14.10.2020 à 06:38

BienneLes lombrics clôturent la saison sur gazon de «Tennis Champagne»

Les courts improbables d’un club aux antipodes du Queen’s Club-Wimbledon ont déjà vu passer des joueurs comme Dominic Stricker et Leandro Riedi, finalistes suisses du récent tournoi junior de Roland-Garros. À quand le tour de Roger Federer?

par
Vincent Donzé
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La raquette pour Rémy Studer, la trulute pour Hari Strub, principaux animateurs à Bienne de «Tennis Champagne».

La raquette pour Rémy Studer, la trulute pour Hari Strub, principaux animateurs à Bienne de «Tennis Champagne».

lematin.ch/Vincent Donzé
Le club pas élitaire pour un sou s’est installé dans l’ancien stade de foot de la Gurzelen, dans le quartier de la Champagne.

Le club pas élitaire pour un sou s’est installé dans l’ancien stade de foot de la Gurzelen, dans le quartier de la Champagne.

Lematin.ch/Vincent Donzé
Son gazon fabriqué sur mesure n’a rien à envier à celui de Wimbledon.

Son gazon fabriqué sur mesure n’a rien à envier à celui de Wimbledon.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Deux courts de tennis sur gazon, tout vert et ouvert à tous? À Bienne, le club «Tennis Champagne» fait très fort avec son terrain bichonné dans l’ancien stade de football de la Gurzelen, devenu un vaste champ d’explorations sportives, culturelles et agricoles. Les joueurs applaudissent, à l’instar de Dominic Stricker et Leandro Riedi, les deux Suisses finalistes du récent tournoi junior de Roland-Garros. À quand le tour de Roger Federer?

«Federer? On le soupçonne d’être venu jeter un coup d’œil incognito, sous une barbe blanche ou un chaperon rouge», rigolent Hari Strub et Rémy Studer, deux chevilles ouvrières d’un club qui porte le nom du quartier de la Champagne, loin des mondanités. Dans le club de tennis le plus démocratique et décontracté du pays, la boisson la plus prisée reste la bière, pissée dans des WC qui récoltent l’urine pour en faire de l’engrais!

À la Gurzelen, tout marche à l’huile de coude ou presque: «Chaque seconde investie dans notre gazon est justifiée à 100% par le plaisir récolté», claque Rémy Studer, en évoquant des sensations qui lui donnent la chair de poule.

Symposium londonien

Les deux courts improbables foulés par divers champions comme le professionnel français Gilles Simon ont valu l’an dernier à ses instigateurs une invitation à un symposium londonien organisé à Wimbledon, une semaine après le tournoi du Grand Chelem. «Ils se sont moqués de nous, mais c’était sympa. Au pub aussi…», rapporte Hari.

Verdict? «Tout plat et très dur, leur gazon semble presque artificiel. D’ailleurs, le seul industriel invité au symposium représentait la société chimique Syngenta», soufflent les Biennois. À Wimbledon, les parasites sont éliminés par des tubes gonflés d’air chaud. On est loin de la truelle qui sert à éliminer les déjections des lombrics! «Wimbledon doit être prêt le jour J. Pas nous…», se disent Hari et Rémy.

Manuel, Rémy et Hari: le trio du club «Tennis Champagne» l’an dernier sur le gazon de Wimbledon.

Manuel, Rémy et Hari: le trio du club «Tennis Champagne» l’an dernier sur le gazon de Wimbledon.

DR

Quand il évoque le tennis sur gazon, Hari et Rémy mentionnent la qualité du rebond, la brièveté des échanges et surtout, un silence feutré que rien ne dérange, pas même le frottement des semelles sur la surface: «C’est soft», dit l’un. «C’est calme», dit l’autre.

La saison s’est terminée vendredi dernier. Dans la grisaille automnale, Hari Strub a manié sa trulute plutôt que sa raquette pour aplanir la surface et éliminer les nombreux monticules formés par les lombrics. Tout l’été, le jardinier du club a réagi aux sautes d’humeur de dame Nature, toujours prompt à arroser ou à couper le gazon à une hauteur variant entre 10 et 15 mm.

150 francs/an

À la Gurzelen, des donateurs mettent leur logo sur des banderoles, des partenaires fournissent les balles ou l’horloge, mais l’âme du club, ce sont ses 80 cotisants à 150 francs pour un budget annuel de15 000 francs. Quand ils ne viennent pas en voisin de Swiss Tennis, les joueurs romands font le déplacement de Lausanne, de Morges ou de Genève.

Ceux qui ne jouent pas s’arrêtent pour boire un verre ou manger érythréen, le week-end. La buvette est, comme le résume Rémy, un «beau spot», avec un ciel dégagé et, comme ils disent, la mer, au fond à gauche. On y boit, on y fume de l’herbe, mais pas celle du stade: «Notre slogan, c’est «We do it on grass» et pas «We smoke the grass»!», rigolent Hari et Rémy. Clap de fin sur une belle saison.

La pelouse de Wimbledon paraît trop artificielle aux yeux des «jardiniers» biennois.

La pelouse de Wimbledon paraît trop artificielle aux yeux des «jardiniers» biennois.

DR

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