Les lymphocytes T tueurs sont un double atout contre le cancer
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L’Université de Genève a découvert une action inattendue de certaines immunothérapies: non seulement elles détruisent les tumeurs, mais aussi les vaisseaux qui les transportent.

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Michel Pralong/comm
Les lymphocytes tueurs (en vert) attaquent les vaisseaux lymphatiques (en rouge) dans la tumeur, et entraînent leur mort (marqueur de mort cellulaire en blanc).

Les lymphocytes tueurs (en vert) attaquent les vaisseaux lymphatiques (en rouge) dans la tumeur, et entraînent leur mort (marqueur de mort cellulaire en blanc).

©UNIGE Robert Pick/Stéphanie Hugues

Les immunothérapies restent des traitements contre le cancer complexes et ne sont utilisées que lorsque les méthodes traditionnelles se sont avérées peu concluantes. «Même très prometteuses, ces thérapies ne sont pas des solutions miracles et engendrent souvent de sévères effets secondaires. C’est pour cela que nous nous attelons à en comprendre les plus infimes processus biologiques», explique une équipe de chercheurs de l’Université de Genève qui vient de faire une découverte étonnante sur les effets de certaines immunothérapies.

Il faut savoir que, pour se développer, les tumeurs cancéreuses se nourrissent via des vaisseaux sanguins qui leur apportent les nutriments nécessaires à la multiplication de cellules malades, puis elles migrent par des vaisseaux lymphatiques pour créer des métastases (nom donné à une tumeur qui s’est propagée ailleurs). Quand on constate le développement de ces vaisseaux lymphatiques dans et autour d’une tumeur, c’est donc mauvais signe.

Bloquer le chemin sans neutraliser l’arme

Des thérapies visant à bloquer ce développement de vaisseaux lymphatiques tumoraux (appelé lymphangiogenèse tumorale) se sont avérées décevantes. «En effet, c’est également la voie par laquelle les cellules dendritiques, qui sont des cellules du système immunitaire, quittent la tumeur pour activer les lymphocytes T antitumoraux» (ce qui neutralise donc une arme contre la tumeur) explique Stéphanie Hugues, professeure associée au Département de pathologie et immunologie et au Centre de recherche sur l’inflammation de la Faculté de médecine de l’UNIGE, qui a dirigé ces travaux, publiés dans la revue «Science Advances». «Il faut donc trouver un équilibre afin d’inhiber ce mécanisme sans le bloquer totalement, et pour cela décrypter en détail son mode d’action».

Pour ce faire, les scientifiques ont utilisé des lymphocytes T dits «tueurs» employés dans des protocoles d’immunothérapie. «Ces lymphocytes T sont des cellules immunitaires activées spécifiquement en laboratoire pour éliminer les cellules tumorales, avant d’être injectées aux malades», détaille Laure Garnier, maître-assistante dans le laboratoire de Stéphanie Hugues et première auteure de ces travaux. «Ici, nous les avons injectés à des souris atteintes de mélanome. Comme attendu, les lymphocytes tueurs détruisaient les cellules tumorales. mais ils s’attaquaient aussi aux cellules endothéliales lymphatiques qui bordent les vaisseaux lymphatiques».

Des cellules deviennent une nouvelle cible

Comment est-ce possible que ces lymphocytes tueurs, qui n’ont qu’une cible, puissent s’attaquer à autre chose? «La destruction des cellules cancéreuses entraîne le relargage d’antigènes tumoraux. Ces petits éléments tumoraux sont alors capturés par les cellules endothéliales lymphatiques qui, devenues porteuses de marqueurs d’identification tumoraux, sont aussi reconnues comme ennemies par les lymphocytes T qui les attaquent. Ce mécanisme permet donc de perturber sans le bloquer le système lymphatique associé à la tumeur pour diminuer significativement le risque de métastase». Un système qui combat donc la tumeur et son risque de propagation.

Il existe plusieurs options pour détruire ces vaisseaux lymphatiques sans compromettre l’action des cellules immunitaires qui ont besoin d’eux pour lutter contre le cancer. On peut, par exemple, intervenir une fois que l’immunité s’est mise en place, ou alors en conjonction avec des protocoles thérapeutiques où le système immunitaire est tellement renforcé que le fait de limiter le développement de vaisseaux lymphatiques n’altérerait pas son fonctionnement.  «Néanmoins, nos résultats montrent que le plus efficace est d’utiliser des lymphocytes T tueurs générés en laboratoire, et donc prêts à l’attaque, afin de contourner une première phase d’activation qui peut s’avérer problématique», indique Stéphanie Hugues.

Contre le cancer du sein ou le colorectal

Pour l’équipe de chercheurs, exploiter cet effet synergique des lymphocytes T «tueurs» qui éliminent les cellules cancéreuses et détruisent les vaisseaux lymphatiques tumoraux pourrait augmenter l’efficacité des traitements contre les cancers où la lymphangiogenèse est importante, comme le cancer colorectal, le
mélanome ou encore le cancer du sein.


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