14.04.2020 à 06:01

Les infos positives deviennent un contenu prisé

Coronavirus

Jamais les internautes n'ont cherché autant le terme «bonnes nouvelles» sur internet aux USA. Les médias tentent de répondre à ce nouveau besoin.

AFP

Ensevelis sous les titres et les images inquiétantes depuis plusieurs semaines, de nombreux internautes se tournent vers les nouvelles positives, une demande à laquelle de plus en plus de médias cherchent à répondre. On n'avait jamais autant cherché le mot «bonnes nouvelles» (good news) sur Google aux Etats-Unis. Mieux, selon le site 9to5Google, le nombre de requêtes a sextuplé entre décembre et mars.

Les bonnes nouvelles, Rob, d'Indianapolis, les pêche sur les réseaux sociaux et aussi sur son moteur de recherche, même si elles «sont dures à trouver en ce moment». Une rareté qu'il met évidemment sur le compte du contexte mais aussi sur celui des médias, tout comme Clarence Edwards, de Washington. «Je pense que les médias s'intéressent à ce qui vend», dit-il, «et pour l'essentiel, c'est ce qui fait peur et les mauvaises nouvelles.»

Dans le monde de l'information, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à faire le choix de proposer des nouvelles positives, même si elles sont encore souvent cantonnées à une rubrique spécifique.

Le quotidien britannique «The Guardian» propose «The Upside», quand Fox News, MSN, le site HuffPost ou Yahoo! ont tous une page «bonnes nouvelles». La plupart sont de création récente mais ont été lancées avant la pandémie, comme «The Good Stuff» (les bonnes choses), lettre d'information hebdomadaire du site de la chaîne CNN, en février 2019.

«Notre équipe éditoriale a observé un intérêt croissant de notre audience pour ce qui la fait sourire», explique une porte-parole, citant découvertes, «héros» et «mouvements qui inspirent». Sur les trente derniers jours, le nombre d'abonnés à «The Good Stuff», qui sélectionne des sujets réalisés par les journalistes de la chaîne, a augmenté de 50%, dit-elle.

Dans un style plus amateur, l'acteur et réalisateur John Krasinski («The Office», «Sans un bruit») a lancé le 29 mars «Some Good News», une émission hebdomadaire sur YouTube qu'il présente lui-même. Avec plus de quinze millions de vues pour le premier épisode, «SGN» est devenu un petit phénomène, mi-bulletin d'information, mi-happening.

«Pas sûr que ça dure»

Les nouvelles positives ont leurs spécialistes, leurs historiques, principalement les sites américains Good News Network, fondé en 1997, et britannique Positive News, en 1993 (à l'époque en version imprimée). «Notre trafic a triplé le mois dernier», révèle Geri Weis-Corbley, fondatrice de «GNN», qui a atteint dix millions de visiteurs uniques en mars.

Cette ancienne productrice vidéo avait déjà observé des bonds de fréquentation après le 11-Septembre ou la fusillade de Las Vegas (2017), mais jamais comme celui-ci. «Nous réagissons différemment parce que tout le monde est coincé chez lui», dit-elle, et la demande va au-delà des vidéos légères et images humoristiques qui pullulent sur les réseaux sociaux.

Tout comme John Krasinski, qui croule sous les contributions, elle reçoit un déluge de courriers électroniques lui signalant des bonnes nouvelles un peu partout, qui alimentent son contenu.

Historiquement, les études scientifiques ont montré que le public était plus attentif et réactif aux informations négatives que positives, rappelle Stuart Soroka, professeur de communication et de sciences politiques à l'université du Michigan.

Première piste d'explication, dit-il, «les informations négatives auront plus probablement des conséquences et nécessiteront un changement de notre comportement», ce qui explique que nous y soyons plus attentifs.

Seconde explication, qui justifierait l'attrait actuel pour les nouvelles positives, l'individu s'intéresse aux informations «qui sont éloignées» de ce qu'il attendait. Or, en ce moment, «c'est mauvaises nouvelles en continu, jour après jour», résume Rob.

Dans l'inconscient journalistique, les informations positives ont souvent eu un statut inférieur aux autres, parfois considérées comme accessoires, ou même suspectes. Mais depuis quelques années, une réflexion globale a été engagée pour promouvoir un journalisme plus «constructif», selon le mot d'ordre de Positive News, tourné vers des solutions, qu'elles soient à l'état de propositions ou de réalisations.

Le courant demeurait néanmoins marginal jusqu'ici. Geri Weis-Corbley croit à un élan né de la pandémie, sur lequel elle entend capitaliser avec une émission télévisée sur les nouvelles positives dont elle va proposer le concept dans les jours à venir. «Je ne suis pas sûr que ça dure», tempère Stuart Soroka, pour qui dès que l'environnement sera redevenu plus positif, les regards se concentreront de nouveau sur «le contenu négatif».

Les médias pourraient, eux, étendre leur questionnement sur «ce qu'est l'information et comment la traiter», «mais cela ne veut pas dire que la nature humaine va changer».

(AFP)

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