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Première sessionLes lobbies leur tombent déjà tous dessus

A peine élu(e)s, les parlementaires font l'objet du jour au lendemain d'une attention des milieux économiques, associatifs et autres. Une déferlante.

par
lematin.ch
Pour Baptiste Hurni (PS/NE), Sophie Michaud Gigon (Verts/VD) ou Sidyney Kamerzin (PDC/VS), le contact avec le milieu des lobbies à Berne n'attend pas le début de la première session.

Pour Baptiste Hurni (PS/NE), Sophie Michaud Gigon (Verts/VD) ou Sidyney Kamerzin (PDC/VS), le contact avec le milieu des lobbies à Berne n'attend pas le début de la première session.

lematin.ch, Keystone

Le groupe automobile AMAG, la Coop, la Migros, la faîtière des assurances Curafutura, Interpharma, Unia, Chocosuisse, Avenir Suisse, Swisscom, Gastro Suisse, le Sport-Toto.... Tout ce que la Suisse compte d'acteurs économiques un tant soit peu influents n'ont pas manqué de se manifester auprès des nouveaux conseillers nationaux. Pour les lobbies à Berne, le temps c'est de l'argent et les «bleu(e)s» sont tout de suite mis au parfum...

Une liste exhaustive

L'écologiste Felix Wettstein (Verts/SO) a décidé de jouer la transparence. Cet architecte soleurois tient à jour sur son site internet tous les messages – des simples félicitations aux petits cadeaux (livre), en passant par les invitations à déjeuner – qu'il a reçus depuis son élection le 20 octobre. Il y en a plus de septante, tous documentés avec la date et le moyen de communication: e-mails, courriers ou paquets.

Dès la première session

«C'est impressionnant....» Sa collègue vaudoise, Sophie Michaud Gigon (Verts/VD), secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC), en connaît un rayon sur le démarchage, mais ici elle a été suprise: «Je me doutais un peu que nous allions recevoir des sollicitations, mais à ce point c'est effectivement beaucoup et tout cela pour la première session. Que l'on soit félicitée, c'est normal, mais je trouve bizarre de recevoir déjà des invitations pour des jours précis, à midi, le soir et même au petit-déjeuner». Poussée par la curiosité, elle va trier celles qui lui paraîtront les plus intéressantes, que ce soit en terrain connu ou inconnu.

Chronophage

L'avocat neuchâtelois Baptiste Hurni (PS/NE) n'y a pas échappé non plus: «J'en ai reçu un grand nombre, j'ai été littéralement bombardé d'invitations pour des «apéros riches» à Berne, mais peut-être pas autant que Felix Wettstein car Neuchâtel est plus petit que Soleure... Je trouve sa démarche intéressante, mais je crains qu'elle ne soit chronophage. Je ne me vois pas passer des heures à tenir à jour une liste. Les gens m'ont élu pour que je me penche sur les vrais dossiers...»

Mieux connaître l'adversaire

Cela dit, il prend la chose avec philosophie: «Pour l'instant, j'estime que ce sont des propositions qui demeurent acceptables et conformes au guide de bonne conduite des parlementaires. Maintenant, je vais voir si je réponds à l'une ou l'autre. Cela dépend aussi de la commission dans laquelle je siégerai. Il y a aussi un intérêt à répondre aux invitations de gens, qui sont nos adversaires au Parlement, pour mieux les connaître...»

Une bouteille par jour...

Le conseiller national valaisan Sidney Kamerzin (PDC/VS) doit aussi constater une quantité de félicitations de tous les milieux, «que ce soit de droite ou de gauche, des syndicats aux banques en passant par des oeuvres de bienfaisance. Parfois ce sont des invitations à des soirées lors de la session ou plus tard au mois de janvier, des cocktails ou repas. J'ai reçu aussi des cadeaux, comme on est en Valais, le plus souvent une bouteille... Je m'en réfère ici aux pratiques de l'Administration fédérale, on ne devrait pas recevoir plus que ce qu'on peut consommer en un jour!»

Se fixer une limite

Le candidat valaisan s'est fait un point d'honneur dans sa campagne de ne point accepter de conseil d'administration s'il était élu: «Pour un politique c'est important d'être bien informé et d'être en contact avec beaucoup de gens, observe-t-il. Où cela devient délicat, c'est lorsqu'il y a une contre-prestation. Etre invité à un repas ou à une soirée, la limite est parfois ténue entre la nécessité d'être informé et le moment où se crée un lien d'intérêt. Siéger dans des conseils d'administration et défendre ses intérêts, là, la limite est clairement dépassée. Au niveau de la population, c'est un comportement qui ne passe plus aujourd'hui».

Eric Felley

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