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EcolesLes jeux dangereux pullulent

Après le jeu du foulard ou le happy slapping, voilà le jeu du piment. Les réseaux sociaux accélèrent la diffusion de ces défis.

par
Renaud Michiels
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Le jeu du foulard et tous ses cousins – «jeu des poumons», «jeu de la tomate», «rêve indien», etc. – se sont fait connaître dans les années 2000. Par strangulation, apnée ou suffocation, ces jeux d'évanouissement doivent permettre de planer. Ils peuvent surtout engendrer la mort ou des séquelles neurologiques à vie. La Suisse a connu des décès dans les années 2000: un ado de 15?ans à Lausanne en 2008, un de 13?ans à Genève l'année suivante. Des associations se sont créées pour lutter contre ces pratiques, des actions de prévention ont été menées. Mais il y a encore eu un mort en France l'an dernier. Ou près d'une dizaine chaque année aux États-Unis.

Le jeu du foulard et tous ses cousins – «jeu des poumons», «jeu de la tomate», «rêve indien», etc. – se sont fait connaître dans les années 2000. Par strangulation, apnée ou suffocation, ces jeux d'évanouissement doivent permettre de planer. Ils peuvent surtout engendrer la mort ou des séquelles neurologiques à vie. La Suisse a connu des décès dans les années 2000: un ado de 15?ans à Lausanne en 2008, un de 13?ans à Genève l'année suivante. Des associations se sont créées pour lutter contre ces pratiques, des actions de prévention ont été menées. Mais il y a encore eu un mort en France l'an dernier. Ou près d'une dizaine chaque année aux États-Unis.

MAXPPP
«Donner joyeusement des baffes.» La traduction de «happy slapping» rend bien mal compte de cette pratique née autour de 2005: un groupe se met à frapper, parfois extrêmement violemment, une cible. Tournée avec un téléphone, la scène est ensuite diffusée, ajoutant des blessures psychologiques aux physiques. La Suisse a connu des cas, surtout il y a une dizaine d'années. Des programmes de prévention et de sensibilisation ont été créés. Depuis? Un certain apaisement. Mais il faudrait être bien naïf pour croire que les vidéolynchages ont disparu. Selon l'étude suisse JAMES 2014, 6% des 12-19?ans ont déjà filmé une bagarre.

«Donner joyeusement des baffes.» La traduction de «happy slapping» rend bien mal compte de cette pratique née autour de 2005: un groupe se met à frapper, parfois extrêmement violemment, une cible. Tournée avec un téléphone, la scène est ensuite diffusée, ajoutant des blessures psychologiques aux physiques. La Suisse a connu des cas, surtout il y a une dizaine d'années. Des programmes de prévention et de sensibilisation ont été créés. Depuis? Un certain apaisement. Mais il faudrait être bien naïf pour croire que les vidéolynchages ont disparu. Selon l'étude suisse JAMES 2014, 6% des 12-19?ans ont déjà filmé une bagarre.

Keystone
Apparu en Russie au printemps 2016, le «défi de la baleine bleue» avait de quoi défrayer la chronique. Les joueurs devaient relever une série de 50 challenges, certains anodins, certains dangereux, jusqu'à l'ultime: le suicide! Les médias s'en sont inquiétés. Mais après la frayeur, quel bilan? La France a connu une poignée de cas, mais aucun mortel. En Russie, on évoque jusqu'à 80 suicides d'ados. Mais les autorités «n'ont pu établir aucun lien formel entre le jeu et les morts», souligne Le Monde dans une contre-enquête. Pour le quotidien, le Blue whale challenge aura – heureusement – avant tout été une «légende urbaine sur Internet».

Apparu en Russie au printemps 2016, le «défi de la baleine bleue» avait de quoi défrayer la chronique. Les joueurs devaient relever une série de 50 challenges, certains anodins, certains dangereux, jusqu'à l'ultime: le suicide! Les médias s'en sont inquiétés. Mais après la frayeur, quel bilan? La France a connu une poignée de cas, mais aucun mortel. En Russie, on évoque jusqu'à 80 suicides d'ados. Mais les autorités «n'ont pu établir aucun lien formel entre le jeu et les morts», souligne Le Monde dans une contre-enquête. Pour le quotidien, le Blue whale challenge aura – heureusement – avant tout été une «légende urbaine sur Internet».

