Publié

VoyageLes islamistes face aux bikinis

Il faut interdire alcool et bikinis, clament des islamistes dans des pays vivant du tourisme, comme l'Egypte, la Tunisie, le Maroc ou les Maldives. Le voyageur doit-il s'inquiéter?

par
Renaud Michiels
Ces menaces effraient-elles les vacanciers?

Ces menaces effraient-elles les vacanciers?

En Egypte, en Tunisie, les révolutions arabes ont débouché sur la montée en puissance des partis se revendiquant de l'islam. Au Maroc, le parti islamique PJD est devenu la première force du pays. Avec, partout, des menaces sur certaines libertés, en particulier les droits des femmes. Et par ricochet, sur les touristes. Dans le désordre: interdiction de l'alcool, des bikinis, des casinos, port du voile obligatoire, séparation des sexes. Des salafistes égyptiens ont voulu fermer les sites archéologiques qui contiennent des statues nues. Aux Maldives, les spas ont été temporairement fermés car ce seraient des lieux de débauche «anti-islamiques».

Un «impact considérable»

Ces menaces effraient-elles les vacanciers? Qui irait à Djerba, à Charm el-Cheikh ou sur une île de l'océan Indien si costumes de bain deux-pièces et alcool y étaient bannis? «Pour ces destinations balnéaires, il est évident que ce serait un vrai problème, il y aurait un impact considérable», répond Prisca Huguenin-dit-Lenoir, porte-parole d'Hotelplan Suisse. «Mais ce n'est pas le cas, ça ne l'a jamais été.» Alors, pas d'impact sur le tourisme? «Egypte, Tunisie ou Maroc doivent restaurer la confiance», répond Peter Brun, chargé de communication de Kuoni. «Les réservations augmentent de nouveau peu à peu même si le niveau d'avant les révolutions n'a pas été retrouvé. Mais les craintes sont liées à la sécurité, pas à des déclarations d'islamistes radicaux.»

La stabilité d'abord

«Pour l'Egypte, c'est un peu gelé, même si on s'attend à une reprise pour 2012, enchaîne Prisca Huguenin-dit-Lenoir. Mais les appréhensions sont liées à la stabilité politique, pas à des questions d'interdiction d'alcool ou de bikinis qui n'ont jamais été en vigueur», confirme Mme?Huguenin-dit-Lenoir. Et tous deux de préciser que, menaces ou pas, il y a actuellement des offres à saisir. Des prix jusqu'à 30 ou 40% de moins que l'an passé pour l'Egypte, par exemple.

Mais demain? Fini cocktails, bronzette et mixité? Les voyagistes n'y croient pas. «Même pendant les révolutions, les stations balnéaires n'étaient pas touchées», note Peter Brun. «Ces pays savent l'importance du tourisme pour leur économie.» Les spécialistes du monde arabe semblent d'accord. «En Egypte, les Frères musulmans devront retrouver le niveau des recettes touristiques de l'époque de Moubarak pour préserver des millions d'emplois. Or le tourisme, cela signifie des filles aux bras nus et de l'alcool dans les bars», a plaidé Henry Laurens, professeur au Collège de France dans l'Express.

«Les déclarations les plus radicales sont venues de certains salafistes, pas des plus modérés. Et ces propositions musclées sont en partie électoralistes», détaille Hasni Abidi. «Ces pays ne vivent pas du pétrole mais du tourisme», note le directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève. «Ceux qui sont au pouvoir savent que s'en prendre au tourisme, c'est s'en prendre à l'économie, au peuple, et c'est ne pas pouvoir tenir ses promesses électorales, qu'elles se revendiquent de l'islam ou pas. C'est aussi la certitude de perdre les élections suivantes.» Bref, pour ces pays de tourisme, francs, euros et dollars devraient passer avant la charia.

Quatre exemples

Ton opinion