Actualisé 23.03.2020 à 11:55

SurchargeLes infirmières se sentent lâchées par le Conseil fédéral

On les applaudit sur les balcons... mais Berne suspend leurs plafonds horaires. Pour leur syndicat, en épuisant le personnel soignant, on met en cause la sécurité des soins.

von
lematin.ch
En temps normal, les infirmières sont déjà soumises à des horaires souples qui permettent de répondre aux urgences. Leur enlever toute protection horaire au moment de la pandémie risque de les épuiser autant que de les démotiver.

En temps normal, les infirmières sont déjà soumises à des horaires souples qui permettent de répondre aux urgences. Leur enlever toute protection horaire au moment de la pandémie risque de les épuiser autant que de les démotiver.

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«On peut dire que cette nouvelle a été mal prise par ici». Infirmière dans un hôpital en Suisse romande, Christine* se fait l'écho de la grande déception du personnel soignant après l'annonce vendredi dernier de la suspension de leurs droits, notamment pour le repos et les pauses. Parmi les mesures annoncées par le Conseil fédéral, celle-ci n'a pas fait beaucoup de bruit, mais elle a choqué les personnes concernées.

«Rien ne sert d'applaudir...»

Sur les ondes de la RTS. Pierre-Yves Maillard, le président de l'Union syndicale suisse (USS) s'en est offusqué, mais pour l'instant, personne n'a vraiment réagi. Vendredi dernier, le Syndicat suisse des services publics (SSP) a publié un communiqué au ton caustique: «Rien ne sert d’applaudir tous les soirs le personnel hospitalier, si en même temps on leur retire leurs droits les plus élémentaires.»

Sans limite de temps

Dans son Ordonnance, le Conseil fédéral a pris les devants face à une probable pénurie de personnel soignant: «Dans les services des hôpitaux confrontés à une augmentation massive du travail en raison du nombre de cas de maladies due au COVID-19, les dispositions de la loi sur le travail relatives au temps de travail et de repos sont suspendues aussi longtemps que la situation exceptionnelle l’exige.»

60 heures ? Encore plus ?

Le SSP constate qu'actuellement la loi est déjà très souple: «Celles et ceux qui seront en première ligne, en contact direct avec les malades atteints par le coronavirus, pourraient être contraints de travailler au-delà des 50 heures déjà autorisées aujourd’hui. La loi actuelle autorise même 2 heures supplémentaires par jour en cas d’urgence. Au total, c’est donc 60 heures qui peuvent être travaillées et la loi prévoit aussi des pauses minimales.»

Dangereux...

Dorénavant, leur demandera-t-on de travailler 70 ou 80 heures? Pour le SSP, il sagit d'une une décision dangereuse: «Dans les services de soins intensifs, où seront pris en charge les malades, le respect de la durée du travail maximale et des pauses est une condition minimale pour des soins sécurisés.»

L'USS exige que le Conseil fédéral revienne sur cette décision.

Eric Felley

* Nom d'emprunt

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