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«Attention danger!» «Nouveau danger à l'école.» «Alerte au jeu du piment.» Depuis dix jours, les articles sur un nouveau défi touchant les ados et préados s'accumulent dans les médias français. Cette déferlante a été engendrée par une publication sur Facebook de la gendarmerie du Pas-de-Calais, le 15 novembre. «Des élèves se présentent au collège avec des piments qu'ils ouvrent et qu'ils projettent dans les yeux et/ou dans la bouche d'autres camarades. D'autres s'écrasent volontairement le piment sur la peau provoquant d'importantes brûlures.»

Plus de 35 défis dénombrés

D'autres corps de police ont relayé cet avertissement. Jusqu'à la gendarmerie nationale, avec un tweet inquiétant: «Au collège, le jeu du piment a déjà fait plusieurs victimes, grièvement brûlées». Étrange emballement? Pour l'instant, à en croire Le Nouvel Observateur, on ne dénombrerait que trois cas, dans l'Aube. Dont deux collégiens pris en charge car ils «se seraient eux-mêmes écrasé le piment sur les joues». Difficile de savoir si ce «jeu» va vraiment s'étendre. Mais la nouveauté, moins d'un mois après que la presse hexagonale ne s'inquiète d'inconscients montant sur le toit de métros en marche, soulève des questions. On a craint le jeu du foulard, celui de la baleine bleue, le happy slapping. Et bien d'autres. Jeu de l'aérosol, du torero, de l'insomnie, du cercle infernal, du Mikado ou de la machine à laver, le rêve bleu, le petit pont massacreur: dans un document pédagogique qui ne se veut pas exhaustif, l'Éducation nationale française détaille plus de 35 de ces défis parfois potentiellement mortels!

Facebook facilite

Faut-il comprendre qu'il en existe de plus en plus? «Traquant toujours plus les nouveautés, les médias en parlent probablement davantage que dans le passé. Mais oui, car les plates-formes en ligne servent d'accélérateurs pour ces phénomènes et sont des vecteurs idéaux. Ces challenges fonctionnent sur le mode «t'es pas cap»: on met nominalement quelqu'un au défi de faire quelque chose. Puis il le prouvera avec une image ou vidéo. Tout ce que facilite Facebook», répond Olivier Glassey, sociologue à l'Université de Lausanne et spécialiste des réseaux sociaux.

Face à ces «jeux», les autorités scolaires, les polices, les organismes de prévention et les médias sont empruntés. «En parler trop tôt, c'est prendre le risque de contribuer à faire exister un phénomène. Ne pas en parler, c'est s'empêcher d'alerter et de sensibiliser. Le critère est probablement le nombre de cas avérés et la dangerosité. Mais j'ai l'impression que personne ne sait exactement quand réagir», note le spécialiste.

«En général, nous ne communiquons pas sur de nouveaux défis pour ne pas donner de mauvaises idées. Et, si des cas sont repérés dans un établissement, le mieux est d'agir localement, avec une prévention ciblée», explique Monique Ryf, responsable romande de Pro Juventute. Mais il existe des exceptions. Quand le danger est réel et répandu, Pro Juventute fait de la prévention. Ça avait été le cas avec le fléau du happy slapping.

Développer l'esprit critique

Dans l'idéal, selon Olivier Glassey, la prévention devrait être générique. «Il faut préparer les jeunes au prochain de ces défis même si on ne sait pas de quoi il s'agira. Par exemple en développant l'esprit critique ou en soulignant que ce qui semble virtuel peut avoir de graves conséquences réelles.»

Alors, en parler ou pas? Pour le piment, les gendarmes français ont décidé qu'il le fallait. «Il faut relativiser la question car, sur ces phénomènes, les autorités comme les médias ont habituellement un temps de retard. Et quand les médias traditionnels parlent d'un de ces défis, ils le ringardisent. Le challenge perd alors de l'intérêt aux yeux des jeunes», conclut le sociologue.

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