un cœur transplanté.

Un cœur transplanté.

KEVIN CURTIS/Science Photo Library RM/Getty Images

La liste d'attente est longue (1165 patients inscrits) et le taux de refus atteint des sommets. Voilà le bilan catastrophique qu'établit Swisstransplant pour 2012. La fondation en profite pour rappeler une triste réalité: près d'une centaine de personnes meurent chaque année en Suisse faute d'avoir reçu à temps un cœur, un poumon ou encore un foie. Une situation qui ne va pas en s'améliorant, puisque le nombre de donneurs a même reculé de 6% entre 2011 et 2012.

Pourtant, la Suisse est l'un des seuls pays du monde où le nombre de donneurs vivants est plus important que celui de donneurs morts. Conclusion de Philippe Morel, chirurgien aux HUG et vice-président du conseil de fondation de Swisstransplant: «La population suisse est généreuse. Il faut arrêter de la culpabiliser!» Les coupables sont à chercher ailleurs, du côté des établissements de santé. Selon lui, «il existe un vrai problème de détection des donneurs potentiels. L'Hôpital de Zurich est la lanterne rouge en la matière. Il n'y a pas de lits en soins intensifs pour les donneurs, donc ceux-ci décèdent!»

Les statistiques confirment le constat du chirurgien. Les chiffres sont sans appel. Le Programme latin de don d'organes (Suisse romande et Tessin) a déniché 36 donneurs sur 467 décès entre septembre 2011 et août 2012. Zurich en a identifié seulement six (sur 354 décès).

Markus Béchir, à la tête du réseau de transplantation zurichois, se défend face à ses résultats peu reluisants. Il affirme avoir fait «d'énormes progrès ces six derniers mois, en embauchant du personnel supplémentaire spécialisé». Le nombre de donneurs a ainsi fortement augmenté. Dix-huit prélèvements ont pu avoir lieu l'an dernier. «C'est le chiffre le plus élevé tous cantons confondus», précise Franz Immer, directeur de Swisstransplant. Cependant, les efforts restent insuffisants au regard du taux de refus de prélèvement (plus de 60%).

Pour que la Suisse sauve davantage de vies, Philippe Morel évoque comme source d'inspiration l'Espagne, qui occupe le premier rang mondial en la matière. Madrid a en effet opté pour le consentement présumé, à la différence de la Suisse. Mais le chirurgien voit dans ce modèle une vertu supplémentaire: «L'obligation d'identifier les donneurs potentiels est inscrite dans la loi et des contrôles a posteriori ont lieu régulièrement afin de savoir pourquoi tel ou tel décès n'a pas été pris en considération pour un don.»

Offrir des moyens supplémentaires pourrait paradoxalement permettre des économies. Une greffe rénale coûte 50'000 francs, alors qu'une année de dialyse revient à 60'000 francs.

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