Réchauffement - Les inondations dans l’Himalaya pourraient tripler
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RéchauffementLes inondations dans l’Himalaya pourraient tripler

Une étude genevoise montre que la fonte des glaciers multiplie les lacs potentiellement dangereux dans cette région, pouvant entraîner des catastrophes.

par
Michel Pralong
Les lacs glaciaires se multiplient dans l’Himalaya, qui en compte près de 7000 aujourd’hui.

Les lacs glaciaires se multiplient dans l’Himalaya, qui en compte près de 7000 aujourd’hui.

Li Heng

Les pôles sont les deux endroits de la planète qui comptent le plus de glaciers. Mais en troisième position, on trouve les hauts sommets de l’Himalaya. Or qui dit glace, dit formation de lacs lorsque celle-ci fond. Aujourd’hui, on recense 7000 lacs glaciaires d’un hectare au moins dans cette région (contre 120 lacs dans les Alpes actuellement et environ 240 lacs vers la fin du siècle).

Certains de ces lacs naturels peuvent représenter un danger. Lorsque la moraine qui sert de barrage se rompt où lorsque l’eau déborde par-dessus, cela peut provoquer des crues extrêmement dangereuses, entraînant mort et destruction sur leur passage. Une équipe sino-suisse, dirigée par des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE), s’est penchée sur ce risque, que le réchauffement climatique ne peut qu’aggraver.

Près de 300 inondations

De 1560 à nos jours, elle a recensé 296 inondations provenant de 109 lacs. En s’appuyant sur des images satellites et la topographie des lieux, elle a estimé que 1200 des 7000 lacs existants présentaient aujourd’hui un risque élevé à très élevé pour les communautés en aval, notamment dans les régions de l’Himalaya oriental et central de la Chine, de l’Inde, du Népal et du Bhoutan. Et 96% des 109 lacs qui ont déjà causé des inondations font partie de cette liste, ce qui semble conforter les calculs de l’équipe.

Les scientifiques ont ensuite fait des projections pour les années à venir, en se basant sur trois scénarios de réchauffement climatique, allant du pire, celui où nous continuerons à émettre les mêmes quantités de CO₂ qu’à présent, au meilleur, où les accords de Paris seraient appliqués à la lettre. Et dans la version la plus pessimiste, ce ne sont plus 1203 mais 2962 lacs qui présenteraient un risque élevé d’inondations. Donc trois fois plus qu’actuellement. Et ce risque maximal pourrait être atteint d’ici à la fin du XXIe siècle, voire le milieu du siècle dans certaines régions, une rapidité qui a estomaqué les chercheurs.

D’ici 2050 à 2100, une bonne partie des glaciers de la région pourrait même avoir disparu laissant la place à 13 000 lacs glaciaires. Lacs qui, au fil du temps, s’approcheront de plus en plus des pentes abruptes et instables des montagnes, dont des pans peuvent se détacher et s’écraser dans les eaux, provoquant de petits tsunamis.

Un grand péril aux frontières

Le pire des scénarios se base sur une hausse des températures de 4 à 5 °C d’ici 2100, tandis que les accords de Paris visent 1 à 2 °C. Les projections les plus réalistes montrent que l’on devrait plutôt tabler sur une hausse de 2,5 à 4 °C, qui représente tout de même un accroissement considérable du danger d’inondations dans la région. Danger encore exacerbé par un facteur géopolitique: ces chaînes de montagnes s’étendent sur onze pays et le nombre de sources potentielles d’inondations glaciaires transfrontalières pourrait doubler à l’avenir passant de 211 à 464 lacs dangereux. Les tensions politiques entre certaines nations n’arrangent pas les choses, un débordement pouvait se produire dans un pays et la crue provoquée en ravageant un autre, sans que le premier ait averti le deuxième.

Les chercheurs genevois vont tout faire pour que leur étude, parue ce 6 mai dans «Nature Climate Change» soit portée à la connaissance des scientifiques et gouvernements de ces pays. «Nous avons travaillé avec une équipe chinoise, donc la Chine est au courant, nous explique Markus Stoffel, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UNIGE. Et nous collaborons avec la DDC (Direction du développement et de la coopération suisse). Sans communication dans les pays, cela va finir en catastrophe».

Mettre des systèmes d’alerte

Les moyens pour éviter des drames existent: «On peut drainer les lacs, mais cela coûte cher, indique Markus Stoffel. Mais on peut également mettre en place des systèmes d’alerte, des caméras par exemple, qui peuvent détecter une crue et prévenir les populations pour leur laisser du temps de quitter leurs villages avant qu’elle n’arrive, cela peut suffire pour sauver des vies. Il est essentiel de donner les moyens aux scientifiques locaux pour surveiller ces lacs, que cela soit sur le terrain ou même, comme nous l’avons fait, avec les images satellitaires».

La région a connu de grandes catastrophes par le passé, le risque augmente encore avec le réchauffement, mais cela n’est pas une fatalité. Les moyens pour les prévenir existent, à condition que tous œuvrent dans ce sens.

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