Incendies en Irak - «Un tel niveau de négligence, ce n’est plus une erreur»
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Incendies en Irak«Un tel niveau de négligence, ce n’est plus une erreur»

De janvier à mars, le ministère irakien de l’Intérieur a recensé 7000 incendies, dont le plus spectaculaire est celui survenu dimanche à l’unité pour malades du Covid-19.

L’incendie survenu dimanche dans un hôpital de Bagdad a fait 82 morts.

L’incendie survenu dimanche dans un hôpital de Bagdad a fait 82 morts.

AFP

Installations électriques vétustes, générateurs exposés en plein soleil, branchements sauvages, passe-droits pour éviter les inspections: en Irak, les étincelles pouvant causer des incendies sont nombreuses et les pertes, humaines et matérielles, souvent lourdes.

De janvier à mars, le ministère de l’Intérieur a recensé 7000 incendies, dont le plus spectaculaire est sans conteste celui survenu dimanche à l’unité de soins intensifs pour malades du Covid-19 de Bagdad – 82 morts, 110 blessés et un pays entier sous le choc.

Triste classement

Bagdad, ville tentaculaire de dix millions d’habitants, est en tête de ce triste classement: le général Jawdat Abderrahmane, porte-parole de la Défense civile, a décompté «2800 incendies dans la capitale durant le premier trimestre 2021».

L’anarchie urbaine règne: près d’un habitant sur dix vit dans des quartiers informels où les maisons sont reliées par des branchements sauvages aux réseaux d’eau et d’électricité. Et chaque jour apparaissent des centres commerciaux construits à la va-vite – parfois uniquement des vitrines pour le blanchiment d’argent.

Chaos urbain

Dans ce chaos urbanistique, chaque bâtiment recèle le cocktail parfait pour un sinistre. «La plupart de ces bâtiments ne sont pas aux normes et des milliers d’entre eux n’ont même pas de permis de construire», affirme à l’AFP le général Kazem Bouhane, patron de la Défense civile.

À l’intérieur, les mauvaises installations électriques peuvent facilement provoquer des courts-circuits risquant à leur tour d’enflammer facilement des matériaux de construction à bas coût non ignifugés.

Et, à l’extérieur, alors que le service public ne fournit que quelques heures d’électricité par jour depuis des années, des générateurs privés et leurs réservoirs de carburant sont stockés, souvent sous de maigres plaques de tôle ondulée – une bien faible protection dans l’un des pays les plus chauds au monde.

«Un tel niveau de négligence, ce n’est plus une erreur»

En 2014, raconte à l’AFP un commerçant du centre de Bagdad, la Défense civile a demandé à toutes les échoppes de se doter d’extincteurs. «Certains en ont acheté, mais pas tous», rapporte-t-il, sous couvert d’anonymat.

Et personne, dit-il, n’a tenté de revoir son installation électrique dans un pays ravagé depuis quarante ans par des guerres à répétition uniquement interrompues par une décennie de strict embargo ayant durablement affecté les infrastructures.

«La plupart des commerçants ne pourraient même pas identifier le câble électrique qui les alimente, ni d’où il part», affirme-t-il. «Ne me dites pas encore «c’est un court-circuit», lançait le Premier ministre Moustafa al-Kazimi dimanche en pleine nuit, alors que brûlait l’hôpital Ibn al-Khatib de Bagdad.

«Un tel niveau de négligence, ce n’est plus une erreur, mais un crime», martelait-il à ses ministres alors que chaque jour la presse locale rapporte l’incendie d’un magasin, d’une station-service et parfois d’habitations.

Pas d’eau dans les tuyaux

Après l’hôpital de Bagdad, un centre commercial de Kirkouk (centre) a aussi brûlé dimanche. Lundi, plusieurs échoppes d’une rue commerçante de Tikrit, au nord de Bagdad, et un restaurant d’Erbil, au Kurdistan. Et mardi, c’est un hôpital de Babylone (au sud de Bagdad).

Et face à des flammes échappant rapidement à tout contrôle – celles d’Ibn al-Khatib ont par exemple gagné la plupart des trois étages en «trois minutes», selon l’enquête –, les pompiers ne disposent que de petits moyens.

Alors que l’Irak a perdu ces dernières années 50% de son eau à cause de barrages turcs et iraniens, ils manquent de bornes d’incendie et leurs véhicules les plus récents datent d’il y a dix ans, relève le général Bouhane.

Des actes de malveillance

Loin de Bagdad, dans le centre et le nord agricoles où des jihadistes se terrent encore, des milliers d’hectares de champs partent régulièrement en fumée. Certains de ces incendies – qui se comptent par centaines à chaque début d’été – sont le fait des fortes chaleurs, d’erreurs humaines, de techniques d’agriculture peu soucieuses des dégâts ou encore d’accidents électriques.

Mais la plupart sont des actes de malveillance: des cultivateurs lorgnant sur le champ du voisin, des conflits ethniques ou des jihadistes se vengeant d’agriculteurs refusant le racket.

Face à cette menace directe pour l’agriculture irakienne, déjà fort mal en point, «nous n’avons pas un seul» avion bombardier d’eau, assure le général Bouhane. Et souvent, se lamente-t-il, ses hommes payent le prix fort: en 18 ans, il en a perdu 420.

(AFP)

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