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QuestionLes journalistes sont-ils trop naïfs face aux politiciens?

Comme Christoph Blocher ou Nicolas Sarkozy, les politiques noient parfois le poisson. Les journalistes devraient-ils pouvoir vérifier l'info en direct, via le Net ou l'oreillette?

par
Christophe Chanson

Dimanche dernier, Nicolas Sarkozy a eu un trou de mémoire très opportun face à Claire Chazal et Laurent Delahousse, qui l’interviewaient devant 16,6 millions de téléspectateurs sur TF1, France 2, LCI, iTélé et BFM TV. Le président français a affirmé qu’il n’avait jamais utilisé l’expression «TVA sociale». Faux! Si les journalistes sur le plateau avaient eu un accès direct à Internet, ils auraient pu rectifier les propos du chef de l’Etat d’un simple clic. En se rendant sur le site officiel de l’Elysée, comme l’a fait le journaliste d’Europe 1 Guy Birenbaum (lire ci-dessous), on trouve un communiqué daté de juin 2007 et signé de la présidence de la République où Nicolas Sarkozy évoque la TVA sociale.

Dès lors, faudrait-il que les présentateurs soient équipés de tablette tactile pour vérifier les allégations des politiques en temps réel? Ou devrait-on leur souffler les contre-attaques via une oreillette?

OUI

Guy Birenbaum, journaliste et blogueur pour la radio Europe 1

Vous trouvez que les journalistes devraient vérifier les propos des politiques en temps réel quand ils les interviewent?

Oui, parce qu’il faut enfin placer les politiques face à leurs contradictions! Si les présentateurs étaient informés en direct, via une tablette ou une oreillette, que leur interlocuteur raconte des bêtises, les échanges seraient plus musclés. Les citoyens s’apercevraient que nul n’est infaillible.

Cela ne nuirait-il pas à la fluidité des débats?

Pas du tout. Je pratique cette technique tous les jours sur Europe 1: quand un invité me dit un truc bizarre, je bondis sur mon iPad. On pourrait aussi imaginer une séquence en fin d’émission où l’on prendrait le temps de corriger les erreurs.

NON

Pascal Décaillet, interviewer sur Léman Bleu et La Télé (Le grand oral)

Qu’est-ce qui vous dérange dans l’emploi de l’oreillette?

Quand on est sur le front, on doit être seul: on ne peut pas commencer à compter sur des gens à l’arrière pour vous souffler ce qu’il faut dire. Avec l’utilisation de l’oreillette, on a l’impression que le journaliste est un assisté.

N’avez-vous jamais eu recours aux nouvelles technologies lors de vos débats?

Non, j’ai toujours refusé de les utiliser, parce que c’est un moyen de déléguer les responsabilités à la technique. Et puis, vous imaginez Claire Chazal en train de tapoter sur sa tablette pendant que le président parle? C’est comme si on massait Roger Federer pendant qu’il monte au filet.

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