07.08.2013 à 18:33

TunisieLes islamistes font un pas pour sortir de la crise politique

Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir, a annoncé mercredi accepter la suspension des travaux de la Constituante et a appelé à un dialogue avec ses adversaires pour aboutir à «un gouvernement d'union nationale».

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Le président tunisien, Moncef Marzouki, a appelé à l'«unité nationale» après la mort de huit soldats dans une embuscade. (30 juillet 2013)

Le président tunisien, Moncef Marzouki, a appelé à l'«unité nationale» après la mort de huit soldats dans une embuscade. (30 juillet 2013)

Keystone
Les manifestants tunisiens rassemblés devant le siège l'Assemblée nationale constituante, ont demandé lundi soir la démission du gouvernement. (29 juillet 2013)

Les manifestants tunisiens rassemblés devant le siège l'Assemblée nationale constituante, ont demandé lundi soir la démission du gouvernement. (29 juillet 2013)

Reuters
Les manifestants tunisiens rassemblés devant le siège l'Assemblée nationale constituante, ont demandé lundi soir la démission du gouvernement. (29 juillet 2013)

Les manifestants tunisiens rassemblés devant le siège l'Assemblée nationale constituante, ont demandé lundi soir la démission du gouvernement. (29 juillet 2013)

Keystone

Après une manifestation d'envergure de l'opposition dans la nuit de mardi à mercredi, le parti Ennahda a indiqué qu'il se soumet à la décision du président de l'Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaafar. Cet allié laïque des islamistes a créé la surprise mardi soir en annonçant le gel des travaux de la Constituante jusqu'à l'ouverture de négociations avec les opposants au gouvernement.

«En dépit de nos réserves (...) sur cette initiative, nous espérons qu'elle servira de catalyseur pour que les adversaires politiques s'assoient à la table du dialogue», a déclaré mercredi le chef du mouvement, Rached Ghannouchi, cité dans un communiqué.

Ennahda se dit favorable «à la formation d'un gouvernement d'union nationale comprenant toutes les forces politiques convaincues de la nécessité d'achever le processus démocratique».

Le parti islamiste fixe un calendrier de reprise des travaux de l'Assemblée nationale constituante (ANC). Il souhaite que l'adoption de la Constitution et de la loi électorale se fasse «avant fin septembre 2013». Il réclame aussi «l'organisation d'élections avant la fin de l'année».

Foule dans la rue

La décision d'Ennahda survient quelques heures après la plus importante manifestation de l'opposition. Des dizaines de milliers de Tunisiens se sont réunis dans la nuit de mardi à mercredi dans la banlieue de Tunis pour réclamer le départ du gouvernement dirigé par les islamistes.

L'exécutif est jugé responsable de l'essor de la mouvance jihadiste. Celle-ci est accusée de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd le 6 février et du député Mohamed Brahmi le 25 juillet.

La manifestation était organisée par une coalition hétéroclite d'opposition sans programme politique commun clair, allant de l'extrême-gauche au centre-droit, et soutenue par les partenaires sociaux.

Syndicat déterminant

Les opposants ont refusé l'idée d'un gouvernement d'union dirigé par Ennahda. Ils militent pour un cabinet de technocrates, mais des désaccords existent aussi. Ainsi, la puissante centrale syndicale UGTT et le patronat Utica ne veulent pas d'une dissolution de l'ANC.

Jusqu'à présent le mouvement Ennahda, arguant de sa légitimité issue de l'élection de la Constituante en octobre 2011, proposait une coalition élargie, un scrutin le 17 décembre. Il évoquait un vague projet de référendum de sortie de crise, difficile à mettre en place faute de Constitution et de loi électorale deux ans et demi après la révolution.

Fin du ramadan

La position qu'adoptera l'UGTT, forte d'un demi-million de membres capables de paralyser le pays, devrait être déterminante. M. Ben Jaafar fait du syndicat un arbitre en l'appelant à «réunir autour de la table du dialogue tous les partis».

Le secrétaire général de l'UGTT, Houcine Abassi, a dit à la radio Express-FM, que son syndicat se réunirait «la semaine prochaine pour adopter les mesures nécessaires à l'intérêt du pays». La Tunisie entame jeudi une période de quatre jours chômés à l'occasion de la fin du ramadan.

Décision «insuffisante»

Plusieurs dirigeants de l'opposition ont jugé «positive» mais «insuffisante» la décision de suspendre l'ANC en vue de négociations. Ils ont promis de poursuivre des actions quotidiennes de contestation.

Dans ce contexte, des experts estiment que les deux camps vont désormais devoir revoir leurs positions. «La situation est grave mais elle bouge (...) Ennahda a déjà commencé à changer sa position», note le politologue Slaheddine Jourchi.

D'autant qu'«aucun parti, Ennahda compris, ne peut ignorer la position de l'UGTT, qui est aussi celle de l'Utica. Ennahda ne peut pas continuer sans considérer que les forces (économiques et sociales) du pays ne sont pas d'accord avec lui», souligne l'expert.

(AFP)

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