Publié

Police«Les infiltrés sont indispensables»

Pour le procureur général genevois, Olivier Jornot, de nombreuses enquêtes liées aux milieux criminels seraient impossibles à résoudre sans ces agents.

par
Valérie Duby
«Dans certaines affaires de stupéfiants, il serait impossible de mener des enquêtes sans avoir des gens immergés dans le milieu», indique Olivier Jornot.

«Dans certaines affaires de stupéfiants, il serait impossible de mener des enquêtes sans avoir des gens immergés dans le milieu», indique Olivier Jornot.

Laurent Guiraud

On ne connaît de lui qu'un surnom: «Rio». Il est le pseudo-tueur à gages chargé d'éliminer le rival d'un restaurateur indien en 2007 à Genève. L'agent infiltré qui a joué le rôle du tueur a été entendu mardi par un tribunal genevois via une liaison audio, en restant dissimulé dans une salle adjacente. Une voix métallique déformée, quelques bribes d'explications quant à son rôle dans cette affaire, c'est tout ce que l'on sait de «Rio».

Dans l'histoire de la police genevoise, c'est la première fois que l'on recourt à un tel agent dans une affaire d'instigation à assassinat. Et dans la pratique, qui sont ces agents infiltrés? Selon le Code de procédure pénale du 1er janvier 2011, ce sont des membres des corps de police ou des personnes engagées à titre provisoire pour accomplir des tâches de police. Ils sont recrutés hors du territoire cantonal pour la simple et bonne raison qu'ils ne doivent pas être reconnus. «On prend des célibataires», assure un policier. «L'agent infiltré est un moyen indispensable pour résoudre certaines catégories d'infractions comme le trafic de stupéfiants où, assurément, il serait impossible de mener des enquêtes sans avoir des gens immergés dans le milieu», relève le procureur général de Genève, Olivier Jornot.

Tous les agents doivent se conformer aux instructions d'une personne de contact. «La marge de manœuvre de l'agent est réduite à son strict minimum», assure le contact de «Rio». L'agent possède une identité d'emprunt. Qui ne doit pas être dévoilée même lors d'un procès. Il se forge ce que l'on appelle dans le jargon une légende, s'invente un passé et une «vraie» vie. Impossible de savoir comment et combien de policiers travaillent en infiltration. «Vous comprendrez que l'on ne donne pas de détails», répond Philippe Jaton, porte-parole de la police vaudoise. Naturellement, on ne fait pas appel tous les jours à des agents infiltrés. Jean-Marie Bornet, son homologue de la police valaisanne, confirme: «C'est rarissime.»

On imagine aisément que les vols de vélos ne sont pas concernés par le sujet… Mais des infractions graves, allant des atteintes à l'intégrité corporelle, en passant par la traque des pédophiles sur le Net, aux escroqueries et même aux vols de tableaux. Le «Garçon au gilet rouge» de Cézanne dérobé à Zurich en 2008 a été retrouvé grâce à une infiltration dans les milieux criminels serbes.

Votre opinion